The Guardian, 22 mars 2005-03-26

Si jamais un gouvernement a reçu un avertissement précoce sur un front qu’il devra défendre dans cette campagne électorale, c’est bien le Labour sur le déclassement du cannabis. Sur le fait que des ministres ont reclassé 14 mois auparavant le cannabis de la catégorie B à la moins nocive catégorie C, le toujours opportuniste Michael Howard a déclaré qu’un gouvernement conservateur renverserait cette décision. Il a condamné la stratégie « absurde » du gouvernement en matière de drogues, que des analystes politiques sérieux définissent comme « sans scrupule ». Maintenant, après 14 mois, les ministres se comportent absurdement, pas en se référant à nouvelle découverte sur cette drogue rapporté par le Conseil Consultatif sur l’abus des drogues (Advisory Council on the Misuse of Drugs), mais par leur incapacité à présenter les solides raisons justifiant leur décision de l’année dernière.

Charles Clarke, le Secrétaire aux affaires intérieures, a demandé au conseil consultatif de dire s’il changerait d’avis en raison "de l’évidence naissante" d’un lien entre la consommation de cannabis et la détérioration de la santé mentale. Il est peu probable qu’il le fasse. Le conseil consultatif, en collaboration avec le groupe de travail du Collège royal de psychiatrie et du comité d’enquête indépendant de la Police Foudation’s, étaient tous conscient des risques que le cannabis posent aux personnes vulnérable aux maladies mentales lorsqu’ils ont émis leur recommandation de reclassement.

Mais les deux études spécifiquement mentionnées par Mr Clarke devraient certainement être transmise au conseil. L’étude néo-zélandaise, d’après Mr Clarke, « observe comment l’usage régulier de cannabis augmente le risque de développer des symptômes psychotique plus tard dans la vie ». Les conclusions de l’étude hollandaise, publiée il y a trois mois par le British Medical Journal, répètent comme les résultats d’études précédentes que « l’usage modéré du cannabis augmente le risque de symptômes psychotiques chez les jeunes gens mais avec un effet beaucoup plus fort chez ceux présentant à l’évidence des prédispositions à la psychose ».

La presse à sensation a agité plus d’air au sujet de ces deux études, mais avec peu de citations des chercheurs. Pourtant, le professeur qui a dirigé l’étude néo-zélandaise a déclaré au New Zealand Herald : « Il n’y a pas un accroissement important du risque et il ne devrait pas y en avoir, parce que le cannabis n’est nullement la seule chose qui déterminera si vous souffrez de ces symptômes ». Le Professeur Jim van Os, un des auteurs de l’étude hollandaise, était encore plus robuste. Il a déclaré au Guardian que le fait que le cannabis pourrait déclencher des psychoses chez une petite minorité de personnes était une bonne raison pour le légaliser, pas pour l’interdire. Cela permettrait aux gouvernements de favoriser le conseil et l’information ainsi que de contrôler les formes les plus dangereuses comme la skunk. Les emballages pourraient indiquer combien de THC, le composant le plus dangereux, contient la drogue, avec combien de CBD, le composant censé fournir des effets bénéfiques.

Madame Ruth Runciman, qui préside l’étude de l’influente Police Foundation, a justement rappelé aux ministres que même après le déclassement, le cannabis entraîne toujours l’une des plus fortes pénalités comparées au reste de l’Europe : jusqu’à deux ans de prison pour possession et 14 pour trafic. Elle est venue sur « Une loi qui est crédible pour la jeunesse est plus valable pour l’éducation qu’une loi en désaccord évident avec leur expérience. »

Il manquait à la réponse des ministres un rappel public des raisons du reclassement de cette drogue. Il suivait l’avis expert de professionnels - médecins, pharmacologistes, policiers - pas la presse à sensation. Cela a libéré un large effectif de policiers pour poursuivre les gros barons de la drogue, plutôt que les contrevenants insignifiants. Des sondages pas bidonnés montrent 60% qui croient que la drogue doit être décriminalisé. Si les ministres devaient ajouter un message politique, ils auraient pu demander à Mr Howard pourquoi il a voulu déclencher la guerre avec 50% de la jeunesse, assurant des dizaines de milliers d’entre eux d’un casier judiciaire et de quelques peines de prisons, pour une activité que plus de 2 millions d’entre eux pratiquent en relative sécurité durant toute l’année.

Traduction Chanvre-Info

Source : Drugs & Democracy

Info : drugs@tni.org

Transnational Institute (TNI)