Un regard scientifique sur les effets de la marijuana
2000/09/14 - Quotidien du Médecin
Le cannabis, désormais reconnu en France comme moins dangereux que le tabac*, n’en finit pas de faire fantasmer, en raison, sans doute, de son usage illégal. Dans « Marijuana, mythes et réalités »**, deux universitaires américains, dont un médecin toxicologue, tentent de tordre le cou aux propos prétendument scientifiques sur le H, qui correspondent, selon eux, à de « simples vues de l’esprit ».
QUI faut-il croire, ceux qui prétendent que « les molécules de marijuana, captives du cerveau, entraînent une intoxication permanente » et poussent l’usager à consommer des drogues dures, ou Lynn Zimmer, sociologue, et John P. Morgan, médecin, tous deux enseignants à l’université de New York, auteurs de « Marijuana, mythes et réalités », qui affirment le contraire ?
De leur point de vue, pour « la grande majorité des gens, le H est un terminus plutôt qu’une drogue de passage ». Passant en revue les données scientifiques du moment, les deux chercheurs donnent raison à leurs collègues, qui constatent, après enquête, que le « fait de fumer du cannabis, même à long terme, n’est pas nuisible à la santé » (« Lancet », n° 346 de 1995).
Il n’y a pas de « syndrome d’amotivation, pas de lésions cérébrales ; pas de preuves convaincantes qu’un usage intensif détériore la mémoire ou d’autres fonctions cognitives » ; ni d’« altérations profondes du comportement » ou de risque de stérilité. L’exposition prénatale ne donne lieu à « aucune déficience discernable », pas plus que les fumeurs de H ne sont plus vulnérables aux infections que les abstinents.
Les auteurs, toutefois, admettent que la fumée de cannabis, « en quantité (même) modérée, semble représenter un risque minimal pour les poumons ». Mais rien à voir avec les problèmes des gros fumeurs de tabac. D’autre part, « si certaines personnes éprouvent des symptômes de manque, ceux-ci sont remarquablement légers ». Mais, bien qu’elle ne soit pas associée à des morts par surdose, la consommation unique du cannabis est intervenue dans seulement « 2 % des cas d’urgence médicale liés aux drogues », en 1994 outre-Atlantique. Au volant, « il se peut » que la marijuana ait « un effet néfaste sur la manière de conduire de certains individus ». Cependant, le nombre total d’accidents, sur le territoire américain, « ne semble pas être affecté significativement par cet usage très répandu dans la société ».
Quant à l’impunité des usagers, là encore, « Bas les masques, le mythe ! » . En 1995, plus d’un demi-million d’Américains ont été arrêtés pour délit relatif à la marijuana, dont 86 % pour « simple possession ». Quelques-uns ont connu la prison, la plupart des sanctions civiles, telles que saisie de biens, retrait du permis de conduire et licenciement professionnel. « A bien des égards, concluent John P. Morgan et Lynn Zimmer, l’usage du cannabis fait déjà partie intégrante de la culture. Il ne peut être assimilé à une déviance qu’en raison du maintien de sa criminalisation. »
* « La Dangerosité des drogues », Bernard Roques (édit. Odile Jacob).
** Edit. Médecine et Hygiène/Georg, à Chêne-Bourg, en Suisse. Tél. 00.41.22.869. 00.29.