Les verts allemands sèment des graines de cannabis dans le Reichstag
2000/10/03 - Le monde
Le Reichstag est en train de se transformer en une plantation de cannabis. L’oeuvre d’art de Hans Haacke, inaugurée début septembre dans le puits de lumière au nord de l’édifice, est la cause de cet étrange phénomène. Sur un parterre de 21 mètres de long sur 7 de large, l’artiste a inscrit en lettres lumineuses de plus d’un mètre la dédicace « A la population » (Der Bevôlkerung), après avoir invité les 669 députés allemands à y déposer un demi-quintal de terre de leur circonscription. Le. vent, le soleil et la pluie feraient le reste, et l’on verrait bien ce qui y pousserait. Deux députés Verts facétieux affirment avoir apporté de la terre ensemencée avec des graines de cannabis. « Ils sont complètement allumés, ou quoi ? Des politiciens ont planté du haschich dans le Reichstag », titre en « une » le quotidien populaire de Berlin BZ, tandis que le quotidien de la gauche alternative, Tageszeitung, en profite pour relancer le débat sur la légalisation de la consommation de cannabis. Le journal s’appuie sur une vieille citation du ministre Vert Joschka Fischer : « j’en ai fumé, et c’était super. C’était il y a longtemps. Maintenant, je roule d l’eau minérale. » Cruel dilemme pour Tageszeitung, les semences seraient d’origine hollandaise et génétiquement manipulées !
La tournure burlesque que prend l’affaire de la terre du Reichstag tranche avec les accents dramatiques qu’elle a connus depuis un an. En dédiant son oeuvre à la population, c’est-à-dire à tous ceux qui vivent en Allemagne, y compris les étrangers, Hans Haacke mettait en cause la dédicace inscrite en 1916 par l’empereur Guillaume sur le fronton du Reichstag : « Au peuple allemand ». Accusé de trahir la patrie, l’artiste, qui a dédié son oeuvre au Mozambicain Alberto Adriano assassiné en juin par des néonazis, a subi notamment les attaques de la très conservatrice CSU de Bavière. L’esprit d’oeuvre est clair : la terre s’opposerait au sang, dans un pays qui vient tout juste d’introduire un peu de droit du sol dans son code de la nationalité : Les critiques, pourtant, sont aussi venues de la gauche, oeuvre rappelant les rituels sang et terre - « Blut und Boden »- des nazis.
En inaugurant le projet, le président du Bundestag, Wolfgang Thierse, a apporté de la terre du cimetière juif de Prenzlauer Berg, révélant ainsi une Allemagne encore hantée par son passé. Deux cents députés ont jusqu’à présent joué le jeu ; Le communiste rénovateur Heinrich Fink a apporté de la terre du dessous d’une potence où arrivèrent en 1945 des prisonniers du camp de concentration de Sachsenhausen. L’association « Les enfants ont besoin de paix » en a fait venir de Croatie, du Congo et du Rwanda. Pour protester contre une oeuvre qui évoque pour lui l’appel lancé par Hitler à tous les athlètes du monde à amener de la terre de leur contrée lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936, le député libéral Dirk Niebel a apporté de l’eau du Neckar, affluent du Rhin. De l’eau qui ; pourtant, favorisera la germination des plantes... L’intérêt pour la récolte va croissant ! Sur ce genre de terrain, estiment les spécialistes, c’est la mauvaise herbe qui pousse en premier.