Un paysan cultive du chanvre pour en faire des bonbons

2004/09/01 - La Liberté

Ecoteaux - Depuis sept ans, Olivier Sonnay sème du chanvre pour en tirer de l’huile essentielle, utilisée comme arôme alimentaire. Une culture lucrative, mais contrôlée par la justice. L’agriculteur organise dans dix jours une fête de la distillation.

Les amateurs de pétards en feraient un malaise : imaginez un champ d’un hectare de plants de chanvre de deux mètres et demi planté sur une colline d’Ecoteaux et fleurant bon le cannabis... Pas de chance !Les feuilles caractéristiques de cette étrange culture ne finiront pas roulées dans une cigarette, mais dans des canettes de thé froid ou des boîtes de bonbons. Son propriétaire, Olivier Sonnay s’est en effet lancé il y a sept ans dans la production d’huile essentielle de chanvre. Il organise la semaine prochaine une fête de la distillation, avec démonstration et visites du champ. Sa ferme, à l’écart du village et facilement repérable à l’odeur, produit annuellement environ 20 litres d’essence, après distillation des plants de chanvre frais. Une affaire lucrative, puisque un litre du précieux liquide doré se vend 2000 francs.Soit environ40 000 francs chaque année pour l’hectare planté à deux pas de la ferme familiale.
"Le rendement est comparable à celui du tabac", calcule Olivier Sonnay. Cette culture n’est pas encore son activité principale : l’agriculteur engraisse du bétail et sème des céréales. Mais il souhaiterait développer ce secteur à l’avenir, en trouvant de nouveaux débouchés pour son huile.

Taux de THC de 3%
La culture du chanvre présente tout de même des particularités, notamment juridiques. Le jeune agriculteur de 36 ans a déjà subi trois enquêtes diligentées par le canton de Vaud à cause de sa plantation, dont le taux de THC (tétrahydrocannabinol, substance active de la drogue) atteint 3%, loin au-delà des 0,3% généralement admis (voir ci-contre).Toutes se sont toutefois terminées sur des non-lieux. C’est que l’huile essentielle de chanvre ne présente, elle, pas de trace décelable de THC. Quant aux résidus de la distillation, ils sont immédiatement mélangés à du purin pour faire du compost.
"C’est le jeu", remarque le cultivateur qui a reçu l’autorisation de la Régie fédérale des alcools pour sa distillerie. "Ce travail de la justice et de la police est même un point positif. Ces contrôles serrés et réguliers empêchent la situation de s’emballer, comme au Tessin ou à Fribourg".

Champ sous surveillance
Reste que le Vaudois doit montrer patte blanche, notamment en protégeant son champ des cueillettes sauvages. Pour cela, Olivier Sonnay a installé une série d’alarmes. Si les premiers klaxons de 120 décibels ne suffisent pas à faire fuir les voleurs,une alarme silencieuse avertit le propriétaire sur son téléphone portable.Il peut alors écouter les bruits des maraudeurs et connaître leurs intentions.
Ces précautionsse sont plusieurs fois avérées nécessaires. Surtout l’année dernière:un des champs d’Olivier Sonnay se trouvait le long de la voie de chemin de fer.De quoi affoler des voyageursaccros à la fumette.Arrivés à Lausanne, certains ont pris le train en sens inverse pour se faire une petite réserve d’herbe. "Un jour, ils sont montés à une dizaine", se souvient le cultivateur. "Nous les avons interceptés à la gare. Ils ont dû abandonner tout le chanvre avant de prendre la fuite".

Samuel Russier

"Fête de la distillation du chanvre",Ecoteaux, ferme Les Bois, ve 10 septembre de 17 h à minuit, sa 11 et di 12 septembre de 14 h à minuit. www.olison.ch.