CHANVRE - Vous toussez en tirant sur un joint ? Normal, le cannabis vendu de nos jours est bien plus costaud qu’autrefois. En analyse à l’Institut de police scientifique, le chanvre saisi dans le Val-de-Travers ne fera pas exception. Certains pensent que le consommateur n’a qu’à gérer le dosage, d’autres estiment qu’il y a danger.
La douce herbe d’antan qui faisait rigoler et tourner la tête des hippies, c’est fini. Le cannabis qu’on trouve aujourd’hui sur le marché clandestin est au minimum dix fois plus fort. "Depuis une année environ, sur les échantillons saisis en Suisse romande que nous analysons, le taux de substance active est en nette augmentation, allant jusqu’à plus de 40% de tétrahydrocannabinol (THC) pour des plants cultivés indoor. C’est énorme", relève Frédéric Anglada, responsable du groupe stupéfiants à l’Institut de police scientifique et de criminologie (IPS) de Lausanne.
C’est justement là que les échantillons du chanvre saisis sur onze sites neuchâtelois de production clandestine sont en cours d’analyse, afin notamment d’en déterminer ce fameux taux en THC. "Pour l’instant, ce cannabis est en train de sécher. Vu la quantité d’échantillons que nous avons à étudier, je ne pourrai donner de chiffres au juge d’instruction avant plusieurs semaines. Mais le taux sera probablement élevé", estime Frédéric Anglada.
Mais à peine les productions clandestines étaient-elles découvertes dans le Val-de-Travers que déjà des teneurs en THC entre 20 et 30% étaient articulées par les enquêteurs. Ce qui a déclenché un tollé parmi la communauté des fumeurs, comme on peut le lire sur des forums Internet où les adeptes du cannabis doutent fortement des chiffres annoncés, accusant aussi la police de tromper ainsi l’opinion publique sur la nocivité de leur herbe favorite. N’en déplaise aux chanvriers amateurs, ce genre de concentration n’est plus rare aujourd’hui, y compris dans des échantillons issus de simples cultures en extérieur, "qui peuvent présenter jusqu’à 30% de THC", affirme Frédéric Anglada.
Consommateur régulier, G. reconnaît que l’herbe est "plus violente qu’il y a dix ans. Maintenant, avec 50 balles, je fais deux mois. A l’époque, ça me tenait quatre jours". Qu’est-ce qui a changé dans le cannabis ? Sa culture profite désormais d’un savoir élaboré depuis des années, notamment dans des pays comme les Pays-Bas. La sélection fine a permis d’isoler des variétés de chanvre produisant un maximum d’huile qui contient le principe actif. Le mode de culture contribue aussi à la qualité de l’herbe. Ainsi, la culture hydroponique (hors sol), dite "indoor", et dont les recettes sont disponibles sur Internet ou dans une abondante littérature spécialisée, reste la meilleure manière de pousser le cannabis dans ses derniers retranchements. Baignant leurs racines dans une solution au PH contrôlé et gavée d’engrais spéciaux, les plants sont placés sous des lampes au sodium qui donnent chaleur et lumière à profusion. Un climat idéal pour que la fleur donne un maximum de résine gorgée de substance active.
Question de dosage ou danger réel ?
Mais peut-on vraiment, sur son seul taux important en THC, comparer cette herbe à de l’héroïne, comme l’avait fait devant les médias Olivier Guéniat, chef des stups neuchâtelois ? Une nuance s’impose. "La teneur ne change pas grand-chose. Si l’herbe est plus forte, le consommateur adaptera la dose à ses besoins, comme on le fait par exemple avec l’alcool", estime Jean-Alain Dubois, médecin au Centre de prévention et de traitement de la toxicomanie (CPTT) de La Chaux-de-Fonds.
Certains trouvent toutefois dangereux que du produit aussi fort soit disponible sur le marché. Selon Frédéric Anglada, il serait même temps de tirer la sonnette d’alarme : "Je vais interpeller l’Office fédéral de la santé publique pour l’encourager à lancer une étude clinique sur les effets de ce genre de stupéfiants". Car, si plusieurs travaux reconnaissent les bienfaits du cannabis sur certaines maladies, il n’existe pas grand-chose sur les dangers d’un abus.
Les débutants en matière de fumette seraient les premières victimes du surdosage. Même si la dose létale permet une très large marge de sécurité, le "bad trip" est garanti à celui qui bourre sans mesure un joint de cette herbe détonante, comme le relève le Dr Jean-Alain Dubois : "Avec une dose si forte et d’une seule prise, les effets euphorisants et agréables du cannabis ne seront pas amplifiés, mais plutôt remplacés par des effets secondaires indésirables, comme des tachycardies, des nausées, des troubles anxieux ou d’autres sentiments désagréables. Celui qui ferait ses premières expériences avec de tels produits risquerait bien d’en être dégoûté à vie".