Un expert des drogues s’alarme : le cannabis est aussi dangereux pour la société que l’héroïne !

Sunday Herald, dimanche 13 mars 2005-03-25

Aideen McLaughlin

Un chercheur écossais réputé en matière de drogues a dénoncé que le cannabis pourrait être un danger aussi grand pour la société que la cocaïne ou l’héroïne. Dans un tribune écrite pour le Sunday Herald, le Professeur Neil McKeganey, du Centre de recherche sur le mésusage de drogues de l’Université de Glasgow, avertit que le gouvernement et les intervenants en toxicomanie devraient reporter leur attention sur le cannabis pour résoudre le problème de l’usage de drogues illégales en Ecosse.

McKeganey affirme que le problème du cannabis n’est pas tellement son risque sanitaire pour les individus, mais qu’il crée un climat dans lequel l’usage des drogues dures pourrait devenir de plus en plus socialement acceptable.

Il écrit : « Il est possible que la perception qu’il est OK d’utiliser des drogues illégales, si on a pas observé qu’elle causait beaucoup de dommages sur la grandes majorité des usagers, soit un jugement qui a été aidé par la perception du cannabis comme une drogue récréative sans dommage. »

« Si c’est le cas alors le cannabis - au niveau de la société, si ce n’est au niveau de l’individu - est juste aussi dangereux que l’héroïne et la cocaïne. ». Il appelle cela la théorie du « passage social ».

Mais les commentaires de McKeganey ont provoqué des réactions de colère des intervenants écossais en matière de drogues. David Liddell, directeur du Scottish Drugs Forum a dit : « La recherche a indubitablement démontré que la pauvreté et la privation - pas le cannabis - sont reconnus pour être le passage dans l’usage problématique de drogues.

« Une personne qui développe un sérieux problème de drogue le fait en usant de n’importe quelle sorte de drogue, indépendamment de ce que c’est. Le cannabis en soit n’est pas la raison, les problèmes personnels et sociaux des gens le sont. »

« Le verrou que la société doit vraiment craquer est la ou les véritables raisons qui amènent les gens à se tourner en premier vers les drogues comme échappatoire. »

Le Docteur David Shewan de la Caledonian University, co-auteur du récent rapport controversé qui démontrait que l’usage d’héroïne ne conduit pas toujours à une mauvaise santé ou des problèmes sociaux, l’approuve.

Il nous a déclaré : « Il existe des questions de santé en relation avec la grande puissance d’une partie du cannabis maintenant disponible, en particulier quand il est fumé par de jeunes usagers et des personnes avec des problèmes de santé mentale préexistant.

« Mais je ne suis pas convaincu que le traitement de ces problèmes de santé serait facilité par ce que semble plaider le professeur McKeganey, une guerre au cannabis.

« Faire du simple usage de cannabis un cas de justice criminelle pourrait miner une approche plus constructive de ces besoins de santé.

« Cela pourrait distraire l’attention de motifs criminels plus intrusifs et minimiser les problèmes de marginalisation socioéconomique.

« Si le concept de passage social est admis, alors la drogue qui remplit le mieux à cette fonction est l’alcool. »

Kenny MacAskill, Porte-parole chargé de la justice pour la SNP, a convenu que l’alcool doit être considéré quand on informe sur l’usage de drogue.

« Il n’y a pas de réponse facile au problème de drogue dans notre société et cela inclus l’alcool » dit-il. « Je ne suis pas pour une plus grande libéralisation mais je suis certain qu’une plus grande répression ne fonctionnerait pas plus.

« Nous devons trouver une solution intermédiaire, Parce que la répression et la précipitation à elles seules n’ont pas marché et ne marcheront pas. Cela requiert de l’éducation, un changement culturel et, pour une certaine extension, que les gens croient en eux-mêmes et entretiennent un peu d’espoir plutôt qu’une perspective nihiliste d’évasion.

Alistair Ramsey, Directeur de Scotland Against Drugs, a dit qu’il n’étais pas entièrement d’accord avec les théories de McKeganey, Le débat sur le cannabis, qu’il croit coincé depuis 20 ou 30 ans, a besoin d’être rafraîchi.

"C’est une proposition intéressante, mais nous ne pouvons pas ignorer le fait que le cannabis peut causer et cause pour certains des problèmes de santé, mentaux et physiques, significatifs" a t’il dit.

On estime que 3,5 millions de personnes utilisent du cannabis au Royaume-Uni. En janvier 2004, le gouvernement écossais a reclassé cette drogue de la classe B à la classe C. Mais un porte-parole du gouvernement avait dit que ce reclassement n’était pas la même chose qu’une légalisation.

Il expliquait : « cela indentifie simplement que toute les drogues sont nocives, certaines drogues sont plus nocives que d’autres. Le cannabis comporte des risques mais ce n’est pas aussi dangereux, comme il est dit, que l’héroïne ou la cocaïne. Mais tomber dedans peut très bien vous laisser avec un casier criminel aussi bien qu’endommager votre santé.

« Le gouvernement ne pardonne pas l’usage du cannabis. C’est illégal et cela comporte des risques pour votre santé physique et mentale. Nous savons aussi qu’un usage soutenu peut créer une dépendance - environ 10% des patients des services de drogues disent que le cannabis est leur principal problème de drogue.

Au début de la semaine dernière, des pays comme la France, l’Allemagne, Les Pays-Bas, le Canada, l’Australie et l’Iran se sont alliés à l’occasion de la réunion annuelle de la Commission des Nations Unies sur les drogues pour persuader l’ONU pour rejeter la doctrine de la tolérance zéro dans la politique internationale de la drogue.

Les USA ont opposé leur veto à cet appel. La délégation anglaise est restée muette sur ce sujet.

Traduction Chanvre-Info

Source : Drugs & Democracy

Info : drugs chez tni.org

Transnational Institute (TNI)