"Montpellier : "On ne va pas en prison pour 25 g de cannabis"" par Midi Libre
Un petit fait d’hiver (jdm) tout juste avant la date officielle du printemps : un juge prononce de lui-même qu’on ne va pas en prison pour 25 g de cannabis ! Alors, évolution des meurs et des lois ... ? Parce que pendant 45 ans, ce n’était pas souvent cela ! En fait, rien n’a changé depuis : pour 25 grammes, un multi récidiviste ira toujours en prison et quelqu’un pour qui c’est sa "première fois", sera toujours peu puni. A condition de bien lécher la quenelle, quand même ! Et la justice aime bien faire valoir lorsqu’elle est clémente ... ! Sauf qu’à l’étude, cette clémence n’aurait rien de compassionnelle, mais tout du "déjà trop plein " des prisons ! Ce n’est pas parce qu’on fume des joints, qu’il faudrait nous prendre pour des "poires blettes" ! Rajoutons que l’article ne parle pas, aussi, des amendes, frais de justices, dédommagements et autres joyeusetés qui accompagnent généralement ce "genre de clémence" (et même quand on est condamné). Pour quelqu’un qui est dans un état précaire, généralement, c’est la mort sociétale assurée ... ! Parce que la justice ne fait pas de cadeau pour ce qui est de récupérer son "gen-ar" (pognon) ! Et où est le principe d’être tous égaux devant la loi ? Alors voyez, en matière de cannabis, la réalité des choses est toute différente de celle généralement présentée par les médias locaux ... ! D’un côté il y a ces méchants et stupides drogués et de l’autre, ces "porteurs des hautes valeurs morales que sont les juges" (le prononcer les larmes aux yeux et la Marseillaise en tête) ! Jolie image d’Épinal mais ce n’est pas la réalité, du tout ! Aussi dures et dramatiques que soient les jugements rendus, aussi sordides que peuvent-être certaines affaires parfois, le Tribunal reste avant tout un lieu de théâtre par excellence : le décor, les costumes, le ton solennelle et la rhétorique souvent moqueuse ! C’est par la Force que la justice impose cette hypocrisie collective !
Publié le 09 mars 2015
http://www.midilibre.fr/2015/03/09/...
Montpellier : "On ne va pas en prison pour 25 g de cannabis"
Déraciné de l’île de Beauté, il se met à fumer de l’herbe. Jusqu’à 5 à 10 pétards par jour.MARC-ANTOINE RAGOT
A 18 ans, le jeune homme a été condamné à quatre mois de prison ferme sans mandat de dépôt.
A. lâche une larme qu’il essuie rageusement en regardant son père en pleurs dans l’assistance du tribunal correctionnel. Ce Pailladin de 18 ans a échappé à l’incarcération de très peu. Son regard se fait moins dur mais la présidente Laporte l’a averti : "Vous n’allez pas en prison ce soir pour deux raisons. D’abord parce que vous êtes très jeune et qu’il y a encore de l’espoir. Ensuite parce qu’on ne met pas en prison pour 25 g de résine de cannabis..."
Sorti prématurément d’une scolarité chaotique, vivant de petits boulots et stages peu ou prou rémunérés, A., né à Bastia, cadet d’une fratrie de 4 enfants, n’aurait jamais dû sombrer dans la délinquance. Mais à La Paillade, le Corse a fait les frais de mauvaises fréquentations dès son arrivée à 13 ans. Déraciné de l’île de Beauté, il se met à fumer de l’herbe. Jusqu’à 5 à 10 pétards par jour. Et pour payer sa consommation, il revend.
Sa nonchalance a failli lui coûter la geôle
C’est au cours d’un regroupement de jeunes qu’il est arrêté, le 5 mars, par une brigade de la Bac, en possession de 25 g de résine de cannabis. Il a tout avoué. N’a rien cherché à nier. A. parle comme un militaire. Très fort. Très franc. Un peu trop : "J’avais coffré (économisé, NDLR) l’argent de mon stage et je l’ai décoffré (dépensé) pour me faire un bon week-end". Le ton déplaît à la présidente en dépit d’une réelle faculté à bien parler... Sa nonchalance a failli lui coûter la geôle. Mais l’avocate du jeune homme, Me Florine Datessen, a su toucher le tribunal en évoquant la stabilité d’un contexte familial aimant. Le jeune homme évite la prison. Il est condamné à quatre mois ferme sans mandat de dépôt. " On vous laisse une chance, saisissez-la ", lui a conseillé la présidente. Le père du prévenu a acquiescé...
P.-S.
On pourrait aussi développer sur le thème des façons différentes de rendre la justice en France. Bertrand Rambault avait bénéficié du "plus haut niveau" de clémence judiciaire : "condamné mais exempté de peine". Ce qui est différent du cas présent "condamné sans mandat de dépôt’.
Dans cette "grille de lecture", il faut y comprendre la nuance des termes - rien d’officiel mais c’est tellement humain - qui ponctuent la sentence.
J. P. Galland avait écopé des "jours de prisons amendes", une invention judiciaire de la fin de la décennie 90 pour limiter l’affut de population dans les prisons. Chaque jour de prison coûte "tant" (défini par le juge) et si vous pouvez le payer, vous ne l’effectuerez pas ! Voyez, c’est encore une autre catégorie de subtilité.
Cela pose un problème au niveau Constitutionnel : tous citoyens étant égaux devant la loi ! Comment est-ce donc possible, une telle disparité en jugements rendus ?
Pour expliquer la chose, il faut rappeler que la Loi puni sévèrement tout ce qui, de près ou de loin, concerne le cannabis. Le juge français dispose d’un pouvoir de curseur dans l’appréciation de la peine ; qui va de 0 à 100 % ! Quelqu’un qui ferait pousser une malheureuse et étriquée plante dans un petit pot sur un balcon pourrait se voir punir de plus de 20 années de prison. Et passer aux assises pour ce crime. Mais dans les faits, aucun juge ne va appliquer la loi à fond : une telle affaire est d’office reclassée en correctionnelle et les sanctions sont revues à la baisse de l’ordre de la remontée de bretelle à l’amende avec ou sans soins forcés.
Maintenant, si le prévenu manque de respect au juge et/ou n’adhère pas à la règle hypocrite du jeu qu’il faut vite-vite comprendre et maitriser, le magistrat peut se rappeler d’un coup qu’il peut allégrement prononcer des peines plus sévères … ! La loi de 70 empêche toute défense : « si je passe en tribunal et que je commence à argumenter pourquoi, à juste titre, je désobéi à cette loi, je tombe sous le coup d’une autre loi qui interdit de présenter toute substance stupéfiante sous un jour favorable. J’aggraverai donc mon cas comme les juges se plaisent à dire » .
Dans un pays réputé être l’incarnation de la liberté d’expression, je vous avoue que ça la « fout mal » ! Bref, sachez pour le jour où cela pourrait vous arriver, qu’un « prévenu cannabique » n’a que deux choix : « lécher la quenelle » et s’y appliquer dans l’espoir d’allégement de la peine … ou se compliquer l’existence à vouloir se défendre !
C’est pour cela que beaucoup souhaitent un changement de la loi de 70 sur les stupéfiants. Non seulement elle est inadaptée, disproportionnées dans le cas de la consommation simple, mais elle n’est pas équitable, antidémocratique et accablent les juges d’une trop grande responsabilité et d’une surcharge de travail. Ce qui oblige à des procès bâclés et entendus d’avance, car c’est souvent la « queue » dans ces tribunaux. La question de légaliser ou non ne rentre pas dans ce débat : en l’état actuel, cette loi doit être réformée. Elle est inapplicable, inappliquée et oblige à des décisions de tribunaux hors principes constitutionnels et injustes.
D’où l’intérêt de vous avoir produit et commenté ce fait divers !
JLB