Le zamal réunionnais enfume les nuits mauriciennes
ARTICLE DU 22/02/2005
Le “touriste” mauricien arrêté en possession de zamal dans un hôtel de Saint-Denis, début janvier, comparaissait devant le tribunal de Mahébourg (Maurice), hier matin, pour trafic de drogue. Devanand Deeal serait lié à un réseau qui opère depuis deux ans entre les deux îles. Le lieutenant Jean-Luc Deza de la BRD se trouve actuellement à Maurice, où il collabore avec les “stups” locaux pour démanteler cette filière qui fournirait les discothèques de Grand-Baie.
Le 5 janvier, les gendarmes du chef-lieu contrôlent Devanand Deeal, originaire des Pamplemousses, à Maurice, avant qu’il ne reprenne l’avion. Dans ses effets personnels, les militaires découvrent une barrette de zamal de 10 grammes. Cette interpellation donne un coup d’accélérateur à une enquête sur un trafic de drogue présumé entre la Réunion et Maurice. Devanand Deeal livre en effet le nom d’un fournisseur réunionnais, Rémy Darid, un Cilaosien inconnu de la justice, mais surveillé de près par les gendarmes. L’homme est soupçonné de se livrer à un trafic de drogue entre la Réunion et Maurice. Des écoutes téléphoniques laissent à penser que le Réunionnais va fournir très bientôt une trentaine de kilos de zamal à un contact mauricien.
GRAND-BAIE, LA PLAQUE TOURNANTE
Rémy Darid est interpellé, mis en examen pour détention, cession, usage et exportation de stupéfiants et placé sous mandat de dépôt. Quelques pieds de zamal sont retrouvés à son domicile. Les enquêteurs concluent que Devanand Deeal a été dépêché sur l’île pour récupérer un échantillon du zamal de Cilaos et confirmer la commande de 30 kg (lire par ailleurs). La drogue devait être récoltée à maturité, au mois de mars, et transportée dans la foulée, certainement par bateau. A la mi-janvier, la brigade de recherches départementales (BRD) sollicite la collaboration de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) de Port-Louis pour démanteler le réseau qui opérerait depuis le nord de Maurice. La région de Grand-Baie, “passage obligé” pour les touristes, est considérée comme la plaque tournante du marché de la drogue dans l’île sœur. Le port accueille de nombreux yachts, parfois chargés de substances illicites qui sont ensuite écoulées dans les boîtes de nuit de cette “capitale des plaisirs”. Le lieutenant Jean-Luc Deza de la BRD se trouve actuellement à Maurice, où il travaille en étroite collaboration avec une escouade de l’Adsu sous la supervision de l’assistant superintendant de police Pierre Murugan. Selon Rémy Darid, le “producteur”, la commande de 30 kg émane de David Sebatien, un “parrain” mauricien bien connu des services de police. L’enquête de la BRD et de l’Adsu pourrait conduire, dans les jours à venir, à l’arrestation de plusieurs membres de ce réseau qui fournirait les discothèques “select” de Grand-Baie. Devanand Deeal qui comparaissait, hier, devant le tribunal de Mahébourg, a été maintenu en détention. Il comparaîtra de nouveau la semaine prochaine. Il pourrait ne pas être le seul à avoir à rendre des comptes très prochainement à la justice mauricienne.
Une livraison de 480 000 euros Trente kilos de zamal représentent une valeur marchande de 18 millions de roupies (480 000 euros) à Maurice. Le prix de la “gandia”, la dénomination locale du cannabis, a augmenté de 50 % depuis que l’Adsu a pris le problème à bras le corps. Conjointement au vote de législations plus dures envers les trafiquants (lourdes peines de prison, saisie des avoirs...), les policiers ont commencé à survoler en hélicoptère les régions reculées de l’île où le climat est plus favorable à la pousse des plants. Ces opérations ont abouti à l’arrachage de milliers d’hectares d’“herbe”. La “gandia” est donc de plus en plus rare à Maurice, ce qui a poussé, depuis deux ans, les trafiquants à explorer la filière réunionnaise. Le zamal transite par bateau, dans des voiliers (plusieurs saisies de ce type, ces deux dernières années, pour les douaniers réunionnais) ou avec les passagers des ferries. Du zamal a également été saisi à Rodrigues depuis que la liaison aérienne directe avec la Réunion a été inaugurée. L’expansion de cette filière peut également s’expliquer par les atteintes portées aux importations de drogues dures, comme l’héroïne, qui sont détectées plus facilement depuis que la douane mauricienne s’est dotée de labradors. Si la source du zamal réunionnais se tarit à son tour, les trafiquants mauriciens pourraient se tourner vers Madagascar pour se fournir en “herbe”