Le débat sur le cannabis est relancé
Conseil des états - La Chambre des cantons a refusé d’enterrer la révision de la loi sur les stupéfiants. Comme Pascal Couchepin, il veut "se colleter avec la réalité".
Les démocrates-chrétiens et les démocrates du centre qui voulaient envoyer aux oubliettes la révision de la loi sur les stupéfiants n’ont pas eu gain de cause au Conseil des Etats. Il faut dire que leur coalition n’y est pas aussi solide que celle qui s’était dessinée au Conseil national. Les sénateurs ont confirmé hier par 28 voix contre 12 leur volonté d’entrer en matière sur ce projet qui dépénalise la consommation de cannabis par les adultes et réglemente son commerce. Il appartient maintenant au Conseil national de décider s’il veut ou non se saisir du dossier. En septembre dernier, il avait refusé par 96 voix contre 89 d’entrer en matière. Un nouveau refus sonnerait le glas définitif du projet.
Les arguments n’ont pas changé depuis que les deux Chambres ont entamé leur partie de ping-pong, à la fin 2001. La minorité, parmi laquelle figurent notamment les PDC Simon Epiney (VS) et Urs Schwaller (FR), a mis en exergue la nécessité de transmettre un message clair aux jeunes. "On ne résout pas les problèmes en capitulant", a martelé le Valaisan tandis que le Fribourgeois, faisant référence aux taxes qui seraient perçues sur la vente de cannabis, dénonçait "l’Etat dealer".
Lutte contre le marché noir
La majorité a quant à elle mis l’accent sur la lutte contre le marché noir. "Par définition, celui-ci ne peut pas être contrôlé, a rappelé Christiane Brunner (ps/GE), présidente de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique. Il faut donc libéraliser la consommation et la vente de produits dérivés du cannabis aux adultes pour pouvoir véritablement contrôler ce marché du producteur au vendeur". Mais la socialiste genevoise s’est avant tout voulu rassurante. Elle a souligné que la commission réserverait un accueil favorable aux amendements adoptés par le Conseil national, l’essentiel étant d’éviter le statu quo.
C’est aussi la position qu’a défendue Pascal Couchepin. "Pour la première fois de ma vie, j’ai visité samedi passé à Berne un magasin de chanvre", a-t-il avoué. Il s’est dit impressionné par les compétences du vendeur qui lui a présenté le matériel permettant de produire du cannabis à domicile alors même que c’est interdit par la loi. "Nous sommes dans le monde réel. Refuser cette loi, c’est refuser de se colleter avec la réalité", s’est-il exclamé. Et de relever que si les adversaires du projet dénoncent un faux signal, ils ne proposent aucune alternative.
Pour le ministre de l’Intérieur, la voie indiquée par la révision reste la plus crédible. Il la résume ainsi : l’interdiction de vendre du cannabis aux jeunes, la décriminalisation pour les adultes, une production sous contrôle qui jugule le marché noir, et enfin la taxation des produits à base de cannabis. Selon lui, on ne peut pas parler d’Etat dealer car l’objectif de la Confédération n’est pas de gagner de l’argent mais de protéger les jeunes. Il rappelle l’expérience acquise avec les cigarettes : "L’industrie du tabac sait qu’il n’y a qu’une seule mesure de prévention efficace contre le tabac, c’est le prix".