Cela fait 12 ans que je suis concernée, en tant que mère, par le problème de la drogue. L’un de mes enfants est ce qu’on appelle une "personne gravement dépendante". Pendant des années, j’ai dirigé des groupes d’entraide. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de voir de près les problèmes liés à la dépendance, mais aussi l’influence de la politique en matière de toxicomanie sur les personnes dépendantes.
J’ai vécu ce qui s’est passé au Platzspitz et au Kocherpark du point de vue d’une mère concernée. Ce sont ces moments douloureux qui me poussent à soutenir avec ardeur la présente révision de la loi sur les stupéfiants. L’association des parents et amis des toxicomanes appuie la proposition du Conseil fédéral dans sa forme actuelle.
Ne pas ouvrir le débat mettrait en danger les acquis de la politique des drogues et perpétuerait le chaos sur le marché du cannabis.
Les conseillers nationaux ne peuvent tout de même pas ignorer ou nier les leçons de Kocherpark et de Platzspitz !
Il existe environ 500.000 consommateurs de cannabis en Suisse, dont la plupart sont majeurs, donc responsables de leurs actes. Il faut particulièrement informer et protéger les jeunes. Le but est clair : il faut réduire autant que possible la consommation chez les jeunes. Dans ce but, la prévention du cannabis ne se distingue pas de celle de l’alcool, ni de celle de la nicotine. L’accès non réglementé au cannabis tel qu’il existe actuellement est effrayant. Le marché du cannabis ne connaît aucun contrôle, ni aucune règle.
La plus grande partie de la vente est dans les mains du marché noir et des dealers, voire du crime organisé. Les problèmes qui en découlent :
1. le consommateur n’a pas d’informations sur ce qu’il achète (qualité), teneur en THC
2. le dealer ne se préoccupe pas de l’âge de ses clients
3. le pire, c’est que le dealer propose aussi d’autres drogues, par exemple héroïne, ecstasy et cocaïne. Les dealers cherchent naturellement à vendre la substance la plus chère à n’importe qui.
Les représailles renforcées, non coordonnées et arbitraires auxquelles sont confrontés les magasins de chanvre, font courir le risque que le chanvre coûte bientôt plus cher que les drogues dures vendues sur le marché noir.
C’est la triste réalité d’aujourd’hui ! Croyez-moi, dans un périmètre de 500 m autour du Palais Fédéral, vous pouvez acheter sans problèmes tout ce qui se consomme comme drogues. Qu’importe l’interdiction et la police.
Il faut que cette situation change ! Les méthodes répressives et les nombreuses dénonciations de la police n’ont en rien contribué à faire cesser ces activités dangereuses et illégales.
Mesdames les Conseillères nationales, Messieurs les Conseillers nationaux, si vous acceptez la proposition du Conseil fédéral, ce sera pour une Suisse qui a un accès contrôlé à des produits à base de chanvre. Un contrôle qui inclut une protection efficace des jeunes et un contrôle de la qualité non moins important. L’effet pour le marché noir sera dévastateur. Je suis sûre que la vente dans la rue diminuera tout de suite. Désormais, les poursuites pénales et la répression pourront se concentrer sur les trafiquants et les producteurs illégaux. L’accès au chanvre pour les jeunes deviendrait bien plus difficile. Pour moi, qui représente les parents, cet aspect de la proposition est très important.
Ce qui est impératif, c’est de garantir une prévention efficace. Et la nouvelle loi présente de bonnes conditions pour cela. Monsieur Huber nous a parlé du dialogue difficile avec les jeunes aujourd’hui. Je sais de quoi il parle, car notre organisation de parents a fait la même expérience. La crainte d’être criminalisé empêche trop souvent les consommateurs et leurs proches de s’adresser aux centres de consultation.
Qu’est-ce que cela signifie ?
La situation intolérable des années 1990 a eu pour résultat la politique des quatre piliers. A l’époque, l’un des quatre piliers était l’aide à la survie. Il s’agissait avant tout de mettre à disposition des structures minimum pour garantir la survie des toxicomanes.
Aujourd’hui, 10 ans plus tard, ce pilier s’appelle réduction des risques et c’est réellement ce qui se passe. Mesdames et Messieurs les Conseillers nationaux, c’est un grand pas en avant. C’est surtout dans les grandes villes qu’ont été créées des conditions-cadre qui permettent non seulement la survie, mais qui réduisent également les conséquences de la phase aiguë de la toxicomanie. La prévention du Sida et de l’hépatite en font partie intégrante (mot-clé : local pour toxicomanes, harm reduction (réduction des risques)).
Mais il y a aussi le traitement médical à l’héroïne et les programmes de substitution qui ont nettement contribué à l’amélioration de la santé. C’est un des plus grands succès des quatre piliers, outre la diminution de la criminalité liée à l’approvisionnement. Malheureusement, il y a encore des cantons qui veulent faire des économies aux frais des cantons voisins, en évitant de faire certaines propositions. La nouvelle loi remédierait aussi à cela.
Pour les parents et les proches d’au moins 30 000 toxicomanes, les acquis des 4 piliers sont indispensables. Il est déjà très douloureux qu’un membre de la famille devienne toxicomane. Faut-il de surcroît qu’il s’appauvrisse ou qu’il meurt, parce que les propositions d’aide ne sont plus disponibles ou ont été délaissées ? N’est-ce pas un scénario incompatible avec une politique des drogues humaine ?
La proposition du Conseil fédéral veut fixer les 4 piliers. La mise en place des outils de prévention, de réduction des risques et de thérapie n’est pas réalisée dans tous les cantons. Une coordination par la Fédération est souhaitée, également pour des raisons de politique financière.
Si les 4 piliers n’existaient pas, des personnes ayant des problèmes de toxicomanie végéteraient toujours au Platzspitz. C’est une grande erreur de croire que tout est sous contrôle parce que la situation s’est calmée. Elle reste très instable, et elle pourrait tout de suite s’effondrer si la révision de la loi sur les stupéfiants était repoussée dans un avenir lointain.
Je suis convaincue que toutes les Conseillères et Conseillers nationaux veulent ce qu’il y a de mieux pour la population, y compris les toxicomanes. Je fais donc instamment appel à vos compétences sociales et professionnelles : ouvrez le débat pour la proposition de la loi ! Le message du Conseil fédéral est cohérent et comporte les bases d’une politique des drogues suisse durable, moderne et exemplaire.
Présidente des parents et amis de toxicomanes
Antonia.biedermann@bluewin.ch
Tel. 031.952.52.45 / 079.356.78.40