Grande-Bretagne : après la décriminalisation

l’explosion de l’usage du cannabis n’a pas eu lieu

Les opposants à la dépénalisation du cannabis en Grande-Bretagne prédisaient une explosion de sa consommation, mais il commence déjà à être clair que leurs prédictions ne se sont pas réalisées. Il semblerait même que le cannabis soit en train de perdre son goût de « fruit défendu » pour les jeunes Britanniques.

Depuis plusieurs mois, on trouve un grand nombre d’articles sur les dangers causés par la re-classification du cannabis de janvier 2004, qui a été effectivement dépénalisé en Grande-Bretagne. Le ministre de l’Intérieur, Charles Clarke, avait même demandé aux spécialistes des drogues de faire une réévaluation de cette décision et s’est déclaré prêt à la réviser si nécessaire. Mais il commence déjà à être clair qu’une de plus grandes craintes des opposants à la dépénalisation décriminalisation a été vaine : comme le prouvent les résultats d’une enquête récente, l’augmentation de sa consommation n’a tout simplement pas eu lieu. Il semblerait même que le cannabis soit en train de perdre son goût de « fruit défendu » pour les jeunes Britanniques, car depuis sa décriminalisation on a noté la plus petite augmentation annuelle du nombre de consommateurs sur toute la décennie.

En mars dernier, les résultats d’une recherche étendue sur dix ans ont été publiés par l’organisation Independent Drugs Monitoring Unit, qui démontrent que le nombre de consommateurs en 2004 a augmenté de seulement 0,5%, tandis qu’en 1998 il s’élevait à plus de 45%. Cette organisation est la plus grande autorité sur les prix pratiqués dans les rues et la consommation des drogues en Grande-Bretagne. Les chercheurs ont interrogé 2000 personnes qui devaient donner au chanvre une note d’évaluation sur une échelle de un à dix suivant la dépendance, risques de santé et effets psychotropes. Dans ce genre d’évaluation il est de règle que plus la drogue reçoit de points, plus elle est considérée comme attractive. Le chanvre avait obtenu la note la plus élevée (8,8) en 1997, tandis que pour l’année passée elle était tombée à 7,6 points. Par contre pour la même période, les notes pour l’extasy, le crack et l’héroïne sont à la hausse.

D’après les chercheurs, il s’agirait ici d’un signe clair de la baisse du nombre de ceux qui consomment déjà le chanvre et également de ceux qui pourraient avoir l’intention de le faire. Les experts du gouvernement britannique prétendent qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’impact de la dépénalisation du chanvre, mais ils se mettent déjà d’accord sur le fait que les pires craintes d’explosion de sa consommation ne se sont pas réalisées. Selon la déclaration de Matthew Atha, le directeur d’Independent Drugs Monitoring Unit, la re-classification du cannabis n’a pas eu du tout ou très peu d’effet sur sa consommation et il semblerait que la tendance en augmentation de la consommation de chanvre se soit arrêtée.

Selon les chercheurs, les adolescents britanniques sont plus intéressés par la réussite dans leurs sports préférés que par l’enivrement procuré par des drogues. D’après eux, il y a seulement 3% de jeunes qui recherchent une satisfaction avec des drogues. Aujourd’hui, le chanvre ne fait plus partie des substances illégales les plus en vue en Grande-Bretagne, car il a cédé sa place aux drogues dures. Malgré toutes les déclarations sur une persécution plus dure de ces drogues, leur prix est en chute libre et prendre une ligne de cocaïne chez un dealer coûte moins qu’une tasse de cappuccino dans un café londonien. Et voici une raison de plus pour laisser tomber la persécution du chanvre relativement inoffensif et consacrer toutes les ressources à la prévention sur l’utilisation des drogues dures incomparablement plus dangereuses.

Bushka Bryndova

Source : Independent Drugs Monitoring Unit