2003/09/24 - Le Matin

APRÈS LA PIZZA... Stupéfiante PME démantelée. Pourvoyeuse de chanvre par Internet à ses 1000 clients du canton, Delta 9 employait une douzaine de livreurs équipés de scooters. Chiffre d’affaires : 1,7 million en 2002 !

Après la pizza à domicile, voici la marijuana et le haschisch livrés chez vous, sur simple commande par Internet. Un juteux business tout juste décapité. Au cours d’une descente opérée par la brigade des stupéfiants, la police genevoise a mis fin à un impressionnant trafic organisé par une petite entreprise enregistrée au Registre du commerce, Delta 9. Equipés de scooters, une quinzaine de livreurs sous contrat pourvoyaient un millier de clients dans tout le canton.
"Cette société est une PME installée dans la zone industrielle des Acacias. Nous l’avions à l’oeuil depuis plusieurs mois", précise Zoltan Gombas, patron de la brigade des stups. Quand son équipe en sait assez, elle intervient en force. C’était au soir du jeudi 18 septembre, mais elle gardera le secret jusqu’à hier. Elle interpelle alors les 15 personnes qui sont là, saisit la marchandise, une vingtaine de kilos de chanvre valant 200’000 francs, et emporte 10 m3 de matériel trouvé dans les locaux. Delta 9 est démantelée et ses deux patrons associés, des Genevois d’une trentaine d’années, restent sous les verrous. Entendus par un juge d’instruction, les livreurs ont été relaxés, même s’ils n’échapperont pas à des poursuites.

Au Registre du commerce
Enregistrée en 2001 au Registre du commerce sous prétexte de "recherches en hydroculture", la PME avait mis en place un vaste réseau de conditionnement et de livraison de "H". En 2002, son chiffre d’affaires avait atteint 1,7 million de francs. Il était de 1,5 million au moment de l’opération policière, à la mi-septembre 2003.
Organisée comme une efficace entreprise de distribution, Delta 9 comptait un millier de clients, tous "membres" parrainés disposant de cartes numérotées et intransmissibles. Leurs commandes passaient obligatoirement par le site Internet de la société, avec un mot de passe. Dotés de cinq scooters fournis par la société, une douzaine de livreurs se lançaient alors en ville, munis de sacs à dos, de plans des rues, d’adresses et de fonds de caisse. Pour ce travail sous contrat, ils étaient payés 20 francs de l’heure. Et, selon la qualité, le gramme de chanvre se vendait de 7 à 15 francs.

MICHEL NOVERRAZ