(Ile Maurice) "De l’opium à « C’est pas bien » : évolution des usages de drogues à Maurice" par defimedia.info

Voici un petit historique sur l’apparition des drogues au fil du temps, dans la zone mauricienne (Ile Maurice). Le tempo du texte se calque sur la pensée prohibitionniste qui domine dans l’Ile actuellement. Pas un mot sur l’échec évident de leur politique antidrogue, pas un mot sur le fait que chaque répression favorise l’apparition d’une drogue plus dangereuse encore, à chaque foi ! Et pas un mot sur le caractère humain des dits toxicomanes qu’on se contente de stigmatiser, de faire souffrir, de persécuter, et d’enfermer ... au point que ce n’est plus l’usage des drogues, qui crée un enfer, mais sa persécution !


par Reshad Toorab, publié le 08 Août 2015 11:05

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Les drogues synthétiques nous choquent. Pourtant, elles viennent s’ajouter à une longue liste de stupéfiants qui, depuis les années 1900, traversent nos frontières. Depuis l’époque où les immigrants chinois et indiens introduisaient l’opium. Voyage...

On estime à environ 25 000 les toxicomanes du pays. Parmi, il y a consommateurs de cannabis, des héroïnomanes, des consommateurs de psychotropes et plus récemment des consommateurs de drogues de synthèse.

Dans une déclaration au Défi Plus, le Dr Feizal Sulleiman, ex-respon­sable du National Methadone Substitutions Therapy Centre et médecin volontaire au centre Idrice-Goomany, soutient que la drogue a toujours existé à Maurice. Cela, depuis les premiers immigrants chinois et indiens, dans les années 1900. Selon lui, les Chinois ont apporté leurs us et coutumes, dont notamment la consommation de l’opium, alors que les Indiens utilisaient du cannabis pour des rites religieux, soit pour préparer le « dilait bang ».

Dans les années 60, il y avait à China Town une fumerie d’opium qui opérait illégalement et qui était réservée aux personnes dites « high class », notamment des notables. À Plaine-Verte, plusieurs petites fumeries avaient aussi ouvert leurs portes, dont une très réputée appartenant à la famille Noorbanon. Celle-ci était située à Pont-Rouge. L’opium se vendait à Re 1,25 le panchat (mesure) de quatre gouttes.

Dans les années 70, le cannabis, plus connu comme gandia, était accessible à toutes les classes sociales et se vendait selon la quantité et la qualité. Par exemple, le « mass l’église » coûtait 25 sous, le « masse cerf » 50 sous, le « masse le roi » à une roupie et « masse zako » à deux roupies. Début 1980, le Brown Sugar, dit héroïne, a fait son apparition sur le marché local. Il était commercialisé à huit roupies une feuille en aluminium. Dr Sulleiman explique que c’était le « craze  » à l’époque, car le Brown Sugar se fumait. Il pouvait être consommé chez soi, loin des regards indiscrets, et l’effet était plus fort que l’opium.

Quelques années plus tard, soit en 1984, le haschich, soit de la résine de cannabis, est introduit sur le marché. Toutefois, il est moins consommé, car il coûte plus cher, le prix variant entre Rs 600 et Rs 1 500. Deux ans plus tard, le Brown Sugar continuait à faire des ravages parmi les usagers de cette drogue qui commençaient à se l’injecter. Le prix prenait l’ascenseur alors que la qualité était inferieure. En quête de sensations fortes, les toxicomanes dissolvaient le Brown Sugar et le mélangeaient avec du vinaigre ou du jus de limon, avant de se l’administrer par voie intraveineuse. Les autorités n’ont pas tardé à réagir pour combattre ce fléau.

Des psychotropes et psychoactifs

En l’an 2000, Maurice voit l’apparition d’une nouvelle drogue, nommément White Lady (Dame Blanche), que certains estimaient être de la cocaïne. Toutefois, des analyses du Forensic Laboratory, démontreront qu’il s’agit de l’héroïne impure, mélangée avec du paracétamol. L’année suivante, le Temgesic est utilisé dans les services hospitaliers comme des antidouleurs. Il est composé de Buprénorphine, similaire au Subutex. Les toxicomanes en raffoleront et se l’injecteront. Les autorités bannissent le produit.

En 2003, le Subutex Soluble 8 mg à base de Bupreno­r­phine, vient remplacer le Temgesic sur le marché noir. Ce médicament, vendu légalement à trois euros (approxima­tivement Rs 120) en France et à l’île de la Réunion, s’écoule à Rs 2 000 le comprimé parmi les toxicomanes. Les trafiquants trouvent une astuce et divisent un comprimé en huit et vendent chaque morceau à Rs 250. Le Subutex rapporte plus. Dissout dans l’eau, il a une « half life » (demi-vie) de 36 heures, ce qui fait que le consommateur ne sera pas en manque. Pour comparaison, l’effet de l’héroïne dure quatre à six heures.

2005 : des substances psychoactives, telles que Valium, Rohypnol, Rivortil, Mandrax, Benyline, sont utilisées par la nouvelle génération de polytoxicomanes. Ces derniers s’injectent de l’héroïne et prennent également ces produits psychotropes et psychoactifs. Des relaxants musculaires, comme Nova, Pregabalin ou Lagaflex, font leur apparition en 2012, et sont utilisés comme drogues sur le marché noir.

2013 est l’année de l’apparition des drogues de synthèse, qui font des ravages chez les jeunes en particulier. Celles-ci sont connues comme le Black Mamba, Salvia, Strawberry ou encore Murder. Cette année, de nouvelles drogues synthétiques ont inondé le marché et conduit plusieurs jeunes, parmi lesquels des adolescents, à l’hôpital. Ces drogues de synthèse sont extrêmement puissantes et disponibles facilement, selon certains jeunes consommateurs. Elles sont connues comme "Zombie", "C’est pas bien", "Spice" ou encore "K2".