Île de la Réunion : Les nouvelles drogues sont là

Cette hausse s’explique notamment par la chasse lancée par les forces de l’ordre contre les producteurs locaux de cannabis.

Clicanoo le Journal de l’Ile 7 août 2005

Nouveaux produits, nouvelles méthodes, le zamal "made in Réunion" est en train de se faire détrôner par l’ecstasy, la coke et le shit. Devant cette recrudescence, les forces de l’ordre mettent le paquet et les "affaires" se multiplient. État des lieux de ce nouveau phénomène.

Le constat est indéniable. Depuis environ deux ans, l’ecstasy et la cocaïne sont bien plus faciles à trouver à la Réunion, particulièrement dans le milieu festif saint-gillois. Cette hausse s’explique notamment par la chasse lancée par les forces de l’ordre contre les producteurs locaux de cannabis. Le rouleau de zamal est passé au minimum à 10 euros et il est de plus en plus difficile à trouver. Pour le même prix, l’acheteur peut trouver un cachet d’ecstasy avec parfois plus de facilité. Signe de cette extension de la consommation d’ecstasy, la diversification de cette sorte de produits précis. En témoigne la variété de tampons avec lesquels sont estampillés ces petits cachets, selon leur dosage en amphétamines ou en MDMA. Avant, on trouvait surtout des "mitsubishis", les plus répandus. Aujourd’hui on peut trouver des "love", des "donald duck", des "superman"... Mais attention, cela ne signifie pas que la Réunion soit pleine de "gros dealers", faisant des marges colossales sur la vente de ces "pilules du bonheur". Les dealers d’ecsta revendent pour assurer leur consommation ou leur voyage entre la Réunion et la métropole, d’où proviennent les cachets. Le fait est qu’il est bien plus facile de faire passer à la Réunion des cachets d’ecstasy, quasiment inodores, que du cannabis ou de la cocaïne. Les chiens policiers réunionnais ne sont pas encore entraînés à dépister ce produit. Lorsque les douanes ou les policiers font une saisie, c’est plutôt suite à un renseignement donné, qui leur permet d’appréhender le destinataire d’un colis postal. Ainsi, en février, une saisie de 375 cachets est opérée à l’aéroport de Gillot. C’est une jeune Perpignanaise de 16 ans, accompagnée de sa grand-mère, qui transportait les cachets ainsi que huit barrettes de résine de cannabis. Interpellée par les douanes, la trafiquante n’était pas l’instigatrice du trafic, mais seulement la passeuse. Un complice, majeur, l’attendait quelque part dans l’île pour écouler les cachets, probablement dans les discothèques branchées de l’ouest. Il a été arrêté dans la foulée, après investigations par une équipe de la sûreté urbaine. En avril, ce sont huit personnes qui sont interpellées dans la région de Saint-Pierre. Le petit réseau aurait écoulé entre 2 000 et 3 000 cachets à la Réunion. Le cerveau dirigeait les opérations depuis la prison du Port.

TOUT ARRIVE DE MÉTROPOLE

Moins cher, moins repérable, l’ecstay se place comme la drogue en vogue dans les milieux festifs. Et elle n’est plus réservée aux seuls consommateurs "branchés" des côtes ouest et sud. Près d’un quart des consommateurs interrogés dans le cadre du rapport annuel du Trend pour 2004 reconnaissent avoir pris soit de la cocaïne, soit de l’ecstasy, soit un opiacé au moins dix fois dans leur vie. Autre exemple de la diversification des drogues dans l’île, la mise à jour en mars dernier d’un réseau de trafiquants locaux qui fabriquaient et conditionnaient eux-mêmes de la résine de cannabis dans la région de Saint-Joseph. Dernièrement s’est tenu le procès marathon de trente personnes devant la juridiction correctionnelle pour le plus gros trafic de drogue démantelé à la Réunion depuis une vingtaine d’années. Dans l’escarcelle des forces de l’ordre plusieurs milliers de cachets d’ecstasy, des dizaines de kilos de résine de cannabis ou de zamal, des kilos de cocaïne et d’héroïne... Les quantités introduites dans l’île de la Réunion par ces réseaux de trafic de stupéfiants sont les plus importantes jamais saisies dans le département. Après trois jours de débats, les sanctions tombent avec des peines allant de quatre mois avec sursis à trois ans de prison ferme. Le tribunal a globalement suivi les réquisitions du ministère public. Seule décision notable : une interdiction du territoire de la Réunion de cinq ans pour les prévenus originaires de la métropole. "De toute façon, en ce qui concerne la délinquance, tout arrive de métropole avec quelques années de retard. Il suffit d’observer ce qui se passe là-bas pour savoir ce qui va arriver ici", confie un policier. Autre nouveauté : cette année les douaniers ont saisi du Khat, feuille d’une plante cultivée en Afrique de l’Est qui se mâche comme la feuille de coca. La Réunion ne semble plus à l’abri des drogues dures et les autorités n’ont qu’à resserrer les mailles du filet pour intercepter les trafiquants.