Le réseau de culture de chanvre démantelé au Val-de-Travers aurait débuté il y a six ans. Christian E., frère jumeau et cousin de trois des six personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire qui secoue le canton de Neuchâtel depuis douze jours, l’affirme dans Le Temps d’hier. Son témoignage a de quoi relancer les interrogations sur le manque de perspicacité des policiers, qui n’auraient rien reniflé durant toutes ces années. A une réserve de taille près : joint hier par "Le Matin", le juge Nicolas Feuz, en charge de l’instruction, relativise fortement la crédibilité des dates avancées par Christian E.
Pour tout dire, le magistrat a même du mal à dissimuler son énervement face à ce témoin qui se répand dans la presse, alors qu’il n’a pas encore été entendu officiellement par la police. "D’autant plus qu’il affirme certaines choses qui sont fausses. C’est sa version, point final", tranche Nicolas Feuz, irrité. Mais pourquoi une personne aussi proche des personnes sous les verrous n’a-t-elle pas déjà été interrogée ? "Il y a eu toutes les perquisitions. Ce n’était pas notre priorité", concède le magistrat.
L’absinthe comme couverture !
Il en a aussi assez des propos sur le laxisme des policiers. "Avec Olivier Guéniat (n.d.l.r. : le chef de la sûreté neuchâteloise), nous avons des éléments pour montrer que ces accusations ne tiennent pas. Mais nous ne pouvons pas les divulguer pour le moment..."
Ce qui est sûr, c’est que les producteurs de chanvre étaient connus de certains policiers pour produire de l’absinthe. Ils n’ont pas été plus inquiétés que nombre d’autres distillateurs clandestins. Paradoxalement, le fait d’avoir une activité illégale folklorique a peut-être été pour eux la meilleure des couvertures...
Et voilà que Christian E. vient couper l’herbe sous les pieds des enquêteurs avec son témoignage public. S’il cherchait à hâter la sortie de prison de son frère, il semble bien qu’il ait raté son coup. Si les autres prévenus adaptent maintenant leur version à ses propos, l’instruction mettra "plusieurs mois de plus", Nicolas Feuz dixit, à démêler l’écheveau de ce réseau atypique.