2004/11/24 - 24 Heures

INTERVIEW EXPRESS de Beat Horisberger, médecin à l’Institut de médecine légale universitaire de Lausanne.

La loi introduit la tolérance zéro pour les drogues. Or, on sait que les traces du cannabis peuvent rester dans le corps longtemps après la prise. Comment la police peut-elle faire la preuve du délit ?

Le fumeur chronique peut effectivement garder des traces plusieurs semaines après l’arrêt de la consommation. Les tests préliminaires (sueur, salive et urine) ne sont qu’indicatifs. En cas de réaction positive, seule une analyse sanguine permettra d’établir si la personne était sous influence de cannabis au moment du contrôle de police. La nouvelle loi introduit la notion de tolérance zéro, cela veut dire que pour conduire, il ne faut pas être sous influence de drogues, en particulier le cannabis.

Alors pourquoi établir des seuils pour les différentes drogues ?

Il fallait traduire cette tolérance zéro dans la pratique. La société suisse de médecine légale a été mandatée pour fixer un seuil de détection analytique commun. Il s’agissait d’harmoniser les pratiques et d’éviter les inégalités de traitement. Il se peut en effet qu’un institut possède des instruments de détection plus pointus que d’autres, ce qui fait qu’un usager pourrait être condamné dans un canton et pas dans l’autre.

En tant que médecin et membre de la commission fédérale qui a aidé à réviser la loi sur la circulation routière, ces mesures sont-elles vraiment bien ciblées ?

C’est une bonne révision. Pour l’alcool, cette loi aura un effet bénéfique aussi bien pour les conducteurs avec des taux d’alcoolémie bas (0,5 à 0,8) que pour ceux qui roulent avec un taux élevé (plus de 2 pour mille par exemple). Ces derniers sauront qu’ils pourront être contrôlés, notamment ceux qui passaient entre les gouttes en empruntant les petits chemins. Pour les drogues, on dispose enfin d’un instrument juridique digne de ce nom. Car jusqu’à présent, le flou juridique n’incitait pas les autorités compétentes à prendre les mesures adéquates pour lutter contre ce fléau. Dans notre métier, nous sommes confrontés à des accidents où la drogue est à l’origine de l’enchaînement fatal.

MADELEINE SCHÜRCH