Chanvre : Urticacées-Cannabinées

Hanfsamen, Hanf AL. ; Hemp, ANG. ; Konab, Qanab, Til, AR. ; Ganja, Beng. ; Chu-tsao, CH. ; Kamp, DAN. ; Sjarank, EG. ; Canamo, ESP. ; Hennip, HOL. ; Canapa, IT. ; Gindsehe, JAV. ; Konopie, POL. ; Canhamo, POR. ; Konopli RUS. ; Ganjica, Bijiah, SAN. ; Hampa, SU. ; Ganjah, TAM. ; Ganjah chettu, TEL. ; Kendir, TUR.

1) CHANVRE COMMUN OU TEXTILE ; Cannabis sativa L. ― Ses semences, nommées chènevis, servaient jadis à préparer des émulsions adoucissantes et diurétiques. Les feuilles sont douées, mais très faiblement, des propriétés inébriantes de celles du chanvre indien.

Constantin Paul a employé avec succès, sous le nom d’Oakum, du chanvre imprégné de goudron, dont il recouvrait les parties malades dans le traitement des affections articulaires subaiguës et chroniques.

2) CHANVRE INDIEN : Cannabis sativa*. ― même espèce que la précédente. On trouve souvent écrit Cannabis indica.

Le mot indica n’indique que le pays d’origine et ne désigne pas une espèce distincte du chanvre de nos contrées : le Cannabis sativa, car on n’admet plus qu’une seule espèce présentant plusieurs formes ou variétés (BAILLON).

Il est certain qu’aux Indes la plante acquiert une activité physiologique plus considérable, mais il n’y là qu’un effet de climat, et, aux Indes même, le chanvre des plateaux élevés est bien plus actif que celui des plaines.

Il arrive en Europe sous deux formes : 1) Bhang, Siddhi, en feuilles séchées, longuement pétiolées, digitées ; 2) Ganja ou sommités fleuries ou fructifiées de la plante femelle, engluées et attachées les unes aux autres par une exsudation résineuse.

Le chanvre indien est redevenu officinal par l’arrêté du 2 mai 1925 (4e Suppl. Codex), qui le définit ainsi :

"Sommités florifères ou fructifères", desséchées, de la plante femelle de la variété indienne.

"Le chanvre indien" se présente en masses irrégulières, comprimées, agglomérées par la résine excrétée des sommités fleuries et comprenant : feuilles, bractées, fleurs femelles et fruits en voie plus ou moins complète de développement.

Les feuilles de ces tiges florifères sont isolées, simples ou parfois découpées en 1 à 3 segments. Elles diffèrent des feuilles inférieures, qui sont opposées, digitées avec 5 ou 7 folioles étroites, lancéolées, largement dentées sur les bords.

A la base du fruit, qui ne contient qu’une seule graine, on constate la présence d’une bractée ovale lancéolée.

Feuilles et bractées portent des poils tecteurs courbes, coniques, à la base renflée, renfermant souvent, surtout les plus courts, des cystolithes et des poils glanduleux sécréteurs à pied court et tête renflée multicellulaire.

Odeur forte, caractéristique, saveur faible.

"EMPLOI : Extrait, teinture. ― Toxique."

En arabe on nomme ce végétal Qanab hendy ; ses sommités fleuries et ses préparations portent le nom de hachich (ou Haschisch).

Le mot hachich est arabe, et veut dire proprement herbe. En Algérie, on l’appelle hachich-al-fokara : herbe aux fakirs.

Les préparations fort anciennement connues dans quelques contrées de l’Inde et de l’Afrique sous les noms de Maslach, Mojusck, Bangie, Benghie, Buang, Assyouni, Teriaki, ont le hachich pour base.

La composition chimique du Cannabis indica est assez complexe.

Il résulte des expériences de Personne qu’il contient une résine et une huile volatile. Cette huile est elle-même composée de deux essences hydrocarburées ; l’une, liquide, incolore, d’une odeur très forte, le cannabène, bout entre 235 et 240° ; l’autre, solide, à aspect gras, l’hydrure de cannabène.

Il doit ses propriétés à une substance résinoïde brune, d’une odeur vireuse, nommée cannabine ou haschischine, fusible à 68°, soluble dans l’alcool, l’éther, insoluble dans l’ammoniaque et dans le potasse.

Voici le mode de préparation de la cannabine : Après avoir concassé la plante, on la met à digérer à plusieurs reprises avec de l’eau tiède, exprimant chaque fois, jusqu’à ce que l’eau soit incolore. Puis on la met à macérer avec une soluté de carbonate de soude, dont la quantité est égale à la moitié du poids de la plante sèche. Au bout de deux ou trois jours, on décante, on met la plante en presse et on la lave jusqu’à ce que l’eau sorte presque incolore. On sèche bien la plante, on la met à macérer avec 5 fois son poids d’alcool à 86° C, on filtre, et on ajoute au liquide filtré du lait de chaux en crème, dans la proportion de 30,0 de chaux pour 500,0 de plante. On filtre, et on ajoute à la liqueur filtrée un léger excès d’acide sulfurique qui précipite la chaux en dissolution. On agite le tout avec du noir animal, et on filtre de nouveau. On retire l’alcool par distillation. Le résidu est traité par l’eau qui précipite la résine, laquelle n’a plus besoin que d’être séparée et séchée. (T. et H. SMITH.)

Gastinel, pharmacien au Caire, et Decourtive, ont fait connaître un mode d’obtention plus simple. On traite la plante séchée par l’alcool à 85c, à plusieurs reprises, à la température de 75° ; on distille pour retirer les trois quarts d’alcool ; on évapore le résidu en extrait (extrait alcoolique de cannabis) ; ou traite cet extrait par l’eau, qui dissout les matières gommo-extractives, et laisse la résine, qu’on a plus qu’à faire sécher à l’étuve.

Par ce dernier procédé on obtient un produit mou, de couleur verte, et ayant l’odeur de la plante ; par le procédé Smith, le produit est plus ferme et moins coloré. On en obtient 7 à 10%.

Cette cannabine n’est qu’un mélange en proportions variables d’un corps résineux avec le principe narcotique. Hay a reconnu que le Cannabis indica referme plusieurs alcaloïdes dont un, la tétano-cannabine, a pu être isolée à l’état pure. Cet alcaloïde qui agit à peu près comme la strychnine se présente en aiguilles cristallines très solubles dans l’alcool.

Cependant, d’autres expérimentateurs ne réussirent pas, par la suite, à extraire cette présumée tétano-cannabine. D‘après MARINO-ZUCCO et VIGNOLO, il existe plusieurs alcaloïdes, dont la somme représente environ 1 gr. p. 10 kgr. de plantes de diverses variétés qu’ils avaient cultivées en Italie.

En partant du charras de l’Inde (voir ci-dessous), trois auteurs anglais purent obtenir en 1896-99, après de très grandes difficultés, le cannabinol brut, représentant 33 p. 100 du charras traité.

De 1903 à 1907, S. FRAENKEL et son élève CZERKIS ont enfin obtenu, outre le produit précédent, qu’ils nomment pseudo-cannabinol, le cannabinol pur, qui serait un phénolaldéhyde OH-C20H28-CHO, très oxydable. Son action a été étudiée sur le chien et le chat et reproduit celle du hachich.

ESSAI. ― Le Codex ne prescrit encore aucun essai pour le chanvre indien et ses préparations. Selon les pharmacopées, le taux de l’extrait alcoolique varie ; le maximum des cendres est à 15 p. 100 (Autriche, 1906 ; Grande-Bretagne, 1914 ; Etats-Unis, 1916). D’après leurs essais, MM : WEITZ et DARDANNE ont proposé de fixer à 11 p. 100 le taux minimum de l’extrait alcoolique, desséché à 100° (B.S.P., juin 1924).

L’essai physiologique peut être pratiqué sur des chiens ou sur des chats. La pharmacopée américaine considère comme de bonne qualité les préparations qui provoquent chez le chien l’incoordination motrice aux doses suivantes : par kilog. d’animal : 0 gr. 004 pour l’extrait ferme, 0 gr. 03 pour l’extrait fluide, 0 c. c. 30 pour la teinture.

Le chanvre indien est peu employé. On l’a essayé contre la folie, l’hypocondrie, etc.

Germain Sée a préconisé l’extrait hydro-alcoolique à la dose de 0,05 par jour dans certaines affections de l’estomac.

10 et même 5 centig. de haschischine produisent les mêmes effets que 2 à 4,0 d’extrait gras, ou 20 à 30,0 de dawamesk. Elle peut être administrée en pilules, en teinture, en potions, en lavements, dernière forme sous laquelle, à la dose de 20 centig., nous l’avons vue produire des effets très intenses.

La teinture de haschischine se prépare en dissolvant 1 p. de haschischine dans 9 p. d’alcool à 90°.

On trouve dans l’Inde un produit résineux impur, connu sous le nom de Charras ou Churrus, et que l’on vend sous forme de boules terreuses et friables, de couleur brune. On l’obtient en Perse par divers procédés, soit en roulant les sommités mûres du Cannabis entre les mains, dont on détache ensuite la résine qui y est demeurée adhérente, ― soit en recueillant, avec les précautions convenables, la poussière qui se dégage de morceaux de Bhang bien secs que l’on agite, ― soit surtout en faisant parcourir les plantations par des hommes vêtus de cuir, dont les habits se recouvrent de résine ; celle-ci est ensuite râclée et recueillie, comme le Laudanum resté adhérent, dans les conditions semblables au poil des chèvres ou aux râteaux à lanières des bergers de Crète.

Le chanvre en nature est beaucoup moins usité que ses préparations. Cependant, dans quelques contrées (Turquie, Egypte, Tunis, Algérie), on le fume ou on le mâche à la manière du tabac, soit seul, soit mêlé avec ce dernier ou à d’autres substances. En Turquie, en Anatolie, le hachich est connu sous le nom d’esrar et se consomme sous forme de sirop additionné de subst. arom. et aphrodisiaq. ou se fume en pastilles du poids de 4 gram. environ, faites avec une pâte formée d’esrar légèrement torréfié, et d’une forte infusion de café. Le madjoun des Algériens est un mélange de miel et de poudre de hachich légèrement torréfié. On prépare aussi directement, avec la plante, des infusés, des décoctés, des boissons diverses. L’eau distillée de chanvre n’a pas d’action stupéfiante.

L’extrait gras de hachich, des Arabes, est obtenu en faisant bouillir les sommités fleuries de la plante fraîche avec du beurre et un peu d’eau. Lorsque celle-ci est évaporée, et que le beurre est suffisamment chargé de principe actif, on passe. C’est une préparation unguentiforme, tenace, jaune-verdâtre, de saveur et d’odeur nauséeuse de beurre et de hachich à la fois. C’est la préparation la plus active que les Arabes obtiennent du hachich. La dose est de 2 à 4,0, pris soit en boulettes, soit dans du café noir. Mais, en raison de sa saveur âcre, il est rarement employé par les Arabes ; ils lui font revêtir les formes d’électuaires, de pâtes, de pastilles, en lui ajoutant force aromates, comme cannelle, vanille, muscade, essence de roses, musc etc.

Le Dawamesk, ou dawa-mesk, kawa-mesk (drogue musquée), qui est la principale de ces préparations, est de l’extrait gras auquel on ajouté du sucre, des pistaches, des amandes, des aromates, parmi lesquels le musc doit figurer, d’après son étymologie. Pour le rendre aphrodisiaque, ils y ajoutent, dit-on, quelque fois de la cantharide. On prétend y avoir trouvé aussi de la noix vomique. Le dawamesk est en consistance d’électuaire, brunâtre, d’odeur et de saveur agréables. On le prend à la dose de 20 à 30,0, soit sous forme de bols, soit délayé dans du café à l’eau. Les effets se manifestent au bout de ½ heure à 1 heure, et quelquefois d’un laps de temps beaucoup plus long, selon les tempéraments. Les Arabes nomment Kief, Kif ou fantasia cette sorte de stupeur voluptueuse, produite par le hachich, qui n’a aucun rapport avec l’ivresse causée par le vin, et laisse loin en arrière celle que cause l’opium. Le hachich doit être pris à jeun. A la longue, son emploi peut mener jusqu’à la folie.

Hachich des Péruviens ou des Mexicains (V. Coca, p. 595).

Chanvre du Canada (Voir Apocynum cannabium, p. 412).

Le Ch. de Crète et le Datisca cannabina ; le ch. de la Nouvelle-Hollande et le Phormium tenax ; le Ch. des Américains, l’Agave americana L. Amaryllidacées).

Dorvault : L’Officine ou Répertoire général de pharmacie pratique. Dix-septième édition Paris Vigot Frères éditeurs 1928, par Ed. Defacqz R. Weitz. Pages 547 à 550