Berne - Londres
L’Office fédéral de la santé publique attaque le rapport d’un médecin légiste concluant au décès d’un Gallois par "intoxication au Cannabis".
Pendant onze ans, il a fumé ses six joints par jour. Pourtant, selon l’office fédéral de la santé publique (OFSP), Lee Maisey, âgé de 36 ans, retrouvé mort le 22 août dernier dans le living de son appartement , n’est pas décédé des suites de la consommation forcenée du chanvre ou des ses dérivés. En clair, Berne juge sévèrement un rapport d’autopsie britannique qui concluait à la mort du jeune homme par empoisonnement, une affaire qui avait fait le tour du monde à l’heure où le débat sur la dépénalisation du hasch touche de nombreux pays, dont la Suisse.
Le Telegraph et le Daily Mirror, deux quotidiens britanniques à grand tirage, ont publié le 20 janvier l’histoire du Gallois qui aurait inhalé quelque 23 000 pétards au cours de sa brève existence. Selon le rapport d’autopsie, le médecin légiste ne va découvrir aucune autre raison de la mort de Lee Maisey, et conclure qu’"il est probablement décédé d’un empoisonnement au Cannabis". Une petit phrase qui fait l’effet d’un coup de tonnerre en Grande Bretagne et ailleurs. Pour la première fois au monde, un individu serait ainsi décédé des suites d’un empoisonnement au chanvre, de plus constaté de source médicale. Sur la Toile, l’affaire fait le tour du monde et suscite des débats passionnés. En Grande Bretagne, la fièvre monte : le rapport d’autopsie est publié juste avant une décision du gouvernement Blair de changer la classification du cannabis et de le faire passer dans une catégorie de dogues jugées peu dangereuses.
A Berne, Verena Maag, une épidémiologiste zurichoise de l‘OFSP garde la tête froide, mais estime déjà que l’affaire sent le roussi. La scientifique alerte le pharmacologue Rudolf Brenneisen, le de l’Universitéde Berne, et lui demande une expertise. Les résultats sont accablants : "Les données toxicologiques insuffisantes ne constituent en aucun cas des preuves en médecine légale, estime le professeur. En conséquence les conclusions de "mort par intoxication du cannabis" du coroner ne sont pas légitimes".
L’intérêt du l’OFSP est aussi suscité par le débat sur la dépénalisation qui agite la Suisse. "L’affaire de la première victime supposée d’un empoisonnement au cannabis était connue à Berne, poursuit Verena Maag. Or, selon les résultats des analyses, aucune substance suffisamment toxique pour entraîner un décès n’a été découverte".
L’éditorialiste Victor Fingal commente : L’intox au hasch n’a pas passé !
Décidément, en matière de stupéfiants, la Suisse possède une bonne longueur d’avance sur les autres pays. Pas en matière de consommation ou de trafic, cette fois, mais dans le domaine scientifique, nettement plus avouable. Grâce é la sagacité d’une épidémiologiste de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), une affaire à sensation présentée comme une première mondiale, celle d’un Gallois que serait mort des suites d’une intoxication au cannabis, a été démasquée.
Pourtant, l’histoire du Gallois à la fin tragique qui fumait ses six joints par jour a fait le tour de la planète. Mais seule la Suisse s’est donnée la peine de vérifier l’information, de mandater un pharmacologue réputé et de constater que le sang de la victime ne contenait aucune substance qui pouvait le tuer. Bien sûr, le hasard n’est pas de mise. Si les raisons supposées du décès sont publiées aujourd’hui par le coroner, alors que le malheureux Gallois a été retrouvé mort l’été passé, c’est bien que le débat sur la dépénalisation du hasch fait rage actuellement en Grande-Bretagne. Le rapport concluant à l’empoisonnement donnait des munitions aux partisans de la ligne dure.
En Suisse, le débat n’est pas non plus achevé avec le récent renvoi du dossier dépénalisation au National. Et la fausse nouvelle d’un empoisonnement possible au chanvre ne pouvait que donner des arguments à ceux qui voient dans les paradis artificiels la source de bien des maux.
Pour le reste, l’information de l’OFSP ne devrait pas provoquer l’effet contraire. Si le hasch n’est guère dangereux pour la santé, il serait faux d’oublier que son mode de consommation habituel reste le joint, composé aussi de tabac et de feuille à rouler. Avec, pour conséquence, beaucoup de dépendance et de goudron à la clé.