Les français approuvent la reduction des risques liés aux drogues, ils se montrent pragmatiques face à la toxicomanie

1999/12/11 - Le Monde

L’élargissment récent du champ des drogues au tabac et à l’alcool rencontre un écho croissant parmi les Français, de plus en plus pragmatiques sur le sujet de la toxicomanie. C’est, en substance, le principal enseignement que tire Nicole Maestracci, présidente de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (MILDT), des premiers résultats d’une étude sur l’état des perceptions et opinions en 1999, présentés vendredi 10 décembre, à Paris, dans le cadre de la première rencontre Interministérielle "Drogues : savoir plus, risquer moins". L’enquête a été mise au point par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) et réalisée par l’institut de sondage BVA, auprès d’un échantillon de 2 002 personnes âgées de 15 à 75 ans. Le produit le plus cité spontanément comme étant une drogue est le cannabis (78% des personnes interrogées), suivi par la cocaïne (54%), l’héroïne (45%), l’ecstasy (39%, soit 10% de plus que lors de l’enquête Publimétrie de 1997). Le tabac et l’alcool sont spontanément cités par respectivement 21 % et 20 % des personnes interrogées. Ces chiffres sont en augmentation par rapport à l’enquête de 1997, où ils recueillaient 17% et 14% de citations. L’héroïne apparaît comme le produit le plus dangereux dès la première expérimentation (87,8%), juste devant la cocaïne (84%) et l’ecstasy (75,6%). Le cannabis est jugé dangereux dès le premier contact par 51 % des personnes interrogées, le tabac fait l’objet de la même appréciation par 20,3% des sondés, mais l’alcool par seulement 5,7% de l’échantillon. "Il y a un décalage sur ce point entre tabac et alcool, note le professeur Claude Got, président du collège scientifique de l’OFDT. De même, lorsqu’on demande quel est le produit le plus dangereux, l’héroïne arrive sans surprise en tête (41%), suivie par la cocaïne et l’ecstasy (20% et 17%), l’alcool arrive en quatrième position (6,4%), devant le cannabis (3,4%) ; le tabac ne recueillant que 2,2%, alors qu’il est à l’origine de beaucoup plus de décès que les autres produits". L’enquête montre que l’idée que la consommation de cannabis débouche sur celle d’autres substances est encore bien enracinée dans l’opinion : 70% des enquêtés la partagent. "C’est une idée qui a encore largement cours, même si elle est contredite par les études scientifiques, mais qui tend à s’effriter", estime Nicole Maestracci. L’action publique sur les drogues et les toxicomanies est diversement appréciée. " Les opinions sur l’efficacité de l’interdiction de l’usage montrent à peu près la même part d’avis favorables et défavorables pour l’héroïne (51 % d’accord, 48 % pas d’accord) comme pour le cannabis (47% d’accord, 52% pas d’accord), commente François Beck, de l’OFDT . En revanche, cette interdiction n’est considérée comme une atteinte aux droits de la personne que par un tiers des Français pour le cannabis et un quart pour l’héroïne. La majorité des Français jugent donc légitime, quoique relativement peu efficace, l’interdiction de l’usage".