Le joint peu nuisible ?

Des chercheurs lausannois ont démontré que les faibles consommateurs exclusifs de cannabis ne se portent pas si mal. Un message jugé ambigu.

Les jeunes de 16 à 20 ans qui ne fument que du cannabis et de manière occasionnelle se portent plutôt bien. Une étude menée par l’Université de Lausanne (UNIL) et le CHUV a démontré qu’une faible consommation de cannabis ne nuit pas aux performances scolaires. Pour autant que les jeunes ne cumulent pas les joints, le tabac et l’alcool. Les performances à l’école des amateurs occasionnels et exclusifs de cannabis sont en effet meilleures que ceux qui consomment en plus du tabac ou de l’alcool.

Un message jugé ambigu
La communication de ces résultats par l’UNIL a fait bondir Raphaël Filliez, président de l’UDC du Valais romand et fervent opposant à la dépénalisation du cannabis. « Les conclusions de cette étude sont dangereuses car elles véhiculent un message ambigu. Alors qu’il doit être clairement dit que le cannabis est hautement nocif. La guerre contre ce fléau doit être totale. » Pour Raphaël Filliez, cette étude enfonce des portes ouvertes : « Trouver que le cannabis associé au tabac est plus dangereux que le cannabis tout seul est évident. » Directeur de l’Unité multidisciplinaire de santé des adolescents à Lausanne (UMSA) et coauteur de l’étude, Pierre-André Michaud est navré de l’ampleur teintée de scandale que prend le communiqué révélant cette étude. « La polémique est venue des Etats-Unis. La revue scientifique qui nous a publiés, Archives of Pediatric and Adolescent Medicine, a émis un communiqué de presse. Les médias américains nous ont appelés en pensant tenir un scoop. Par ricochet, l’Université de Lausanne a émis son propre communiqué de presse. »

L’ISPA approuve l’étude
Les chercheurs ne craignent-ils pas une récupération de leurs travaux à la sauce « le joint, c’est bien » ? « C’est le risque et c’est regrettable, car on travestit la réalité. Le problème est plus complexe. Il faut arrêter de se braquer sur les substances mais examiner plutôt les modes de consommation. Il y a dix ans, tous les fumeurs de joints consommaient aussi du tabac. Actuellement, et c’est un phénomène nouveau, il y a des jeunes qui ne fument que du cannabis de façon récréative. On a simplement voulu savoir s’ils allaient mieux ou moins bien que les autres. C’était notre question de départ. »

Les chercheurs Joan-Carles Suris, Pierre-André Michaud, Christina Akré et André Berchtold ont réalisé cette enquête auprès de 5263 gymnasiens et apprentis entre 16 et 20 ans. Relations un peu meilleures avec leurs amis, pratique sportive plus soutenue, mais rapports un peu moins bons avec leurs parents, voici ce qui différencie aussi les fumeurs exclusifs de cannabis des multiconsommateurs et des stricts abstinents. Plus étonnant encore, l’enquête ne relève pas davantage de problèmes psychologiques ou sociaux chez les amateurs exclusifs de cannabis.

A l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), on n’est pas choqué par les résultats de cette étude. Corine Kibora : « Ces recherches montrent surtout que le cumul cannabis, tabac et alcool est ce qu’il y a de plus dangereux. » L’ISPA conseillerait-il alors de ne fumer que du cannabis ? « Evidemment non. Car on ne peut exclure ni le risque de « bad trip » ni le risque de glisser dans une consommation problématique », avertit Corine Kibora.

Les chiffres de l’étude :

Jeunes interrogés 5263
Fumeurs cannabis (garçons : 71,6% et filles : 28,9%) 455
Fumeurs cannabis et tabac (garçons : 59,7% et filles : 40,3%) 1703
Non-fumeurs absolus 3105

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