Administré par voie orale à faible dose, un dérivé du cannabis permettrait de réduire la progression des lésions d’athérosclérose chez un modèle animal et d’éviter ainsi que les artères ne se bouchent. L’équipe de François Mach (hôpital universitaire de Genève) publie, dans la revue Nature du 7 avril, des travaux menés sur des souris qui montrent l’action bénéfique du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et mettent à profit ses propriétés immuno-suppressives. Cet effet n’est observé qu’à la dose de 1 mg par kilo et par jour et non à des doses supérieures ou inférieures. Une concentration si précise qu’elle ne peut être obtenue en fumant de la marijuana, prévient un spécialiste, dans la revue.
François Mach et ses collaborateurs ont procédé de manière très méthodique. Ils sont partis du constat que l’athérosclérose, qui est la principale cause de mortalité (plus de 50 %) dans les pays développés, est une maladie inflammatoire chronique. Le processus de constitution des plaques d’athéromes qui bouchent les artères implique certes l’accumulation de lipides, mais aussi la prolifération, la migration et l’adhésion à la paroi artérielle des macrophages, des cellules sanguines impliquées dans les phénomènes inflammatoires, sous l’action de cytokines comme l’interféron gamma.
Venant en seconde ligne après les mesures diététiques, les traitements actuels reposent avant tout sur une action visant à diminuer le taux sanguin de cholestérol. Agir par d’autres biais, notamment en agissant sur les phénomènes inflammatoires, est donc une perspective séduisante. Or, il se trouve que les cannabinoïdes, famille des dérivés du cannabis, possèdent des effets immunosuppresseurs et anti-inflammatoires qui passent par la diminution de la production d’interféron gamma.
Résultats expérimentaux
Différentes cellules immunitaires possèdent d’ailleurs à leur surface des récepteurs aux cannabinoïdes, dont deux types sont connus. Les récepteurs CB1 sont surtout présents dans le cerveau, tandis que les récepteurs CB2 se retrouvent essentiellement sur les cellules du système immunitaire, notamment les lymphocytes B et T et les monocytes, qui sont les précurseurs des macrophages.
L’équipe de François Mach a démontré, sur un modèle de souris utilisé pour l’étude de l’athérosclérose et sur des artères humaines athéromateuses, que les cellules immunitaires infiltrant la plaque d’athérome exprimaient bien des récepteurs CB2. Ces souris présentent une déficience génétique en apolipoprotéine E (ApoE), un transporteur de lipides dans le sang. Cette déficience favorise le développement de plaques d’athérome. La progression des lésions d’athérosclérose était significativement ralentie chez les souris recevant dans leur alimentation du THC à la dose de 1 mg/kg/j, alors même que leur taux sanguin de lipide restait élevé.
Dans un second temps, l’équipe suisse a montré in vitro que les cellules immunitaires des souris recevant du THC proliféraient moins et avaient une production moindre d’interféron gamma. Au cours d’une troisième manipulation en observant sous microscope des artères de souris du même type, François Mach et ses collaborateurs ont apporté la preuve que l’adhésion des macrophages à la paroi artérielle était considérablement réduite chez les souris traitées par le THC. Ces effets bénéfiques n’apparaissaient pas chez les souris recevant en plus du TCH une substance bloquant les récepteurs CB2, ce qui est un argument pour penser que l’effet anti-athérosclérose fait intervenir ces récepteurs.
Il n’est pas possible d’extrapoler directement ces résultats expérimentaux, sans passer par des études dans l’espèce humaine. De même, il se pourrait que des cannabinoïdes naturels ou de synthèse ciblant les récepteurs CB2 soient plus intéressants contre l’athérosclérose que la marijuana ou le THC utilisé comme antivomitif dans certains pays ou dans le traitement de l’anorexie.
Paul Benkimoun