C’est l’histoire d’un notable déchu, à la poursuite de sa gloire passée. Comment expliquer sinon pourquoi Z.* a plongé dans la culture clandestine de cannabis à échelle industrielle ? L’homme avait perdu de sa superbe, lui qui flambait jadis comme président charismatique du FC Noiraigue, en tant que conseiller communal ou encore comme horticulteur à la tête de presque cent employés.
Habitué à flirter avec les limites
Ce presque sexagénaire, marié et père de deux grands fils, est habitué à flirter avec la loi. Les Néraouis, ses concitoyens de Noiraigue, ne le savent que trop. Une fois de plus, leur village défraie la chronique à cause de lui. "On a l’habitude", note, fataliste, l’administratrice communale. Mécène, il avait traficoté les licences de joueurs étrangers de son club de foot, qu’il rêvait de hisser en 1re ligue. Chef des Travaux publics, il avait octroyé des chantiers à son entreprise au mépris des règlements, et avec dépassements de crédits. Entrepreneur, il lançait des chantiers avant d’avoir les autorisations.
Son implication dans les usines à chanvre dépasse de loin les "petites magouilles" dont la région l’accusait à demi-mot. "S’il a trempé dans un truc aussi gros, c’est pour retrouver son prestige", estime un concitoyen. A la fin des années 1990, exit le club de foot, fin du mandat d’élu radical et faillite de son entreprise. Il vivait depuis dans un appartement aménagé (sans permis de construire) dans une halle où son karting reste exploité par intermittence, alors que les plans sont encore à l’enquête... "Il touchait même l’aide sociale. N’empêche, depuis quelque temps, il avait de nouveau des ronds", affirme un informateur qui évoque l’achat de Peugeot de collection.
Savoir horticole
Courte embellie. Depuis une semaine, Z. est sous les verrous, suspecté - avec quatre autres Vallonniers - d’avoir monté ce cartel du chanvre. Deux des dix sites étaient chez lui. « Mais je doute qu’il soit à l’origine de tout ce commerce », note un Vallonnier. Il aurait plutôt été embrigadé pour son savoir horticole par des personnes de l’autre bout du Val-de-Travers qui, eux, disposaient des fonds pour lancer une industrie de chanvre enrichi en THC, sa substance active.
Reste une question. Des sources affirment que ces plantations indoor remontent à plusieurs années, et une saisie de plants a déjà été opérée à l’automne 2003 chez l’horticulteur, juste au-dessus de la cache découverte vendredi. Alors nombre de Neuchâtelois s’interrogent sur le manque de curiosité des autorités comme du fisc. "Comment cette équipe a pu agir si longtemps ?"