2003/03/26 - Le Matin
Sous les lampes, à l’abri des caves, des halles ou des hangars, la marijuana fait peau neuve. A Zurich, la tendance veut que le cannabis pousse pratiquement sans terre, avec un apport rigoureux d’engrais, et qu’il développe, selon son origine ou son métissage, des teneurs en tétrahydrocannabinol (THC), la substance psychotrope active, capables de projeter le fumeur dans la stratosphère.
Car dans le monde des drogues dites douces, des progrès qui dépassent l’entendement ont été enregistrés. Venue essentiellement des Pays-Bas, où la culture de la tomate de serre défie sa cousine marocaine ou espagnole, la mode des plantations high-tech fait fureur.
A l’heure où le débat sur la dépénalisation s’enlise sous les coups de boutoir d’expertises contradictoires et empreintes, des deux côtés, de solides préjugés, les producteurs sont passés, sans écouter, au stade industriel. Fini la fumette hasardeuse du papa soixante-huitard, bonjour le joint scientifique dosé avec précision.
Si l’on admet que les saisies de drogue reflètent à leur façon l’état de la consommation, faut-il en déduire qu’en une seule petite année elle a quadruplé ? Les forces de l’ordre jurent de leur côté que le fumeur de joints et ses fournisseurs ne constituent guère une priorité. L’accent de la répression est porté sur le marché des drogues dures.
Bien sûr, nous pourrions longuement débattre sur l’opportunité d’une dépénalisation à la néerlandaise ou sur la nécessité d’un débat parlementaire façon française. Pour ou contre, la réalité prouve que le consommateur a déjà choisi et qu’il applique le slogan des jeunes Zurichois :
"Légale ou illégale, de toute façon, ça nous est égal"
ÉDITO : VICTOR FINGAL