2004/10/23 - La Liberté

Même après 3 jours, l’alcool peut être décelé dans le sang

Toxicologie - Le taux limite d’alcool va baisser à 5 pour mille dès janvier. Et les laboratoires pourront en trouver des traces plus longtemps après une faute.

Nicolas Donzé, patron de la toxicologie à Sion, a participé cet été à un symposium organisé notamment par le FBI à Washington. Il y a présenté une étude sur la drogue au volant réalisée avec ses collègues de l’Institut universitaire de médecine légale de Lausanne (IUML).
Autres sujets traités pendant ces journées : les dernières études sur la traçabilité de l’alcool dans le sang, l’utilisation du GHB, la fameuse "drogue du violeur" ou la toxicité du cannabis.

Ce congrès, qui a réuni une semaine durant quelque mille toxicologues du monde entier, s’est longuement penché sur l’alcool. On croyait pourtant tout savoir ou presque sur son métabolisme ?
-  Nicolas Donzé : Tout d’abord, il convient de relever que l’alcoolisme est un problème de santé publique sans cesse plus aigu. Les scientifiques travaillent donc de plus en plus sur le métabolisme de l’alcool. Il se révèle beaucoup plus complexe qu’on le croyait. La recherche avance.
Un élément à la fois nouveau et intéressant concerne les produits de dégradation de l’alcool. Car il y a un problème lorsque l’on veut contrôler le taux d’alcool dans le sang après un accident de voiture par exemple.
Si cet accident survient à minuit et que le conducteur arrive à se soustraire au contrôle jusqu’à 10 heures du matin, suivant la concentration initiale de l’alcool, il a toutes les chances d’échapper à une sanction, vu qu’il n’aura plus d’alcool dans le sang.
C’est pourquoi on a cherché des nouveaux marqueurs. Et on en a trouvé. Entre autres l’éthylglucuronide (EtG), un métabolite de l’alcool. Il peut être détecté plus de trois jours après la consommation d’alcool ! Et le dosage de l’EtG contenu dans les cheveux permet de dire si l’analysé abuse de l’alcool avec constance.

Va-t-on tester l’EtG en Suisse ?
-  Probablement pas à Sion, sauf s’il y a une grosse demande. Mais l’Institut universitaire de médecine légale de Lausanne en est aujourd’hui déjà capable. Et nous travaillons désormais en équipe avec cet institut.

A Washington, vous avez présenté une étude sur la drogue au volant, réalisée conjointement avec l’IUML. Quels en sont les principaux résultats ?
-  L’étude porte sur 440 cas sur deux ans observés dans les cantons du Valais, de Vaud, de Fribourg et du Jura. Il en ressort que la majorité des consommateurs de drogue au volant sont masculins (400 cas) et aussi qu’ils sont jeunes.
Le plus grand nombre de cas concerne des gens de 21 ans. Les drogues les plus retrouvées étaient le cannabis (54%), l’alcool (42%), la cocaïne (12%), les benzodiazépines (11%), les amphétamines (8%) et les opiacés (8%). Dans la moitié des cas, deux à six drogues étaient détectées en même temps.

Le 1er janvier prochain, la nouvelle loi sur la circulation entrera en vigueur. Qu’est-ce que cela signifiera pour de tels conducteurs ?
-  D’une manière générale, la grande nouveauté est le passage du taux d’alcoolémie de 0,8 à 0,5 pour mille. Quant à la consommation d’autres drogues au volant, le régime sera aussi plus sévère. Jusqu’à présent, il fallait prouver que le produit consommé avait influencé la capacité de conduite. Avec la nouvelle loi, plus de discussion : la moindre trace de drogue dans le sang vous transforme en coupable.

Sur le front du cannabis, le symposium a-t-il livré des résultats intéressants ?
-  On commence à découvrir des choses de plus en plus inquiétantes. Selon les dernières études, il n’est pas certain que le cannabis favorise des maladies psychiatriques. Mais si la personne qui en consomme est prédestinée, le produit accélérera l’apparition de la démence. Une étude française montre par ailleurs que le principe actif du cannabis (le THC) s’accumule à très haute dose dans le tissu cérébral.

Les médias ont beaucoup parlé du GHB, décrite comme la "drogue du violeur". Avez-vous appris quelque chose de neuf à Washington ?
-  Attention, je ne dis pas qu’il ne convient pas de se méfier du GHB (le gamma hydroxybutyrate). En discothèque, des règles de prudence s’imposent : n’accepter que des bouteilles fermées, garder sans cesse son verre à l’oeil et si on ne l’a pas fait ne serait-ce que pendant cinq secondes, il convient d’en changer. Reste que les études sont claires : le GHB est très rarement utilisé. Les recherches conduites notamment aux Etats-Unis, où il y a 100 000 cas de viols déclarés chaque année - et sans doute trois fois plus en réalité - démontrent sans appel que la principale "drogue du viol" est en réalité et dans la grande majorité des cas tout simplement l’alcool ! Il met les gens dans un climat de confiance et place ainsi les victimes à la merci des prédateurs.

Le Nouvelliste - Bernard-Olivier Schneider