Pour sa nouvelle campagne anti-drogues, le gouvernement choisit un ton différent
2000/04/27 - Le Monde
Un livret d’information est diffusé en kiosque
Une campagne d’information est organisée, à partir du mercredi 26 avril, par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Sur un ton nouveau, elle inclut les questions de l’alcoolisme et du tabagisme. Quatre spots télévisés renvoient à un livret intitulé "Drogues : savoir plus, risquer moins", publié à 1,4 millions d’exemplaires et diffusé notamment chez les marchands de journaux.
DEPUIS deux ans et l’arrivée de Nicole Maestracci à la tête de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), les choses ont bougé en France en la matière. Rompant avec les discours moralisateurs (la dernière campagne remonte à 1994 avec le slogan "Contre la drogue, on n’est jamais trop") et la politique du tout répressif, qui ont montré leur inefficacité, la campagne lancée mercredi 26 avril choisit le parler vrai. Une campagne organisée autour de quatre spots télévisés fait la promotion d’un petit livre "Drogues : Savoir plus, risquer moins".
FILMS BREFS ET PERCUTANTS
Dans les quatre films, brefs et percutants, le choix a été fait d’illustrer une question, sans chercher à formuler une réponse, ce qui est le rôle du livre. Deux des films abordent un thème général. L’un présente un homme boulimique qui, en pleine nuit, mange un dessert gélatineux vert fluo devant son réfrigérateur, tandis qu’une voix off interroge : La dépendance, ça commence quand ? Un deuxième spot met en scène des hommes préhistoriques préparant un feu, l’un d’eux y allume une cigarette maladroitement roulée ; la voix off demande : L’homme a-t-il d’abord découvert le feu ou la drogue ?
Les deux autres films traduisent la nouvelle approche des drogues, initiée avec le rapport Roques (Le Monde du 17 juin 1998) et officialisée par le plan triennal de lutte contre la toxicomanie 1999-2001 (le Monde du 18 juin 1999), qui aborde les produits selon leur mode d’action et la dépendance qu’ils entraînent, et non en fonction de leur caractère légal ou non. C’est ainsi que sont posées les questions : Alcool, cannabis, cocaïne, ecstasy, héroïne, tabac... : quelles différences, quelles ressemblances et Alcool, cannabis, cocaïne, ecstasy, héroïne, tabac... : Connaît-on vraiment les risques ? Ces quatre films seront diffusés à partir du mercredi 26 avril et pendant trois semaines sur les six chaînes hertziennes et une sélection de chaînes du câble et du satellite.
"DIRE TOUTE LA VÉRITÉ
Le livre d’information, crédité par la Mildt et le Comité français d’éducation pour la santé (CFES), s’ouvre par une préface de Nicole Maestracci intitulée Une société sans drogue, ça n’existe pas !, et rassemble une foule d’informations sur les différents usages, sur la dépendance, les principaux produits et leurs effets sur le cerveau, sur les moyens d’agir, d’aider et d’être aidé. Des informations enrichies par les réseaux d’études mis en place par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui visent à appréhender la réalité des consommations de drogues et à recueillir des données quantitatives et qualitatives.
"Nous faisons le choix de dire toute la vérité, explique Nicole Maestracci, aussi bien ce que nous savons que ce que nous ne savons pas, par exemple à propos des associations de produits. Il vaut mieux ne pas consommer de drogues, mais si on en consomme, il est possible de le faire à moindre risque. Enfin, il est important de dire que chacun peut être un acteur de prévention de proximité, pour soi-même ou pour ses proches".
Un tel changement de ton est possible parce que l’élargissement du champ des drogues au tabac et à l’alcool rencontre un écho de plus en plus favorable, comme l’a montré une enquête d’opinion, où alcool et tabac étaient spontanément cités comme des drogues par un Français sur cinq (Le Monde du 11 décembre 1999). "Toute politique publique doit s’appuyer sur une adhésion des citoyens. Il nous appartient donc de stimuler une réflexion et de prolonger la maturation politique et démocratique sur ce sujet, plaide la présidente de la Mildt. Avec les drogues et la toxicomanie, nous touchons aussi à la sphère intime et c’est une raison supplémentaire pour que les citoyens s’impliquent dans le débat".