"La police fait de l’intox"
Yves-Alain Durig fulmine. Depuis la mise au jour du cartel du cannabis au Val-de-Travers, les clients fuient sa boutique. "De peur d’être assimilés à la bande mise sous les verrous, même si je ne suis en rien impliqué..." indique le patron de La Fleur Verte, petit magasin de Couvet (NE) vendant des dérivés légaux du chanvre. Ce qui l’irrite le plus, ce sont les propos du chef de la Sûreté neuchâteloise, Olivier Guéniat, qui compare le cannabis dopé en THC à l’héroïne.
Comme d’autres protestataires, il parle d’intox, de désinformation : les policiers neuchâtelois, "réputés hyper-répressifs", gonflent le taux de THC (substance active) à des fins politiques, pour torpiller les projets de légalisation. "Ils évoquent 25 à 30% de THC, avant même le début des analyses", proteste Yves-Alain Durig. Du chanvre à plus de 30%, il ne nie pas qu’il y en a plein sur le marché. "Je viens d’en fumer. Et je suis capable de vous répondre..."
Guéniat n’en démord pas
Olivier Guéniat admet avoir évalué "à l’oeil, sous réserve des résultats d’analyse", la teneur en THC. "Il est certain qu’elle sera très élevée. L’escalade est spectaculaire. La majorité des saisies opérées en Suisse tourne déjà autour de 30%, et là, tout a été réuni pour faire plus fort encore..." La comparaison avec l’héroïne ? "Une façon de dire que la distinction entre drogues douces et drogues dures est dépassée. Avec un joint contenant 1 gramme de chanvre à 30% de THC, l’organisme reçoit autant de substance psychotrope qu’avec une prise d’héroïne du marché", explique le chef de la Sûreté.
Yves-Alain Durig, qui ne vend encore ni graines ni boutures, minimise la dangerosité de ce chanvre destiné à la "défonce pure". "Question de dosage, comme avec l’alcool !" Ce qui n’exclut en rien le risque qu’un fumeur débutant soit sonné par un joint trop chargé... "C’est vrai. Et je tiendrai un stand de prévention à Festi’Neuch le week-end prochain".
Ses boissons, habits, pâtes et autres dérivés sont autorisés à la vente jusqu’à 0,3% de THC. Chez lui, la police n’a rien trouvé à redire. "Je proposerai du chanvre plus corsé dès que cela sera admis aussi ici. Pourquoi les Neuchâtelois devraient continuer de se rendre à Bienne ou à Zurich, où ce chanvre est toléré ? Les autorités ne sont pas crédibles. La bande arrêtée a voulu en profiter".