Le cannabis fait tourner les têtes du nouveau parlement

Faut-il dépénaliser la culture et la consommation de chanvre ? La question est au menu demain du Conseil national issu des dernières élections. Avant le débat politique, le point dans les milieux concernés.

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CAROLINE ZUERCHER | 03 DÉCEMBRE 2007 | 00H14

Chanvre, le retour. Après le refus du Conseil national, en 2004, d’entrer en matière sur la révision de la Loi sur les stupéfiants, le débat semblait momentanément enterré. Mais une initiative populaire déposée en janvier dernier le ressuscite. Elle propose de dépénaliser la consommation de cannabis et la culture destinée à un usage personnel. La Confédération devrait, en outre, édicter des prescriptions -concernant la culture, la production, l’importation, l’exportation et le commerce des substances psychoactives du chanvre. Finalement, Berne est sommé de prendre des mesures pour la protection de la jeunesse.

Demain, le Conseil national se penchera sur cette question. Mais, alors qu’en 2004 la dépénalisation avait échoué d’un cheveu, la ligne dure semble désormais avoir repris le -dessus, particulièrement en Suisse romande. Des études ont semé le trouble, qui affirment que le cannabis est potentiellement plus dangereux que l’ecstasy et le LSD. Voilà qui contredit d’autres experts, pour qui un joint occasionnel ne pose pas de problème majeur de santé publique. Dans le doute, les enseignants prônent désormais l’abstinence. « La tolérance, c’est bien joli, mais ensuite, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent », s’exclame Jean-Marc Haller, secrétaire général de la Société pédagogique vaudoise. « On le voit dans les classes : certains élèves ne sont pas en état de travailler. » Restent les chiffres : plus de 700 000 personnes âgées de 15 à 39 ans auraient déjà fumé du cannabis. Entre sonnettes d’alarme et appels au calme, que penser ? L’avis des principaux concernés.

Le chanvrier anonyme. Louis (prénom fictif). Depuis quarante ans, Louis fume. Et il en est persuadé : « C’est beaucoup moins dangereux que l’alcool, qui a tué 55 000 mineurs en Europe l’an dernier. Les joints rendent paisibles, mais on ne voit pas des éléphants roses. » Pour décrire la situation actuelle, Louis parle d’« hystérie ». Il y a quelques années, ce quinquagénaire est devenu producteur. « Depuis quelque temps, regrette-il, la politique est devenue beaucoup plus agressive. La police suit de très près notre travail. » Forcément, ce chanvrier soutient la dépénalisation : « C’est le seul moyen de contrôler ce qui est vendu. Nous pourrions par exemple écrire sur les sachets la teneur en THC (ndlr : la substance psychoactive) de nos produits. Par contre, le processus doit être contrôlé car ce produit est négatif pour les jeunes. »

Le policier. Yvan Perrin, conseiller national (UDC, NE). « Ma position a toujours été claire, souligne l’inspecteur à la Sûreté Yvan Perrin. Si on dépénalise le chanvre, il sera plus difficile de mener des enquêtes policières. » Même avec une telle mesure, estime le Neuchâtelois, le trafic continuera d’exister. « On ajoutera simplement un marché légal à l’actuel », explique-t-il. Selon lui, le chanvre dont la teneur en THC est la plus élevée restera interdit, mais continuera d’attirer les consommateurs. « Ou alors, si on veut être cohérent, il faudrait tout dépénaliser. Y compris les produits qui atteignent des taux de THC euphoriques. »

réactions 1 commentaire Toutes les réactions cannabis | TURTSCHI | 04.12.07 | 08H58

dommage que la droite est contre la dépénalisation. Plus de trente ans je vois les efforts des politiciens d’enrayer le trafic et la consommation des drogues. Dans les années septante tous les produits étaient beaucoup plus chers, mais toujours à disposition sans limite. Rien n’a changé, sauf le prix et qu’il y a beaucoup plus d’adeptes à la fumette. Alors, pourquoi pas autoriser les cultures, ça ferait du bien au paysans des montagnes, de taxer le produits et ainsi de décharger les tribunaux et les prisons. ça ferait du bien à tout le monde.