2000/05/05 - CIRC

Une société sans drogue, ça n’existe pas ! (Nicole Maestracci, présidente de la Mildt).

Incroyable ! Il aura fallu plusieurs dizaines d’années pour que les membres d’un gouvernement reconnaissent enfin cette évidence.

Et pour que tout le monde soit au courant, le voilà qui, par l’intermédiaire de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la drogue et la toxicomanie), sort un livret d’information "Drogues et dépendances : Savoir plus, risquer moins". Des informations plutôt objectives (bien qu’incomplètes) et peu dramatisantes sur les drogues licites et illicites y sont exposées, mais pas un mot sur une possible évolution des lois, ni sur l’article L630 du Code de la Santé Publique qui interdit tout débat serein sur la question des drogues. Comment cela eut-il été possible sans sombrer dans l’ubuesque, quand on voit que bon nombre de pages du livret tombent sous le coup de cet article interdisant la présentation sous un jour favorable des drogues et l’incitation à en user.

Certains, en le parcourant, ont pu croire qu’il fleurait un doux parfum de déprohibition dans notre pays.

Mais les chiffres de la répression ont le mérite de vite faire déchanter les plus optimistes d’entre nous. Jamais en effet les usagers des drogues n’ont été autant persécutés, avec une mention spéciale pour les cannabinophiles, cibles privilégiées des services de police, vache à lait du ministère des Finances qui, au moyen des douanes, rackette quotidiennement nos camarades.

Et lorsqu’on évoque un possible changement de législation, on voit Mme Maestracci s’adonner aux paradis artificiels de la politique politicienne. Car le message est clair à présent, si la France reste le pays le plus rétrograde en matière de droits des consommateurs de drogues, ça n’est absolument pas de son propre fait, mais bien à cause des accords internationaux auxquels elle a souscrit. Argument d’autant plus fallacieux que nos voisins en sont également signataires, et qu’ils reviennent les uns après les autres sur le tout-répressif.

Mais l’État français n’est plus à un mensonge près...

Néanmoins, loin de vouloir cracher dans la soupe, le Circ, en s’exprimant sur cette campagne "new-âge" du gouvernement, souhaite surtout attirer l’attention des autorités et des médias sur le fait que notre société ne fera pas l’économie d’une profonde refonte de la législation.

Car si l’on veut bien voir dans cette campagne d’information, le premier pas vers un changement de loi sur les stupéfiants, il n’en reste pas moins que le système que pourrait proposer l’état serait certainement inadéquat, hypocrite et dicté par la loi de l’argent.

Prendrait-il en compte le problème des banlieues, dont une partie des familles ne peuvent boucler leur fin de mois sans l’argent qu’elles retirent de la vente de haschich.

Permettrait-il aux usagers de chanvre de produire leur propre récolte.

Et si non, comme on peut s’y attendre (Et oui, les intérêts financiers sont énormes), comment endiguerait-il le développement de ces réseaux amicaux et conviviaux de cannabiculteurs sans risquer de réduire encore un peu plus les libertés publiques ?

Beaucoup de questions que devrait se poser l’État et que nos militants ne manqueront pas de lui rappeler...

Mais l’approche de deux importantes échéances électorales en 2001 et 2002 ne laisse que peu d’espoir sur l’ouverture d’un vrai débat. La sérénité est la condition sine qua non pour sa tenue, et l’on sait combien les élections sont propices aux discours les plus démagogues, lesquels n’ont donné jusqu’ici que ce que nous connaissons, à savoir la prohibition.

La route sera encore longue avant que l’on aboutisse à une légalisation intelligente et respectueuse des hommes (et non de l’argent), mais réjouissons-nous, nous savons enfin, après des milliers d’années de vie en société, qu’une société sans drogue, ça n’existe pas !

Ca ne s’invente pas !