2000/04 - Don Quichotte
Cet adage n’est pas encore de mise, mais il pourrait s’imposer comme une réalité, à en juger par le millier de personnes rassemblées le 26 février dernier pour la première grand-messe cannabique de l’an 2000. C’est grisé de gingembre, chaviré de chanvre et de concerts que le public a accueilli la première étape du L.630 Tour lancé par le Circ (Collectif d’information et de recherche cannabique). Un tour de France iconoclaste qui veut faire tomber une loi datant de 1970, et plus précisément l’article L.630 du Code de la santé publique, qui réprime toute "présentation des drogues sous un jour favorable" ou "incitation à leur consommation". Conséquence : selon la jurisprudence actuelle, votre t-shirt blanc maculé d’une feuille de cannabis peut vous coûter cinq années de prison lestées de 500 000 F d’amende (75 000 euros). Cher payé, le t-shirt !
Sans jamais faire avancer ni même ouvrir le débat entre drogues douces ou drogues dures, licites ou illicites, thérapeutique ou toxiques, cette loi a permis 30 ans de répression systématique pour taper sur les petits sans jamais faire tomber les gros. Elle a surtout favorisé 30 ans d’autocensure chez les médias, éditeurs et politiques, les empêchant d’informer et d’éduquer. Il faut faire une boulette de ce texte dépassé. Preuve en est, l’enquête publiée début mars par l’INSERM et l’Observatoire français des drogues et toxicomanies : il y a 6 ans, 34% des garçons et 17% des filles âgés de 18 ans déclaraient avoir déjà consommé du cannabis ; ils sont aujourd’hui respectivement 59% et 43%. Au total, on serait 5 millions en France, soit près de 10% de la population, à qui la loi voudrait couper l’herbe sous le pied. En février 1995 déjà, et au grand dam de Charles Pasqua, son commanditaire, la commission d’éthique Henrion avait signalé aux édiles l’absurdité de la législation actuelle : "Conservez une sanction pénale qui n’est pratiquement plus appliquée devient dérisoire et déconsidère la justice aux yeux des adolescents." Des conclusions qui reprenaient celles des nombreux rapports publiés depuis Giscard. Les experts passent et la caravane du Circ roule toujours... Le 3 juin, elle s’arrêtera à Lyon. Un seul mot d’ordre : fêtes en fumée !