Le patron de Chanvre-Info, André Fürst en prend pour deux ans et demi

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morat · Le chanvrier a été reconnu coupable d’infraction qualifiée à la loi fédérale sur les stupéfiants. Un recours contre cette condamnation est plus que probable.

La Liberté 25 08 2005

marc-roland zoellig

Le Tribunal pénal du Lac a tranché hier en fin d’après-midi : André Fürst écope de 29 mois de prison ferme. Le patron de Chanvre-Info, âgé de 44 ans, a été reconnu coupable d’infraction qualifiée à la loi fédérale sur les stupéfiants. Il devra également verser à l’Etat de Fribourg une créance compensatrice de 150 000 francs, ce qui représente une part non négligeable de ses revenus nets de chanvrier indépendant. Depuis 1998, cet autodidacte vit en effet exclusivement de la culture et du commerce de la plante controversée. Malgré cette nouvelle condamnation (les justices valaisanne et fribourgeoise l’avaient déjà épinglé en 2000 et 2003), André Fürst n’entend d’ailleurs pas renoncer à cette activité. « Je ne me sens pas coupable », confiait-il à sa sortie du tribunal, ajoutant qu’il avait l’intention de faire recours. Son militantisme n’est pas davantage remis en cause : il est membre d’un comité d’initiative ayant réuni, à ce jour, quelque 125 000 signatures en faveur d’une libéralisation contrôlée de la consommation et de la production de chanvre psychoactif. Habillé de pied en cap avec des vêtements en textile de chanvre, il n’était jugé hier que pour des infractions commises jusqu’en 2002 - le volet 2003-2004 fait l’objet d’une instruction séparée. Selon la comptabilité de Chanvre-Info, détaillée par la substitut du procureur Gabriele Berger, André Fürst a réalisé un chiffre d’affaires de 5,7 mio de fr. et un bénéfice dépassant les 480 000 fr. entre 1998 et 2002. La majeure partie de cette somme est le produit de la vente de fleurs de chanvre séchées - présentées comme un additif à mélanger au thé- dont la teneur en THC excédait régulièrement les 0,3% autorisés par la loi, selon les analyses effectuées par divers laboratoires.

L’accusé ne pouvait pas ignorer le caractère illicite de son activité, puisqu’il avait déjà eu affaire à la justice, a poursuivi Gabriele Berger. Qui a également évoqué l’épisode Expo Chanvre.02, la manifestation qu’André Fürst avait mise sur pied dans une ferme moratoise, en marge du grand baroud national de l’été 2002. « Si vous étiez si sûr que votre chanvre ne présentait aucun problème légal, pourquoi fallait-il descendre au fond d’une petite cave pour acheter vos « sachets de thé » ? », s’est-elle interrogée avant de requérir 30 mois de prison.

Le héraut moratois du chanvre a répliqué en remettant en cause les méthodes utilisées pour déterminer le taux de THC. De l’une à l’autre, les teneurs en substance psychoactive peuvent varier du simple au quintuple, a-t-il soutenu. Son avocat Daniel Zbinden a rappelé que la législation était très lacunaire lorsque son client s’était lancé, sans aucunement dissimuler son activité, dans le business du chanvre. C’est donc un utopiste, voire un « Winkelried moderne », qu’il fallait juger. Et on ne condamne pas Winkelried à une peine excédant 18 mois avec sursis, a estimé l’avocat.

Il n’a pas été entendu par le Tribunal du Lac, dont le verdict rappelle sensiblement celui que le Tribunal de la Singine avait prononcé, en juin 2000, à l’encontre des deux ex-administrateurs de CannaBioland. Jean-Pierre Egger et Armin Kaeser avaient pris respectivement 24 et 30 mois de prison ferme. I