(USA) "Cannabis en vente libre : comment en parler aux enfants" par Corine Lesnes du Monde.

Alors concernant la peur de dégâts sur le cerveau des gens dans quelques années à cause de la légalisation dans certains états des USA : la plupart des gens sont naïfs et facilement impressionnables. Les politiciens ont joués sur cette crédulité et ces peurs pour réussir leur coup de guerre contre les drogues. Dans le pire des cas, cela donnera la situation d’aujourd’hui : n’oublions pas que la prohibition dure depuis 45 ans en France et plus de 70 ans aux USA. Et qu’il y a vraiment beaucoup de gens qui fument même et surtout dans les pays répressifs. Toutefois la situation sera moins grave puisqu’en théorie, dans un système de légalisation contrôlée, il n’y a plus de produits adultérés.


12 janvier 2015, par Corine Lesnes, correspondante du Monde à San Francisco. Le Monde - M Blog

Le blog de Corine Lesnes, correspon...

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Cannabis en vente libre : comment en parler aux enfants ?

Kelly Caywood, psychologue : "En parler, sans mentir mais sans story telling"

Comment en parler aux enfants ? Depuis la légalisation de la marijuana dans le Colorado, la psychologue Kelly Caywood est saisie de la question par les parents (et les medias).

Pour beaucoup, le Colorado a mis la charrue avant les bœufs, en légalisant l’achat et la consommation pour les adultes de plus de 21 ans malgré l’absence d’études sur les conséquences à long terme pour la santé publique.

Ce à quoi les partisans du pot répondent que c’était difficile : la législation fédérale rend quasi-impossibles les recherches sur les substances illégales pour les médecins employés dans les hôpitaux universitaires ou les institutions qui bénéficient de fonds publics.

- « Il y a beaucoup d’inconnues, relève Kelly Caywood, psychologue et praticienne au Children’s Hospital. A long terme les gens se demandent quels bénéfices -ou quels problèmes- nous allons en fait retirer de tout ça  ».

Toutes les plantes sont étiquetées. Etiquette jaune : la plante est destinée au marché de la marijuana médicale. Etiquette bleue : consommation récréative

Un an après la légalisation, le 1er janvier 2014, le casse-tête reste entier pour les parents. Aussi bien pour ceux qui fument que pour ceux qui ont décidé de prendre un emploi -bien payé- dans ce secteur en plein essor.

Soda au cannabis. A consommer glacé.

Joe Hodas, directeur du marketing chez Dixie Elixirs, le premier fabricant de boissons à la marijuana, a trois enfants. Son fils de 12 ans a désapprouvé le fait que son père accepte un job pareil.

- « Je comprends sa perplexité, dit le papa. Ses héros, les joueurs de football, sont sanctionnés quand ils font usage de cannabis  ».

Le publicitaire s’est livré à une séance de pédagogie juridique. "Les joueurs ne sont pas censés fumer. C’est le règlement  ».

En revanche, le marketing du soda pamplemousse-cannabis, « c’est légal et ça aide les gens  » (du fait des vertus médicinales).

Maman travaille chez Médicine Man. C’est quoi cette odeur bizarre sur ses vêtements ?

Sh., cadre chez Médicine Man, l’un des plus gros détaillants de marijuana, faisait partie d’un cabinet de chasseurs de tête. Elle a hésité avant de prendre un poste dans l’industrie du cannabis, d’autant qu’elle ne fume pas. Elle se dédouane en se disant que "c’est comme l’alcool en fait" (elle a préféré rester anonyme).

Ses quatre enfants l’ont interrogée sur cette odeur "bizarre" imprégnée dans ses vêtements quand elle rentre du travail. Elle a expliqué où elle travaillait à l’ainé.

- "Et je lui ai bien fait comprendre que c’est illégal avant 21 ans et que s’il fume, il est hors de question de vivre avec maman  ».

Chelsey, dans le magasin Denver Relief

Chelsey Joseph, 25 ans, travaille pour Denver relief, l’un des premiers dispensaires de marijuana médicale du Colorado. Look de cadre marketing fraichement sortie d’une école de commerce, elle consomme depuis des années.

- « A chaque fois que j’ai vu quelque chose de stupide se produire au lycée, l’alcool était impliqué, pas le cannabis, assure-t-elle. Je n’ai jamais eu un ami qui ait été blessé ou accidenté du fait de la marijuana ».

La perception du cannabis à l’école était "très différente de celle que j’avais à la maison, poursuit-elle. C’était assez perturbant. Mes parents étaient deux consommateurs de cannabis. Ils ne buvaient pas. J’entendais toutes sortes de choses à l’école. Que le cannabis rendait idiot. Et à la maison j’avais deux parents très performants avec des jobs de haut niveau ».

Jason Lucas et sa plantation

Jason Lucas travaille dans l’immobilier. Il a installé ses plantes dans une antichambre de sa villa moderne de la banlieue de Denver.

- «  Mes deux filles n’approuvent pas. Elles ne fument pas. Mais on en a parlé », dit-il.

Pour lui, les parents qui sont contre le pot devraient se rendre compte que «  le combat est fini. Cela fait partie de nos vies, maintenant, ici ».

Les ados le disent : la marijuana est plus accessible qu’elle ne l’était avant la légalisation. Mais l’alcool reste plus répandu dans les fêtes. « La bonne nouvelle c’est qu’on n’a pas encore vu d’augmentation de la consommation chez les jeunes  », a prudemment constaté Larry Wolk, le directeur de la santé publique du Colorado.

Pour Kelly Caywood, les teenagers vivent « dans le ici et maintenant  ». Il est difficile de les sensibiliser au fait que leur cerveau est encore vulnérable et que leur capacité à apprendre peut être affectée.

"Félicitations : vous êtes les premiers ados à vivre dans un Etat où la marijuana a été légalisée" (Photo Reuters)

Une campagne a été lancée dans l’Etat pour les inciter à ne « pas être des rats de laboratoire ». Sous-entendu des cobayes dans l’expérience que tente le Colorado avec la légalisation. Elle consistait en une série de cages géantes, disposées dans les parcs. Elles ont vite suscité les sarcasmes.

- « C’est un équilibre à trouver. On ne peut pas dire que c’est ce qu’il y a de pire au monde, dit Kelly Caywood. Parce que ce n’est pas le cas. Il faut être réaliste ».

Certains jeunes savent très bien que leurs parents fument. Comme cette fille dont la mère a explosé pendant une discussion avant de sortir fumer un joint pour se calmer. « Elle était furieuse que sa mère en soit là. Montrer que l’on consommer pour échapper à ses problèmes, ce n’est probablement pas le bon message », dit la psy.

Une autre ado fume avec son père dans le garage. «  Elle trouve ça assez cool, raconte la clinicienne. Mais on sent qu’elle aimerait sentir quelques limites. Qui est-il ? Son père ? Son copain ? Ce n’est pas formidable que les limites soient floues  ».

Les parents se demandent souvent : que répondre si leurs enfants leur demandent s’ils ont fumé dans leur jeunesse. « Je déconseille le mensonge. Ca peut se retourner contre eux. Mais je leur recommande de ne pas se répandre en détails ou explications. Pas de story telling ». Le message à faire passer, explique la psy, est que « c’est légal. Les gens choisissent ou non de consommer. L’accent doit être mis sur la responsabilité".

Quand commencer à en parler ? Autour de 10 ans, estime-t-elle. «  Soyez direct, allez à l’essentiel  ». Pour elle, il faut aussi que les parents s’informent mieux eux-mêmes. « Les gens ont cette perception qu’il n’y a pas d’accoutumance. C’est faux  ».

Un an après la légalisation, le Colorado est en quête d’information. En décembre, le gouverneur a mis de côté 8 millions de dollars de la cagnotte alimentée par les taxes sur la "marijuana" pour la recherche.

Pour la première fois, les bienfaits de la marijuana vont être examinés, pas seulement ses effets potentiellement dangereux.

Huit projets ont été sélectionnés, dont 3 nécessitent une approbation fédérale (jusqu’à présent le monopole de la culture de la marijuana aux fins de recherche est détenu par l’université Ole Miss du Mississippi).

Les producteurs sont associés à la démarche : ils savent que le maintien de leur business dépend d’une meilleure information sur les effets de la marijuana, ses modes de consommation etc.. Denver Relief va fournir les plants utilisés pour le séquençage du genome du cannabis entrepris par le généticien Nolan Kane, de l’université de Boulder. Dixie Elixir va accompagner les recherches du Dr Sue Sisley sur le rôle du cannabis pour soulager le PTSD des soldats de retour des zones de conflits.