2000/11/24 - SAN DIEGO (AP)

Pour la première fois depuis au moins vingt ans, des chercheurs américains vont tester la marijuana en vue d’un éventuel usage thérapeutique. Toutefois même si son efficacité est prouvée, le haschisch, qui reste une drogue douce, ne fera sans doute pas son entrée dans les pharmacies, du moins pas sous forme de ’’joints’’ tout prêts à fumer. Seuls ses composés devraient avoir droit de cité.

Les scientifiques assurent qu’ils appliqueront au cannabis les même critères d’évaluation que pour n’importe quel médicament. L’université de Californie à San Diego a ouvert cette année le premier institut destiné à étudier les utilisations médicales de la marijuana. Ce ’’Centre pour la recherche médicale sur le cannabis’’ va distribuer neuf millions de dollars (70 millions de FF/10,7 millions d’euros) sur trois ans à des chercheurs californiens, assez pour financer six ou sept études par an impliquant 20 à 50 patients.

Au moins quatre autres études sur les effets médicaux de la marijuana sont prévues, trois étant parrainées par les Instituts nationaux (américains) de la santé et la dernière par le comté californien de San Mateo.

Le mouvement pour l’usage thérapeutique de la marijuana aux Etats- Unis a vraiment commencé en 1996, lorsque la Californie a approuvé sa légalisation par référendum. Huit autres Etats ont adopté des lois similaires, les deux derniers lors des élections du 7 novembre.

Les nouvelles recherches se concentreront probablement sur les quatre utilisations du cannabis qui semblent les plus prometteuses. D’abord, le soulagement des graves nausées et vomissements provoqués par la chimiothérapie. S’il est pour ainsi dire acquis que le cannabis aide à soulager la nausée, aucune étude comparative ne situe son efficacité par rapport aux médicaments mis au point ces 15 dernières années.

Une autre utilisation potentielle est l’arrêt de la perte de poids. La marijuana accroît manifestement l’appétit, toutefois elle n’a jamais été expérimentée de manière adéquate chez des personnes maigrissant involontairement, comme les malades du sida ou du cancer.

La troisième piste concerne le traitement des maladies caractérisées par une paralysie spasmodique musculaire, comme la sclérose en plaques. De nombreux patients évoquent un effet bénéfique et des études sur l’animal étayent cette idée. Mais la marijuana est-elle pour autant plus indiquée que les médicaments classiques ?

Enfin, l’effet du cannabis sur la douleur. Des chercheurs veulent l’expérimenter sur des malades du sida. Des études sur l’animal suggèrent que le haschisch pourrait être un calmant bénin ou modéré et beaucoup de sidéens l’utilisent déjà, faute de traitement adapté.

Des études devraient aussi comparer la marijuana au THC (delta-9-tétrahydrocannabinol), son ingrédient le plus actif. Le THC est vendu depuis les années 80 aux Etats-Unis sous la forme d’une pilule de synthèse baptisée Marinol. Théoriquement le haschisch et le THC ont le même effet mais il est impossible de contrôler avec précision les taux administrés avec le Marinol qui, lorsqu’ils sont trop élevés, produisent un effet désagréable.

Même si des chercheurs démontrent l’intérêt du haschisch, il est peu probable que des ’’joints’’ soient jamais vendus en pharmacie. De l’avis de beaucoup, l’avenir de la marijuana passe par ses ingrédients, le THC et une soixantaine d’autres, que les laboratoires pharmaceutiques peuvent isoler et modifier. On pourrait ainsi obtenir et optimiser les bienfaits du cannabis en évitant les effets néfastes des joints, par exemple une perception altérée du temps et de la distance ou des troubles de la mémoire immédiate. Sans parler de l’effet néfaste de la fumée sur les poumons.

"La marijuana a des effets trop nombreux pour être vraiment un bon médicament à l’état naturel", résume John Huffman, un expert de l’université de Clemson.