Légalisation du cannabis en France : le point de vue Libéral s’inscrit dans la "Troisième voie" !

Contrepoint est un site politiquement orienté libéral. Les libéraux défendent souvent l’idée de la légalisation du cannabis. Leurs arguments sont moins accès sur le médical ou le préventif, mais plus sur l’aspect politique et économique des dessous du problème ! Cet article a été écrit (en 2011) en renvoyant à un autre (plus récent - 2014) d’Alain Madelin : c’est le style de Contrepoint que de présenter des articles par paires (soit en compléments d’infos, soit en thèses contradictoires), ce qui n’est pas idiot pour les lecteurs qui ont soif de renseignements et de compréhension des choses ! Chanvre info a choisi de publier les deux ! Bref, dans ce premier article, voici l’expression d’un point de vue qui s’apparente à la "troisième voie", mais qui se démarque du courant Lowensteinien (réf au docteur William Lowenstein) plus accès sur le médical et la santé publique ! Quand au second, même s’il est court et un peu léger (chaude la patate du cannabis en politique !), c’est quand même Alain Madelin qui le signe. Daniel Vaillant, Vincent Payon, et Cécile Duflot ne seraient donc pas si isolés que cela ! Cela commence à faire du monde ! Et c’est un groupe de nature "inter-partis", donc par définition consensuel !


Premier article :

Par Aurélien Véron, publié le 21 juin 2011 dans Sujets de société

http://www.contrepoints.org/2011/06...

Drogue : attaquer les trafiquants au portefeuille

Lutter contre la drogue par une politique de l’offre

En contrepoint de l’article d’Alain Madelin

La lutte contre la drogue engloutit chaque année des dizaines de milliards d’euros dans le monde. La France consacre officiellement 30 millions d’euros par an à ce combat. Mais avec 137 594 interpellations pour usage de stupéfiants chaque année, elle mobilise des forces de police, de gendarmerie, des magistrats et des places de prison qui montent la facture à des sommes bien plus conséquentes. Plus radicaux dans leur combat, les États-Unis y consacrent au moins 40 milliards de dollars. Les premières victimes de la guerre contre la drogue, ce sont les civils

Des balles perdues aux massacres en série, le business de la drogue ne tue pas seulement des trafiquants. Parmi les dizaines de milliers de personnes tuées à cause de la drogue au Mexique, on trouve aussi de nombreuses victimes civiles collatérales. Le combat effréné des États-Unis contre ce fléau depuis plusieurs décennies a profondément déstabilisé l’Amérique Latine. Plusieurs pays ont encore du mal à s’en remettre. Malgré l’accumulation de rapports dénonçant l’échec dramatique de cette approche dogmatique, aucun politique d’envergure n’ose s’attaquer à ce tabou aux États-Unis. Cette guerre est devenue un business au moins aussi prospère que celui de la drogue.

L’argent consacré à la prétendue éradication de la drogue finance les armes et le salaire de dizaines de milliers de fonctionnaires qui vivent de ce choix répressif. Certes, une partie d’entre eux risque sa vie (et parfois la perd) pour cette mission, c’est son choix et il mérite le respect. Mais paradoxalement, cette lutte sans merci déstabilise des pays entiers, et encourage par conséquent les mafias en assurant leur prospérité. C’est la raison pour laquelle des personnalités aussi sérieuses que les ex présidents du Mexique et du Brésil plaident pour une stratégie diamétralement opposée, tant pour des raisons de sécurité que de santé publique.

Car aux victimes des gangs, il faut ajouter celles des produits frelatés, mal coupés. Les consommateurs ont affaire à des criminels mafieux qui échappent non seulement à tout contrôle qualitatif, mais aussi à tout recours judiciaire en cas de drame. Le concombre bio et le steak haché font aussi des victimes, au moins ont-elles (ou leur famille) les moyens de sanctionner les responsables et d’obtenir de lourdes réparation aux vertus dissuasives. L’inconvénient majeur de l’illégalité, c’est aussi l’irresponsabilité juridique de ses acteurs. Les victimes, encore une fois, ce sont les consommateurs. Même s’ils commettent un petit délit, l’État a-t-il raison de leur faire courir ce type de risque plutôt que de penser à leur sécurité et à leur santé ?

Lutter contre la drogue par une politique de l’offre

Ceux qui restent persuadés que seule la prohibition limite les ravages de la drogue n’ont qu’un seul argument à l’apparence sérieuse à opposer. Les mafias ont toujours existé et prospéré sur des secteurs d’activité interdits : aujourd’hui la drogue, demain le trafic de cigarettes ou de clandestins. Or, l’observation factuelle montre le contraire. La fin de la prohibition a non seulement entraîné une décrue de la consommation des produits précédemment interdits, mais aussi des petits délits qui gravitaient autour d’eux. C’est aussi bien le cas aux Pays-Bas qu’au Portugal ou en Australie comme l’exposent plusieurs études citées par la Global Commission on Drug Policy, institution internationale qui compte parmi ses membres Kofi Annan, Paul Volcker et George Papandréou.

Le secteur mafieux est un secteur économiquement rationnel qui se développe et régresse au gré des marchés qui s’offrent à lui. Tout repose sur le rapport entre les risques et le rendement. Un risque élevé permet d’élever la marge, donc le rendement, surtout si la demande est forte. Le racket fiscal sur la cigarette illustre bien ce jeu pervers. A 5,90 euros, le fumeur d’un paquet quotidien consacre 175-180 euros par mois, dont 140-145 euros de taxes (4,80 euros par paquet, soit 81 % du prix). Quand vous êtes salarié au SMIC, payer 13 % de votre salaire en taxes sur la cigarette n’est tout simplement pas tolérable. La contrebande répond à une demande massive que rien ne pourra arrêter. Alignez ces taxes sur la seule TVA, et la contrebande disparaîtra aussi facilement qu’elle s’est installée.

Le jour où une demande importante rencontre une offre raisonnable et légale, le marché n’offre aucune prise aux mafias. Et si seuls les secteurs les plus affreux restent interdits, tels la traite des femmes ou les réseaux de clandestins, la demande de niche ne leur assure plus un volume d’activité suffisant pour conserver une ampleur comparable à ce qu’elles couvrent actuellement. Ses membres sont alors contraints de se reconvertir dans des secteurs plus ouverts au meilleur rendement rapporté au risque, la politique par exemple. Serait-ce l’explication de l’opposition de la classe politique à une légalisation qui pourrait dévaster ce marché illicite ?


Second article :

Par Alain Madelin, publié le 23 juin 2011 dans Sujets de société

Drogue : pour une distribution réglementée

Faute de réussir à arrêter tous les trafiquants, il s’agit de les éliminer en asséchant leurs profits.

En contrepoint à l’article d’Aurélien Véron publié hier.

Je souhaite depuis longtemps non pas une dépénalisation de l’usage du cannabis ou sa commercialisation contrôlée par l’État mais la distribution réglementée de l’ensemble des drogues.

Il n’y a pas d’un côté de prétendus rêveurs laxistes partisans de la libéralisation de la drogue et de l’autre des sécuritaires responsables, mais le constat de plus en plus partagé de l’échec des politiques répressives.

La prohibition fait de la drogue une considérable source de profit tant pour des mafias internationales (qui en arrivent à menacer les États eux-mêmes) que pour de tentaculaires réseaux domestiques de distribution de drogues (avec leurs guerres de gangs ou la main mise sur les cités entières…). Avec aussi la tragique criminalité de tous ceux qui sont conduits à voler ou à se prostituer pour payer leur dose.

Voilà pourquoi je souhaite depuis longtemps non pas une dépénalisation de l’usage du cannabis (solution bâtarde qui maintient le trafic) ou sa commercialisation contrôlée par l’État (au risque du report du trafic vers d’autres drogues plus dangereuses) mais la distribution réglementée de l’ensemble des drogues selon des modalités différentes (plus ou moins accompagnée médicalement).

Faute de réussir à arrêter tous les trafiquants, il s’agit de les éliminer en asséchant leurs profits. Il s’agit surtout d’éradiquer les réseaux de distribution qui viennent dans les boîtes de nuit ou à la sortie des établissements scolaires faire le prosélytisme de l’usage de drogues de plus en plus dangereuses et addictives. Il s’agit encore de contrôler la qualité des drogues en circulation, de veiller à l’interdiction pour les mineurs, et pour la conduite automobile à l’instar de l’alcool et bien entendu de développer une intense action de prévention.

Ceci appelle bien entendu beaucoup de questions. Sur les risques de levée du rôle de l’interdit ou la nécessité d’une coordination internationale dans le cadre de traités complexes afin de ne pas servir de base d’approvisionnement aux petits trafiquants du monde entier… mais le débat est légitime.

Il est cependant trop sérieux pour en faire un enjeu électoral.


Autres articles de ce site qui peuvent vous en apprendre plus sur la pensée libérale en matière de cannabis :

Le cannabis dans les cartons du gouvernement ?, publié le 16 février 2014.

On peut désapprouver sans interdire : demandez aux libéraux, publié le 14 janvier 2014

Devrait-on légaliser les drogues en France ?, publié le 25 février 2014

Légalisez-le !, publié le 11 avril 2011

P.-S.

Cette expression "troisième voie" a du mal à s’imposer du fait, probablement, que c’est aussi le nom d’un groupuscule d’extrême droite. Une homonymie, certes, cependant complétement antonyme en valeurs. Considérons que ce qui est débattu ici n’a rien avoir avec ces fanatiques, ni de rapport avec leurs thèses.

En fait, qu’est-ce que cette troisième voie dont je vous casse les oreilles (enfin, plutôt les yeux) depuis quelques temps ? C’est la catégorie dans laquelle on place ceux qui se démarquent des deux autres voies "traditionnelles" de la guerre aux drogues : les prohibitionnistes, purs et dur et leur cibles - victimes - boucs émissaires : les consommateurs-producteurs de cannabis ! Entre les deux "espèces belligérantes", il existe une catégorie de personnes qui ne se reconnaissent pas dans ces deux approches. Elles souhaitent la légalisation mais pas du tout pour les même raisons que les pro-cannabis et surtout, sur fond de préoccupations sanitaires et de préventions contre l’abus !

Bref, en l’état des choses, cette troisième voie serait constituée de quatre approches différentes qui soutiennent l’idée d’une forme de légalisation contrôlée.

En premier, parlons de ceux qui concèdent à la légalisation pour des raisons de droits, de santé publique et de préventions (contrôles) plutôt que la répression qui leur parait injuste, cruelle et inefficace. Ils sont apparemment les plus représentatifs (médiatisés) au sein de la troisième voie et je la surnomme d’une façon générique « Lowensteiniène » (ou courant Lowensteinien (réf au docteur William Lowenstein). On peut définir cette catégorie comme humaniste.

En second lieu, nous avons les libéraux dont vous découvrez ici une partie de leur argumentation. Celle-ci est d’ordre pragmatique, politique et économique. On peut les définir comme une sorte de réalisme !

En troisième catégorie, vous avez des particuliers qui picorent un peu à droite ou à gauche quelques argumentations qui leurs conviennent, mais restent libres d’en rejeter d’autres. Ils sont les plus nombreux mais n’ont pas particulièrement de représentativité ! Ils ne sont pas toujours d’accord entre eux sur tout, mais ce qui les réunit ici, c’est l’idée finale de la légalisation plutôt que de continuer la voie répressive ! Finalement, cette catégorie est très courtisée pour des raisons électorales, car ces gens sont très nombreux ! Apparemment assez pour faire la différence lors du vote du référendum au Colorado qui a vu triompher le oui de la légalisation du cannabis !

Ce sont des personnes qui ne fument pas du cannabis, y sont même hostiles, mais qui ont compris que cette interdiction nous "mène tous dans le mur" ! Comprenez que les lois votées pour la prohibition des drogues vont à l’envers des principes mêmes du droit, ouvrent les portes à une dictature étatique et piétinent les principes de libertés individuelle et de vie privée ! Et elle a un coût pharamineux qui n’a aucune justification démocratique : la force et la violence sont utilisées à l’adresse d’une classe d’individus dont la particularité est de ne témoigner d’aucune violence, d’aucune nuisance envers autrui !

La guerre aux drogues en est arrivée à transformer entièrement notre société en une tyrannie, cela c’est fait de façon lente et graduelle ! 44 années dans le cas de la France ! Et certains commencent à dire "Basta" ! C’est une façon de dire : "s’il faut installer un IVe Reich pour gagner cette guerre aux drogues, et bien je préfère que ces gens-là fument librement ... mais de façon contrôlée !"

Je vous avais dit 4 catégories : il y en reste donc une. Je fais durer un peu le suspens : qu’elle est-elle ? Bon, les fumeurs, faites vibrer un peu vos neurones ravagés par le THC : quelle est cette catégorie ? Par ce que je vous annonce que vous avez tout intérêt à "l’avoir spécialement à l’œil" !

Et bien, tout simplement, des personnes qui travaillent pour la prohibition dans sa tentative de reconversion et de repositionnement dans un cadre légal du cannabis  ! En quelques mots, pour l’expliquer, la prohibition a anticipé le fait qu’à terme, elle va perdre la "guerre aux drogues" et toute sa représentativité étatique et les budgets qui vont avec ! Ses membres actifs ont donc travaillé pour transformer cet échec en victoire. Comme est-ce possible, me direz-vous ?

Tout simplement en brevetant toutes sortes de molécules produites par la plante. Et en gardant tout cela "secret" le plus longtemps possible, au dépens des patients qui attendaient ces remèdes et qui sont morts entretemps (toutes les précisions ici). Aujourd’hui, il faut "faire du fric" avec ce qu’on interdisait auparavant avec les prétextes les plus alarmistes et improbables ! Et le système de brevet est impitoyable : chaque article de médicament vendu rapporta sa dîme à la prohibition (sur la planète entière). La prohibition s’est donc donné les moyens d’avoir son propre budget en fonds privés et surtout, de ne plus avoir de comptes à rendre au public sur l’usage qu’elle en fera !

Bref, cette quatrième catégorie est constituée de personnes qui roulent pour l’escroquerie que je viens de vous dévoiler, et qui cherchent à pousser à la légalisation du cannabis dans un cadre qui leur assure le jackpot du monopole de la production et de la vente. Pour ce faire, la société doit rester très répressive envers l’autoproduction et la consommation libre et c’est à ce niveau-là qu’ils comptent "tirer les ficelles" en obligeant des lois sommes toutes encore trop répressives !

Ils ont donc tout intérêt à essayer de chapeauter (infiltrer et prendre les commandes) de cette troisième voie, la partie de l’industrie pharmaceutique concernée et le Gouvernement US propriétaire du brevet, pouvant se montrer très généreux envers ceux, qui influents, défendraient leurs thèses et leur cause ! C’est pourquoi, en ce moment, les professeurs et chercheurs parmi les plus arrivistes, se compromettent à des expériences douteuses sur la schizophrénie, le cancer des testicules, la "quéquette qui se ramollie", des seins qui poussent et, "c’est nouveau : cela vient de sortir ", le cannabis s’en prendrait aussi à la rétine ( ici ). Le but est de justifier une interdiction du cannabis libre et d’imposer leurs médocs comme seul accès possible au cannabis. On s’en fout si vous simulez un mal de dos ou une sclérose en plaque pour y accéder !

Vous comprenez maintenant l’intérêt d’avoir à surveiller et à dénoncer cette mafia !

Car, si elle revient aux commandes : ce sera "reparti pour un tour" !

JLB