Cannabis : entre prohibition et pro-légalisation, une troisième voie est possible !
Mr Jean-François Hauteville est un infirmier addictologue dont j’avais déjà remarqué des propos teintés d’une grande expérience et de compassion. Coincé entre notre "argumentation pro-cannabique" et l’intransigeance répressive des acteurs des institutions, l’homme de terrain se confie parfois sur son blog au sujet des aberrations qu’il rencontre dans l’exercice de ses fonctions. Souvent à contre-courant de la pensée de ses confrères (qui apparemment semblent toutefois le respecter et l’apprécier), l’infirmier aborde courageusement des sujets qui d’habitude fâchent ! Une troisième voie qui mérite qu’on se penche sur ce véritable "cri du cœur" !
Par Jean-François Hauteville, rédigé le 7 février 2014
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Le billet de Jean-François Hauteville, infirmier addictologue
Plaidoyer pour une légalisation du cannabis
Le sujet reste encore très polémique en France. Les « pro et anti » cannabis refusent de débattre rationnellement. Il est une évidence, l’interdiction ne fonctionne pas, elle stigmatise les consommateurs en les empêchant parfois (souvent) de venir en soins. La loi de 70 relative à la consommation de stupéfiants est dépassée.
Nous sommes le pays qui réprimons le plus en Europe, et pourtant la consommation continue à augmenter de manière régulière.
Légaliser le produit, encadrer la vente, mettre en place une prise en charge sortant le cannabis de son caractère illégal me semble la voie la plus sage à prendre.
Oui, j’entends déjà les cris d’orfraie que mon positionnement va susciter. Mais faisons un parallèle avec l’alcool : Qui peut-dire que ce produit est consommé exclusivement pour ses vertus gustatives. Sortons enfin de cette hypocrisie ! Si nous savions fabriquer un vin de qualité égale mais sans alcool, qui le consommerait ? Si nous pouvions annihiler les effets psycho-actifs du Pastis, qui en boirait ? Personne ou très peu ! Oui nous consommons de l’alcool entres autres et peut-être avant tout pour ses effets.
Les risques d’accrochages physiques au cannabis sont bien moins importants, sans en cacher sa toxicité. Vivre dans un monde où les drogues seraient absentes revient à croire encore au Père Noel ! Toutes sociétés, et de tout temps, ont eu (et ont) toujours ses drogues, ouvrons les yeux et ne rêvons pas d’un monde sage et polissé ; Ou alors interdisons immédiatement l’alcool, le tabac, voire pourquoi pas, les anxiolytiques et les antidépresseurs ; combien d’hommes et de femmes conduisent sous l’effet de psychotropes ? Ou alors ôtons le permis à ceux qui en consomment, et nous vivrons alors dans des villes quasiment sans monoxyde de carbone et les bouchons ne seront qu’un lointain souvenir que nous raconterons à nos petits enfants !
Et non, bien évidemment légaliser ne fera pas flamber la consommation. Il est partout, dans les villes comme dans les campagnes. N’importe quel jeune peut en acheter à n’importe quel coin de rue. Et il achète, de plus, un produit frelaté, coupé avec des produits encore plus toxiques que le cannabis.
Légaliser, c’est encadrer, contrôler et prévenir, sans peur de la loi pour les personnes potentiellement en difficultés (et qui le sont d’ailleurs déjà !). Légaliser, c’est accepter l’échec de la prohibition. Légaliser, ce serait faire preuve de courage politique et de lucidité.
Gageons que ni l’un, ni l’autre ne soient les vertus premières de nos gouvernants.
P.-S.
L’article a semble t-il plu, je l’ai retrouvé ailleurs dans d’autres déclinaisons comme ici : "Cannabis : arrêtons l’hypocrisie et légalisons pour le bien de tout le monde" (http://leplus.nouvelobs.com/contrib...)