RAYMOND BARRE : "j’ai essayé l’opium"

2000/01/21 - AFP

L’ancien Premier ministre Raymond Barre a indiqué jeudi soir qu’il n’avait jamais fumé de cannabis mais qu’il avait essayé l’opium quand il était plus jeune sans y trouver beaucoup de plaisir. Invité de la radio lyonnaise Radio Scoop, M. Barre était interrogé par un auditeur sur la légalisation du cannabis : "Je n’en ai jamais fumé mais en revanche j’ai essayé l’opium quand j’étais plus jeune mais ça ne m’a pas emballé", a déclaré le maire de Lyon. Il a ajouté qu’il n’était pas favorable à la dépénalisation des drogues : "il y a un grand danger à libéraliser parce que cela peut se traduire par une espèce d’amollissement général", a-t-il déclaré.

REACTION DU CIRC
Loin de déclencher polémiques et débats, sa déclaration suscita tout au plus les commentaires amusés de quelques journalistes insolents. Deux réactions auraient pourtant pu être envisagées. Tout d’abord l’indignation. Qu’un "élu de la Nation" ait ainsi contrevenu, même dans sa jeunesse, à une morale et à des lois ne revient-il pas banaliser une pratique que notre société refuse toujours de comprendre ? La seconde, pragmatique, aurait consisté à prendre acte de cette information et ainsi accepter l’idée que certains comportements, bien que "transgressifs", participent à la "construction" des individus ; un passage obligé, un rite initiatique, à l’instar du premier amour, de la première cigarette ou de la première cuite. Accepter aussi que de telles conduites relèvent de la liberté pour les individus à disposer comme bon leur semble de leur corps et de leur esprit, et concevoir alors que la société ne peut intervenir de son propre chef sans empiéter sur leurs libertés. Mais rien de tout cela ne vint. Les nombreux usagers qui auront appris la nouvelle concluront qu’il est en tout cas plus facile de s’exprimer sur un sujet aussi sensible quand on exerce une fonction importante, qu’en étant un simple militant antiprohibitionniste.