La fermeture de coffeeshops provoque un vif débat aux Pays-Bas
22/11/08
Excédées par les 1,3 million de "touristes de la drogue" belges et français qui affluent chaque année, les villes frontalières de Roosendaal et Bergen-op-Zoom (sud des Pays-Bas) ont ordonné la fermeture d’ici deux ans de leurs huit coffeeshops.
Le bourgmestre de Roosendaal, Michel Marijnen, blâme "les différences dans les approches" en matière de drogues douces entre les Pays-Bas, la Belgique et la France. "Les gens viennent ici parce qu’ils croient que c’est légal, mais ce n’est pas vrai. En soi, la politique de tolérance, si elle n’était destinée qu’aux Néerlandais eux-mêmes, ne donnerait pas lieu à de telles nuisances et à une telle criminalité", explique-t-il.
Le ministre de la Justice, Ernst Hirsch Ballin, dont le parti chrétien-démocrate (CDA) est partisan d’une approche plus restrictive, voire de la fermeture des coffeeshops, a salué la décision "courageuse" des deux villes.
Pour le criminologue Tim Boekhout van Solinge, "l’interdiction est plus dangereuse pour la société que l’herbe elle-même", car les consommateurs vont se tourner vers les circuits illégaux et la criminalité va exploser. "Et cela alors que la marijuana est la moins dangereuse pour la société, en comparaison avec la nicotine, l’alcool, l’héroïne et la cocaïne", selon lui. "Si on réglemente, la criminalité diminue, on peut lever des impôts sur la vente et contrôler la qualité", a-t-il affirmé dans les médias néerlandais.
Les Pays-Bas ont décriminalisé en 1976 la consommation et la possession de moins de cinq grammes de cannabis, dont la vente est autorisée dans des coffeeshops. La culture et la vente en gros, qui servent à approvisionner les 700 coffee shops du pays, sont en revanche interdits.
Vendredi, 23 bourgmestres néerlandais ont appelé le gouvernement à réglementer la culture de cannabis, une activité aujourd’hui contrôlée par des organisations criminelles qui rapporterait deux milliards d’euros par an.
Le maire d’Eindhoven (sud), Rob de Gijzel, a annoncé qu’il mettrait en place un projet pilote de production de chanvre pour alimenter les coffee shops de sa commune.
Selon plusieurs enquêtes, une majorité de bourgmestres des 106 communes où sont installés des coffeeshops sont favorables à une légalisation de la chaîne de production et de vente du cannabis. Les Néerlandais restent attachés à l’approche unique de leur pays, selon un sondage publié vendredi. Si 57% des personnes interrogées n’ont encore jamais fumé de cannabis, 54% veulent garder les coffeeshops, 59% sont pour la légalisation de la consommation de drogues douces et 64% soutiennent la légalisation de la culture du chanvre.
Le sujet divise la coalition au pouvoir, qui réunit le parti travailliste PvdA, le petit parti chrétien ChristenUnie et le CDA. Après les élections de novembre 2006, ils s’étaient mis d’accord sur la fermeture des coffeeshops à proximité des écoles secondaires.
Sous la pression du parlement, le gouvernement a commandé pour mi-2009 une évaluation complète des effets de trente ans de politique de tolérance, sur la santé publique comme sur la criminalité organisée.
"Sur la base de cette évaluation, le gouvernement prendra une position, à savoir si la politique en matière de drogues doit être changée et de quelle manière", a indiqué un porte-parole du ministère de la Justice, Wim van der Wegen.
La question des coffeeshops a également provoqué des tensions avec la Belgique, qui craint qu’un "plan de dispersion" décidé par la ville de Maastricht (sud-est) n’entraîne un déplacement de ces lieux vers la frontière belgo-néerlandaise. (belga)