Une lettre de la Fédération nationale des producteurs de chanvre

Le Monde - Paris.
Article paru dans l’édition du 04.06.05

A la suite de notre article "Vive le chanvre" (Le Monde du 16 septembre 2003), la Fédération nationale des producteurs de chanvre a obtenu en justice l’insertion de cette mise au point intitulée "Que vive la filière chanvre !"

Il existe de par le monde deux types de chanvre bien distincts dans leurs origines, modes de culture et usages :

- Le chanvre à drogue, couramment appelé cannabis, est originaire des zones tropicales. Il développe par sa concentration en delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) de puissantes facultés psychoactives. On distingue les"types marocains", dont le taux de THC est de l’ordre de 5 % à 10 % et les "types hollandais" dont le taux de THC est de l’ordre de 15 % à 25 %.

- Le chanvre industriel, couramment appelé chanvre, est originaire du nord de l’Europe.

C’est le seul et unique objet du travail de la Fédération nationale des producteurs de chanvre (FNPC). Il en est produit 15 000 ha en Europe à des fins industrielles pour la paille et la graine, et à des fins d’alimentation animale et humaine pour la graine et son huile (très riche en radicaux oméga 6 et oméga 3). Dans tous les cas, l’utilisation des feuilles et fleurs est interdite. Les variétés autorisées doivent développer moins de 0,2 % de THC, en respect des réglementations nationales et européennes.

L’existence de personnalités bien connues aux niveaux national et européen pour leur implication en faveur de la dépénalisation du cannabis et qui se servent du chanvre industriel comme d’un cheval de Troie politique doit être fermement différenciée de l’activité de la filière chanvre que représente la FNPC, créée en 1932.

En France la production du chanvre industriel est destinée aux papiers extrafins, à la plasturgie automobile, à l’isolation dans le bâtiment, au bien-être animal et à l’alimentation. La quasi-totalité des cultures françaises, soit 9 500 hectares en 2003 pour un millier de chanvriers répartis en Champagne-Ardenne, Bourgogne Franche-Comté et Grand Ouest, sont sous contrat avec trois transformateurs agréés par l’Etat. Ces surfaces sont intégrées classiquement dans des exploitations"type céréalier" ou "type polyculture élevage".

Ces agriculteurs intègrent la culture du chanvre dans leurs assolements, autant pour ses qualités agronomiques que par conviction environnementale. Dans ces exploitations la culture du chanvre est un facteur de plus-value environnementale fort, le chanvre se cultivant sans aucun produit chimique.

Pour les cultures dites "biologique", qui représentent moins de 200 hectares (2 %) en France en 2003, il s’agit la plupart du temps d’expériences pilotes pour produire des matériaux de construction utilisés en autoconsommation. Ces cultures sont découplées de la filière industrielle du chanvre et de ses marchés classiques. La seule différence entre une culture"biologique" et une culture traditionnelle est l’origine organique des apports azotés pour ceux de ces producteurs qui sont engagés dans une certification"agrobiologique" . On notera avec regret le très fort taux d’abandon de la culture du chanvre par ce type de producteurs après quelques années, généralement dû aux difficultés rencontrées à la transformation.

Dans votre article, vous vous trompez lourdement sur les motivations de la FNPC. La FNPC, acteur majeur de la filière et obtenteur variétal, s’est en effet donnée pour objectif de sélectionner des variétés de chanvre à taux de THC de plus en plus faible (jusqu’à 0 % obtenu en 2000 avec la variété Santhica 27), non pas comme vous l’écrivez "pour éviter des ennuis avec la justice", mais pour assurer la pérennité et le développement économique de la filière européenne du chanvre industriel.

La FNPC fait multiplier ses variétés par la Coopérative centrale des producteurs de semences de chanvre (CCPSC) (780 tonnes en 2002, soit suffisamment pour semer les 15 000 hectares cultivés en Union européenne en 2003).

Vous estimez par ailleurs que "... le destin du chanvre "utile" et celui de son cousin "récréatif" restent liés". Cela est faux car les marchés sont totalement différents : industriel, légal et au grand jour d’un côté, individuel, dissimulé et illégal de l’autre ; les producteurs aussi sont différents, agriculteurs d’un côté, consommateurs de drogue de l’autre. Il y a autant de différence entre un chanvriculteur exploitant 10 hectares de chanvre sur 100 hectares de culture et un fumeur de cannabis cultivant dans son placard sous lumière artificielle qu’entre un producteur de pommes de terre du nord de la France travaillant sous contrat avec un industriel et un distillateur d’alcool de patate frelaté de la banlieue de Moscou.

Le cas de Ben Dronkers est à part : dépénaliste fortuné ayant pignon sur rue et industriel du chanvre, il doit son double statut aux spécificités de la politique néerlandaise en matière de drogue, politique aujourd’hui largement décriée par les Néerlandais eux-mêmes.

Les difficultés que M. Ben Dronkers rencontre en matière de chanvre industriel viennent du fait que de nombreux acheteurs potentiels, équipementiers allemands en automobile en particulier, lui ont fermé leur porte à cause de son image "fumeuse".

En ce qui concerne les achats de semences à la CCPSC par M. Ben Dronkers, qui affirme avoir "sauvé la FNPC de la faillite", ses achats de 27 tonnes de semences sur trois ans représentent 2,5 % des ventes de semences sur la période 1989-1991 (1 057 tonnes), ce qui n’en fait à nos yeux ni un sauveur de la FNPC, ni de la filière chanvre, ni de la planète.

La filière chanvre estime en toute modestie que la culture et l’utilisation de cette plante en industrie sont très favorables à l’environnement, mais que son impact est en proportion des surfaces cultivées (en France, 9 500 hectares de chanvre pour 10 millions d’hectares de cultures arables). Cela dit, en matière d’environnement, il n’existe pas de petit profit. Nous envisageons une croissance dans le futur, mais elle ne saurait être que modérée et régulière (doublement des surfaces d’ici cinq ans ?) et en aucun cas une explosion.

S’il est vrai qu’en 1994 la personnalité de Ben Dronkers a retardé la vente et l’envoi de semences de chanvre par la CCPSC, ni la FNPC ni la CCPSC n’ont passé outre une quelconque injonction que ce soit, ni nationale ni européenne. Ces semences ont permis à Ben Dronkers de mettre en culture 137 hectares, soit 1,7 % des surfaces de l’Union européenne en 1994.

Enfin, la politique des Pays-Bas en matière de dépénalisation du cannabis, en grande partie sur l’initiative de Ben Dronkers, pose de très sérieux soucis à la filière du chanvre industriel par l’amalgame qu’elle crée : cela est contre-productif et peut à court terme tuer la filière du chanvre industriel pour le plus grand dommage de la protection de l’environnement, des producteurs, des transformateurs et des utilisateurs des produits issus du chanvre.

La FNPC, c’est : 8 groupements régionaux ; 1 000 producteurs adhérents (9 500 hectares) ; 15 employés ; un chiffre d’affaires (commun avec la CCPSC) de 2 millions d’euros en 2002 ; le partenaire officiel du ministre de l’agriculture et des pouvoirs publics français et européens.

Ses activités sont : recherche et création variétale ; recherche agronomique ; défense des intérêts des producteurs ; représentation auprès des pouvoirs publics ; être moteur du développement de la filière.