Le cannabis médical autorisé en France : une opportunité pour rattraper notre retard

Jean-François Hauteville est un infirmier addictologie qui s’est déjà fait connaitre par quelques coups de gueules et remarques et interrogations bien placées. C’est un homme de terrain qui constate tout le bénéfice qu’on pourrait tirer du cannabis thérapeutique et en cela s’oppose au point de vue prohibitionniste qui freine énormément le développement de cette thérapie. Ces médications existent sous plusieurs formes mais sont prescrites de façon trop restrictive. Aujourd’hui, Jean-François Hauteville explique pourquoi il souhaite voir la prescription de ce médicament être élargie à d’autres pathologies, notamment en milieu hospitalier.


Publié le 21-02-2014 Écrit par par Jean-François Hauteville, source : Nouvelobs.com

http://leplus.nouvelobs.com/contrib...

LE PLUS. Le Sativex, traitement médical à base de cannabis devrait être autorité en France en 2015. Le but de cette commercialisation ? Soulager les patients atteints de la sclérose en plaque. Jean-François Hauteville, infirmier addictologue, espère que la prescription de ce médicament pourra être élargie à d’autres pathologies.

Édité par Anaïs Chabalier

Des plans de cannabis dans la région de Toulouse, le 02/05/2013 (F.SCHEIBER/SIPA)

Nous avons connaissance depuis quelques mois de l’arrivée prochaine d’un traitement à base de cannabis : le Sativex. Voici en quelques mots où nous en sommes exactement en France et quelles sont les indications du cannabis médical.

Depuis quelques années, nous disposons d’un médicament contenant du THC, le Marinol, autorisé en France avec des modalités d’indications et de prescriptions compliquées. Ce médicament – des gélules qui doivent être stockées à une température inférieure à 10°, donc dans le frigidaire – fait l’objet d’une ATU (Autorisation Temporaire d’Utilisation).

Le Marinol est soumis à des règles strictes

Un médecin obligatoirement hospitalier doit donc en faire la demande auprès de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), pour une durée renouvelable de 1 mois à 6 mois et doit justifier, entre autres, que les traitements classiques ont été essayés mais qu’ils n’ont pas été efficaces. La délivrance se fait uniquement en pharmacie hospitalière.

Les indications principales sont les suivantes : nausées associées à la chimiothérapie des cancers, stimulation de l’appétit (indiquée pour les troubles alimentaires tels que l’anorexie), glaucome (en baissant la pression intraoculaire) et troubles du comportement, de l’humeur et de l’anorexie chez les malades atteints d’Alzheimer.

Les études réalisées jusqu’à présent ont montré des effets indésirables de type euphorie – 13% –, vertiges – 7% –, somnolence – 6% –. Il se présente sous forme de capsules de 2,5 mg, 5mg ou 10mg, contenant du delta 9 –THC, un des composants du cannabis. En France, seul le Marinol 2,5 mg est autorisé.

Le Sativex est déjà autorisé dans 17 pays européens

Le Sativex en spray buccal devrait arriver, si tout va bien, en 2015.

Ce médicament, déjà commercialisé en Allemagne ou au Royaume-Uni, est utilisé chez des patients atteints de sclérose en plaques pour soulager les contractures sévères, et devra être initié par un neurologue et un rééducateur hospitalier. Il est déjà disponible dans 17 pays européens et pourrait être commercialisé en France, à partir de 2015.

Les médicaments à base de stupéfiants ne pouvant être délivrés que pour 28 jours, les médecins généralistes seront autorisés à effectuer les renouvellements d’ordonnance entre deux rendez-vous à l’hôpital. Le produit sera distribué en pharmacie de ville – contrairement au Marinol –, où il devra être stocké dans des coffres, comme c’est le cas des médicaments à base d’opiacés. La Haute Autorité de Santé doit donner son aval et fixer également les prix et les modalités de remboursement.

La France doit rattraper son retard

J’espère seulement que son indication pourra être élargie à d’autres pathologies que la sclérose en plaques, en particulier les douleurs neurologiques périphériques d’origine traumatiques, pour lesquelles son efficacité a été prouvée dans les pays où il est déjà commercialisé.

Avec beaucoup moins d’effets secondaires que les opiacés, et une efficace égale, voire supérieure, il est grand temps que la France récupère son retard dans ce domaine, en évitant l’amalgame entre cannabis médical et récréatif.