Le cannabis selon la MILDT

2000/05 - SAVOIR PLUS

Deux versions circulent, une pour professionnels (en quatre fascicules) et une autre grand public (10 francs en kiosque). Voici donc ce que dit "officiellement" l’Etat français, par le biais de sa mission interministérielle, sur les effets et dangers du cannabis.

1. "Livret de connaissances" :

"Comprendre l’action des drogues" (le bleu)

Avertissement (extraits) de la page 2 : "Ce livret ? a pour objectif de donner aux professionnels non-spécialistes de toutes disciplines confondues, des éléments de connaissance dans le domaine des neurosciences pour une meilleure compréhension des mécanismes d’action des drogues sur le système nerveux central"

CANNABIS
[Chapitre cannabis in extenso]

ORIGINE
Le cannabis ou le chanvre est consommé depuis des millénaires à des fins récréatives et médicales et est utilisé dans l’industrie textile. Au cours des années 1930, il a été retiré de la pharmacopée dans de nombreux pays en raison de ses effets psychoactifs. Les cannabinoïdes sont issus des sécrétions des sommités fleuries de la plante d ?une plante, le Cannabis sativa. Le composé actif le plus abondant est le THC (tétrahydrocannabinol). Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée. Le THC synthétique (dronabinol) est prescrit contre les vomissements au cours des chimiothérapies anticancéreuses aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Des tentatives ont été faites pour modifier la molécule tout en conservant les propriétés de soulagement de la douleur et des vomissements. Des molécules plus efficaces ont été fabriquées, mais aucune n’a été commercialisée en raison de la persistance des effets psychoactifs.

EFFETS
Les consommateurs de cannabis décrivent une euphorie, une relaxation, une facilitation des contacts avec autrui et des sensations auditives et visuelles augmentées, voire modifiées à forte dose. Cet effet commence environ 15 à 20 minutes après l’inhalation d’une cigarette, un peu plus tard chez ceux qui en consomment souvent. Si le cannabis est consommé par voie orale, l’effet apparaît entre 4 et 6 heures après.

Pour des doses très fortes, et en fonction des différentes sortes de cannabis, on observe une somnolence, et il est possible d’observer des états de dépression. Le THC a pour propriété de se fixer dans les tissus graisseux et de n’être éliminé que très lentement, jusqu’à 6 jours après une forte consommation. Le dosage de THC dans le sang ou dans l’air expiré est possible, mais il n’est pas possible, comme pour l’alcool, de mettre en relation un taux sanguin et les capacités de conduite automobile. On admet néanmoins que les effets d’une cigarette contenant moins de 20 mg de cannabis auront disparu au bout de 4 heures.

MECANISMES D’ACTION
Les cannabinoïdes, et en particulier le tétrahydrocannabinol se lient aux récepteurs cannabinoïdes CB1, récemment découverts. Les fonctions naturelles de ce récepteur sont en cours d’étude. Les récepteurs cannabinoïdes sont présents en forte densité dans le système limbique (dont le noyau accumbens, dans le cervelet, l’hippocampe et le cortex).

TOXICITE ET DEPENDANCE
La consommation de cannabis altère la mémoire à court terme, sans que cela semble avoir de conséquence sur la mémoire à long terme et les capacités à comprendre et à apprendre. Des études épidémiologiques seraient nécessaires pour étudier ce phénomène. Bien que cela soit souvent affirmé, les études n’ont pas confirmé d’effet d’absence de motivation chez ceux qui ont consommé de fortes doses de cannabis pendant de longues périodes. La relation entre consommation de cannabis et risques dans la conduite automobile a donné des résultats souvent contradictoires. Il est cependant clair que les effets de somnolence produits par l’absorption de cannabis peuvent être dangereux pour la conduite des véhicules.

Des épisodes d’anxiété et de panique ont été décrits au cours des premières consommations.

On ne peut totalement exclure que le cannabis favorise l’apparition d’épisodes dépressifs aigus chez certains sujets prédisposés.

(Repris en accroche dans la même page.)
Que ce soit d’après les effets sur les comportements ou par examen des tissus nerveux au microscope ou par imagerie médicale, on n’observe pas de toxicité neurologique au cannabis. Le risque de dépendance pour une consommation occasionnelle est faible. Pour ceux qui ont consommé du cannabis à forte dose, il a été décrit des signes de nervosité, des troubles du sommeil et une diminution de l’appétit qui disparaissent rapidement. Ceci pourrait être lié à une élimination lente du produit. On estime que moins de 10% des gros consommateurs ont du mal à abandonner leur consommation.

Des expériences sur des animaux ont été conduites pour tenter de recréer la théorie de l’escalade de la consommation de cannabis vers l’héroïne. Les animaux, à qui il a été donné du cannabis de manière chronique puis de la morphine, ne se sont pas comportés dans les tests de référence différemment que ceux qui n’avaient pas reçu de cannabis avant la morphine.

La fumée de cannabis contient les mêmes éléments toxiques et cancérigènes (goudrons) pour les poumons que ceux du tabac. (Repris en accroche.) Des inflammations bronchiques, des troubles asthmatiques et des altérations des fonctions respiratoires ont été observés chez les gros fumeurs de cannabis (plus de 10 cigarettes par jour). Il n’existe pas pour l’instant d’études sur l’effet à long terme d’une consommation de cannabis fumé, associé ou non au tabac, sur le cancer du poumon. Cependant, en cas de consommation importante, le risque de tumeur des voies respiratoires existe incontestablement.

Des effets sur les hormones sexuelles et la fertilité ont été évoqués. Mais aucune étude sur un nombre suffisant de personnes montrant des effets sur la fertilité, l’avortement spontané ou l’accouchement prématuré n’a été publiée à ce jour. Des études supplémentaires seraient nécessaires.

Beaucoup d’inconnues demeurent dans la compréhension des mécanismes d’action des cannabinoïdes, et même s’ils sont parmi l’ensemble des drogues les moins toxiques, leur consommation répétée n’est pas souhaitable.

REDUCTION DES RISQUES
Eviter la consommation, plus encore chez les plus jeunes. Ne pas consommer en cas de conduite des véhicules ou de machines. Eviter la consommation en période scolaire (perte d ?attention). Ne pas mélanger avec d’autres produits psychoactifs.

Encadré : On estime que moins de (en grand) 10% (fin de grand) des gros consommateurs ont du mal à abandonner leur consommation.

Cannabinoïdes :

 Dépendance physique : faible
 Dépendance psychique : faible
 Neurotoxicité : pas démontrée
 Toxicité générale : très faible

Pour mémoire et comparaison (selon ce fascicule) :

Alcool :

 Dépendance physique : forte
 Dépendance psychique : très forte
 Neurotoxicité : très forte
 Toxicité générale : très forte

Tabac :

 Dépendance physique : forte
 Dépendance psychique : très forte
 Neurotoxicité : 0
 Toxicité générale : très forte (cancer)

Après la version pour "professionnels", voici la version grand public du livret à 10 francs.

CANNABIS

Encadré : Le cannabis est un produit illicite.

EFFETS ET DANGER DU CANNBIS
Les effets de la consommation de cannabis sont variables : légère euphorie, accompagnée d’un sentiment d’apaisement et d’une envie spontanée de rire, légère somnolence. Les usagers de tous âges consomment généralement pour le plaisir et la détente.

Les doses fortes entraînent rapidement des difficultés à accomplir une tâche, perturbent la perception du temps, la perception visuelle et la mémoire immédiate, et provoquent une léthargie.

Ces effets peuvent être dangereux si l’on conduit une voiture, si on utilise certaines machines.

Les principaux effets physiques du cannabis peuvent provoquer, selon la personne, la quantité consommée et la composition du produit :

 une augmentation du rythme du pouls (palpitations)
 une diminution de la salivation (bouche sèche)
 un gonflement des vaisseaux sanguins (yeux rouges)
 parfois une sensation de nausée.

Même si les effets nocifs du cannabis sur la santé sont, à certains égards, moins importants que ceux d’autres substances psychoactives, l’appareil respiratoire est exposé aux risques du tabac (nicotine et goudrons toxiques), car le joint est composé d’un mélange de tabac et de cannabis. Les risques respiratoires sont amplifiés dans certaines conditions d’inhalation (pipes à eau, "douilles").

Certains effets, souvent mal perçus par la population et les consommateurs, ont des conséquences importantes et révèlent l’existence d’un usage à problème, donc nocif :

 difficultés de concentration, difficultés scolaires
 dépendance psychique, parfois constatée lors d’une consommation régulière et fréquente : préoccupations centrées sur l’obtention du produit (repris en accroche)
 risques sociaux pour l’usager et son entourage liés aux contacts avec des circuits illicites pour se procurer le produit ;
 chez certaines personnes plus fragiles, le cannabis peut déclencher des hallucinations ou des modifications de perception et de prise de conscience d’elles-mêmes : dédoublement de la personnalité, sentiment de persécution. Certains effets peuvent se traduire par une forte anxiété.

Un usage nocif de cannabis peut favoriser la survenue de troubles psychiques.

CANNABIS ET DEPENDANCE
L’usage répété et l’abus de cannabis entraînent une dépendance psychique moyenne à forte selon les individus.

En revanche, les experts s’accordent à dire que la dépendance physique est minime.

Toutefois, un usage régulier, souvent révélateur de problèmes, est préoccupant, surtout lorsqu’il s ?agit de très jeunes usagers.