Les ados ont le blues : ils fument et ils boivent

2003/11/19 - TSR.CH

Un tiers de jeunes de 16 à 20 ans souffrent de difficultés affectives et relationnelles.Selon une étude réalisée en 2002, une partie des ados se réfugient dans l’ivresse procurée par l’alcool et le cannabis.

Dépression, boulimie, recherche de l’ivresse procurée par l’alcool et le joint : la frange de jeunes rencontrant des difficultés affectives et relationnelles ou adoptant des comportements à risque a fortement augmenté en dix ans.Près d’un tiers des adolescents de 16 à 20 ans sont concernés, selon une étude réalisée en 2002 auprès de 8700 gymnasiens, étudiants ou apprentis. Les parents et l’école, mais aussi l’absence de règles cohérentes sont en cause.Cette enquête sur la santé et les styles de vie des adolescents (SMASH) a été réalisé par trois instituts universitaires, avec le soutien de l’Office fédéral de la santé publique. Par rapport à la précédente enquête, remontant à 10 ans, le constat est sans appel : la situation s’est péjorée dans les domaines de la santé mentale et des conduites addictives. Près de 30% des adolescents sont concernés, selon les chiffres publiés mercredi. Et 10% d’entre souffrent de problèmes sévères, qui ne se résorberont pas avec l’adolescence. Paradoxalement, la majorité des jeunes interrogés se sentent bien dans leur peau et en bonne santé. Ils se disent satisfaits des relations qu’ils entretiennent avec leur entourage et sont positifs quant à leur avenir. Pourtant, près de 35% des filles et 20% des garçons avouent se sentir par moment suffisamment déprimés pour avoir besoin d’aide.

Ces proportions grimpent encore pour les problèmes de stress. Par ailleurs, 8% des filles et 3% des garçons rapportent au moins une tentative de suicide au cours de leur vie.

Joints quotidiens
Sous l’influence de la publicité et du culte de l’image, les adolescents ont par ailleurs une image toujours plus négative d’eux-mêmes. Près de 40% des filles et, phénomène nouveau, 18% des garçons, se déclarent insatisfaits de leur corps ou aspect physique.Parmi les filles, 70% se trouvent trop grosses. Les troubles du comportement alimentaires sont en augmentation : 16% des filles et 9% des garçons font des crises de boulimie. Ils sont respectivement 3% et 1% à se faire volontairement vomir plusieurs fois par semaine.

Corollaire de ce mal-être, une frange toujours plus grande d’adolescents se réfugie dans l’évasion procurée par l’alcool et la drogue. La consommation de cannabis a augmenté et intervient toujours plus tôt. A 16 ans, près de la moitié des jeunes interrogés ont déjà fumé un joint. En outre, 4% des filles et 13% des garçons admettent une consommation quotidienne. Même si elle reste marginale, la consommation de drogues dures s’est également accrue.

Saouls une fois par semaine
Le problème le plus sérieux reste la consommation abusive d’alcool. Pas moins de 40% des filles et 60% des garçons ont été ivres au moins une fois au cours du mois précédent l’enquête. C’est surtout chez les filles que la consommation d’alcool a augmenté, en raison de la mode des cocktails et des alcopops. En 2002, elles sont 42% à admettre consommer de l’alcool au moins une fois par semaine, contre 28% en 1993. Chez les garçons, ce pourcentage est passé de 56% à 67%.
Bonne nouvelle, la violence chez les jeunes n’a pas vraiment augmenté, mais reste élevée : environ 18% des filles et un quart des garçons ont été victimes de vol, violence physique ou de racket durant l’année précédant l’enquête. Près d’un cinquième des garçons et 6% des filles disent porter une arme sur eux à certaines occasions.

Parents et école en cause
Les problèmes rencontrés par les jeunes sont des problèmes de société, insistent les auteurs de l’étude, qui avancent plusieurs pistes. Les parents sont en cause. Même si les trois quarts des adolescents interrogés vivaient dans une famille non recomposée, trop de jeunes souffrent d’un déficit d’attention de leurs parents et manquent d’un modèle adulte responsable.
Outre les incertitudes liées à leur avenir professionnel, les jeunes souffrent également de l’absence de règles cohérentes posées par la société. Les auteurs de l’étude pointent notamment du doigt la baisse du prix de l’alcool, l’absence d’un discours clair s’agissant de la consommation de cannabis ou encore le manque d’espaces non fumeurs. L’école est également en cause.