« Pusher » à domicile

« Pusher » à domicile

par Guillaume Picard Voir tous les articles de Guillaume Picard Article mis en ligne le 5 décembre 2007 à 6:30

Phénomène en croissance ces dernières années, la livraison de drogue à domicile pourrait aujourd’hui représenter jusqu’à la moitié de toutes les transactions clandestines effectuées à Montréal, selon l’inspecteur Bernard Lamothe, de la SPVM. Marijuana, haschich, cocaïne : toutes ces drogues
- et bien d’autres - peuvent être livrées dans le confort de son foyer. Phénomène en croissance ces dernières années, la livraison de drogue à domicile pourrait aujourd’hui représenter jusqu’à la moitié de toutes les transactions clandestines effectuées à Montréal, selon l’inspecteur Bernard Lamothe, de la section du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Bien qu’il soit difficile d’en évaluer l’ampleur, les données en la matière n’étant pas légion, les débits de boisson et les points de vente fixes ont accusé un recul au profit des « vendeurs à pagette ou à cellulaire », indique M. Lamothe. Cela dit, certaines drogues, notamment l’acide, le GHB et le speed, demeurent, elles, essentiellement des « produits » de bar.

Si des consommateurs interrogés par Montréal Express avouent préférer la livraison à domicile pour des raisons de sécurité et, surtout, pour la qualité de la marchandise, ils ne sont pas pour autant exempt d’une arrestation si le hasard veut que la police frappe « leur vendeur » au moment où celui-ci cogne à leur porte.

« Les clients ne sont pas notre priorité, mais certains se font arrêter même si notre action ne les vise pas, explique l’inspecteur. C’est sûr qu’on tente d’aller jusqu’aux têtes dirigeantes. Il y a les livreurs, les distributeurs, les fournisseurs. » Pas facile à coincer « La livraison à domicile ajoute un défi de plus aux policiers comparativement à un point de vente où le va-et-vient finit par attirer l’attention. C’est plus difficile à enquêter et à cibler quand c’est le vendeur qui se déplace chez le consommateur. Ça attire moins l’attention et il y a donc moins de dénonciation », résume M. Lamothe.

Pour sa part, Guy Dion, chargé de cours à l’Université de Montréal et spécialiste en matière de consommation et de trafic de drogue, croit que les gens optent volontiers pour la livraison à domicile, « parce que c’est plus sûr et que cela leur demande moins d’efforts. Il serait d’ailleurs intéressant de voir, si c’était possible de le mesurer, si les gens se font davantage livrer chez eux pendant l’hiver. »

M. Dion croit que le fléau de la drogue devrait attirer moins l’attention que d’autres maux de société beaucoup plus dommageables, dit-il, comme la « malbouffe, la sédentarité associée aux jeux vidéo ou les prescriptions de Ritalin, également une drogue. » Selon l’inspecteur Bernard Lamothe, vendeurs et consommateurs font preuve de beaucoup d’imagination pour maintenir la police à bonne distance. Certains récupèrent leur dose dans des cabines téléphoniques ou des boîtes aux lettres, d’autres font des échanges dans des stationnements de centres commerciaux. « Des scénarios, il y a en une multitude possible », affirme-t-il.

Pour Guy Dion, le discours policier ne rime pas avec la réalité. « Les policiers sont obligés de dire qu’ils vont arrêter les gens. Mais dans les faits, ce n’est pas vrai, car les policiers n’ont pas le temps de suivre tous les vendeurs. D’ailleurs, si on va au mont Royal le dimanche après-midi lors des tam-tams, les policiers voient ce qui se passe (beaucoup de gens fument du cannabis), mais ils n’arrêtent pas tout le monde, car cela ne représente pas une menace pour la sécurité. » À la discrétion du policier L’avocat criminaliste Richard Dubé nuance la situation en précisant que des accusations pour possession de drogue continuent d’être portées contre des individus. « Si vous êtes surpris en train d’acheter de la drogue, vous commettez une infraction, mais tout dépend de ce que vous achetez. C’est nettement plus sérieux si vous vous procurez de la cocaïne. Dans le cas du pot, c’est à la discrétion du policier. C’est vrai qu’à la cour, on ne voit plus de gens être accusés de possession de cannabis. »