2004/06/08 - La Liberté

Fribourg - Le propriétaire et les quatre employés d’un magasin de chanvre spécialisé dans les sachets de plantes "pour le bain" ont été condamnés hier.

Dans ce magasin de la rue de Lausanne, on pouvait acheter du "produit de bain" à 50 fr. le sachet de 10 grammes. Pourquoi si cher ? Parce qu’on pouvait également le fumer pour se relaxer, pardi. Entre le 16 décembre 2000, date de l’ouverture du magasin, et sa fermeture le 13 juillet 2002, Patrick (34 ans, prénom fictif) et ses quatre employés (âgés de 28 à 37 ans) ont ainsi écoulé pour plus d’un million de fr. de sachets de chanvre d’une teneur en THC allant de 9 à 24%. Rappelons que la jurisprudence du Tribunal fédéral met le holà à partir de 0,3%.
Le Tribunal de la Sarine a condamné hier Patrick à 15 mois de prison avec sursis pendant deux ans pour infraction qualifiée à la loi sur les stupéfiants. Il devra également verser à l’Etat un montant de 12 000 fr. à titre de créance compensatrice. Son florissant commerce lui a en effet rapporté un bénéfice de quelque 200 000 fr., après déduction des salaires de ses vendeurs et des charges liées notamment à l’achat de chanvre.

"zone grise"
Ses quatre ex-collaborateurs ont quant à eux écopé de peines allant d’un à trois mois de prison, toutes assorties d’un sursis de deux ans.
Selon la substitut du procureur Alessia Chocomeli-Lisibach, Patrick était forcément au courant de la nature illicite de son commerce. Durant l’instruction, il avait en effet évoqué la bagarre ayant éclaté dans son magasin lorsque des jeunes, armés de couteaux, avaient tenté de soustraire des sachets de "produit de bain" à des acheteurs. Il faut croire que c’était du bon...
Les cinq accusés ont fait appel à trois avocats pour les défendre. Mes Erwin Jutzet, Rainer Weibel et Lorenz Hirni ont tous évoqué la "zone grise" dans laquelle évoluaient leurs clients. Savaient-ils seulement que ce qu’ils faisaient était illégal ?
Le conseiller national Jutzet a ainsi rappelé que le Parlement fédéral s’apprêtait à rouvrir l’épineux dossier de la légalisation du cannabis. Il a aussi évoqué l’application fort divergente que les cantons - voire les régions - faisaient de la loi dans un pays comptant entre 600 000 et 700 000 consommateurs. L’action des autorités fribourgeoises, qui ont effectué une perquisition dans le magasin de Patrick en mars 2001 avant de laisser tourner la boutique sans encombre jusqu’en juillet 2002, n’a en outre pas contribué à rendre les accusés attentifs au caractère illicite de leur activité, a encore argumenté Me Jutzet.

MRZ