"Le cannabis consommé aujourd’hui n’est pas celui des années hippies" par RTS Info
RTS Info, mise à jour le 5 juin 2015
"Le cannabis consommé aujourd’hui n’est pas celui des années hippies"
Michel Graf, expert en addictions et en projets de santé publique - L’Invité de la rédaction / 20 min.
Le chanvre produit aujourd’hui "a un effet beaucoup plus brutal sur le cerveau", a prévenu le spécialiste Michel Graf vendredi sur les ondes de la RTS, en rappelant que l’addiction au cannabis existe.
La teneur en THC du chanvre cultivé à fin récréative a sensiblement augmenté. "Le cannabis consommé aujourd’hui n’est pas celui des années hippies", a indiqué Michel Graf.
Et ceci est valable aussi en Suisse, "même si la hausse du taux de THC est moins élevée que dans le reste de l’Europe", a souligné cet expert en addictions et en projets de santé publique.
Selon lui, les jeunes consommateurs ne sont pas forcément à la recherche d’une marijuana plus concentrée. C’est plus le hasard qui les met face à cette substance, a-t-il estimé, en précisant : "Ils n’ont souvent pas de curseur pour déterminer quel est le cannabis le plus fort".
"L’intention fait la différence"
Plus violent, le cannabis peut être plus addictif. Reste qu’"il n’y a jamais eu de véritable séparation entre drogue douce et drogue dure. C’est la manière et l’intention de l’utilisateur qui va faire la différence", a précisé Michel Graf.
"Le mystère du cannabis, mais aussi de n’importe quelle autre substance, c’est la relation que l’individu tisse avec. Certaines personnes arrivent à gérer l’héroïne, tandis que d’autres glissent dans l’addiction avec un peu d’alcool et de cannabis. On ne sait pas encore pourquoi, mais cela dépend de plusieurs facteurs telle que la génétique, l’environnement social, l’estime de soi, la capacité à gérer les frustrations, l’histoire personnelle et la phase traversée".
Dans tous les cas, "quand la substance devient une béquille, on risque de s’y accrocher de manière permanente", a prévenu le spécialiste.
Vers une dépénalisation
Michel Graf soutient une réforme de la politique de la drogue, notamment pour mieux contrôler la qualité des produits. Néanmoins, "ce n’est pas la petite Suisse qui va parvenir à casser les reins de la mafia. Il faut un mouvement international", a-t-il conclu.
Le cannabis reste la drogue la plus consommée en Europe. Il représente 80% des saisies, selon un rapport publié jeudi.
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P.-S.
Quand même, l’argument utilisé est un peu léger. Ce n’est pas faux de préciser que le cannabis d’aujourd’hui (celui cultivé par des particuliers) bat des records en teneur de THC : c’est le résultat d’un excellent travail de sélection sur une quarantaine d’années.
Pour autant, deux choses sont à savoir sur le cannabis de jadis : il y avait peu d’herbe en circulation, on trouvait surtout du shit et parfois de l’huile. La demande était bien moindre et les sous-produits de cannabis étaient réalisés artisanalement. D’un point de vue global, la résine qui circulait était bien supérieure en qualité et en titrage de THC qu’aujourd’hui.
Quand on arrivait à "pécho" de la Weed, sûr que c’était de la très forte, genre africaine ou mexicaine. "L’Ardéchoise", (herbe française qui "tape") c’est à partir des années 80, pas avant ! De l’herbe à 10-12 % de THC qui petit à petit a grimpé à 16 - 18 %, des valeurs d’aujourd’hui.
Il y a un fantasme au sujet du taux de THC. La plante record excède à peine 27 % (Y Griega) dans un environnement d’expert, mais dans la pratique, la plupart des cannabiculteurs obtiendront plutôt du 18-20 % avec la même plante !
Nous sommes donc très loin du scénario "l’herbe d’aujourd’hui est terriblement plus forte que celle d’antan" même si c’était vrai pour les quelques babas qui tentaient de faire pousser des graines d’une herbe non adaptée pour nos climats. La "balconaise" (herbe des balcons) avec une teneur en THC se situant entre le pissenlit et la menthe poivrée, n’était pas une légende, mais c’était loin d’être une généralité !
S’il y a quelque chose qui a changé, se serait plutôt la disponibilité. Jadis, on mettait de côté le cannabis qu’on trouvait pour le consommer essentiellement le week-end ou pendant les vacances. Aujourd’hui, on peut en fumer tous les jours si on le désire (et qu’on le peut financièrement).
Michel Graf est un homme honnête, réaliste et sympathique, je ne vais donc pas le mitrailler. Mais il se trompe au sujet du thème qui fait le titre de l’article : l’herbe d’antan n’était pas si présente qu’aujourd’hui et était tout aussi forte quand c’était de l’importation. Et le plus gros de la consommation nationale (je parle pour la France en exemple que je connais) était du haschisch qui titrait souvent à plus de 18 - 20 % de THC. On ne peut donc pas utiliser cette comparaison en argument valide.
A savoir, à propos, que jadis, seul le THC était mesuré dans les analyses policières alors qu’aujourd’hui, même la forme acide du THC est prise en compte. Ce qui peut doubler ou plus le taux mesuré ! C’est une des clefs qui expliquent les différences rencontrées dans les documents de jadis et ceux d’aujourd’hui.
JLB