La fabuleuse histoire du cannabis dans la vallée

2003/03/28 - La Liberté Regions

"Swihtco Patterson & Cie" : Swihtco, pour "Swiss Hemptrading Company" et "Patterson" pour Shirin Patterson. De nationalités suisse et américaine, cette femme est arrivée à Château-d’Oex en 1996 avec l’idée de créer une société de "culture, production, transformation et commerce de chanvre" pour des vernis, composants de parfums, huiles, produits pharmaceutiques, papeterie, ficelle, textile, rembourrage de coussins... Pourquoi ? Elle expliquait à l’époque que l’altitude, l’ensoleillement, les sols peu traités chimiquement étaient parfaits. « Pour moi, cela représentait une alternative à l’agriculture traditionnelle », se rappelle l’agriculteur Jacques Henchoz, qui a acheté des graines à Swihtco. Plusieurs propriétaires ont loué en outre des parcelles à l’entreprise ou des granges pour entreposer la future récolte.
Le problème, c’est que ce chanvre ressemble furieusement à du cannabis et que le juge d’instruction de l’Est vaudois demande une analyse de la plante. Il s’agit de déterminer si le taux de THC est bien inférieur à la limite admise, soit 0,5 %. Or la mesure ne peut être réalisée qu’au moment où la plante arrive à maturation, en automne, et la récolte débute en octobre. Au mois de novembre, les résultats de l’analyse tombent : 3% de THC. Le juge ordonne la mise sous séquestre de la récolte : personne n’est autorisé à récupérer les stocks entreposés dans les granges. Ce qui n’empêche pas le cannabis de disparaître pendant une nuit. En décembre 1997, le Tribunal du district du Pays-d’Enhaut prononce la faillite de Swihtco. En 2001, Shirin Patterson et un complice sont jugés par défaut. Elle est condamnée à deux ans fermes, son complice à 15 mois. Quant aux agriculteurs, leur bonne foi étant reconnue, ils bénéficient d’un non-lieu : ils ont été bernés...