Fumette et eprouvette
2000/04/19 - Le Progrès
Il fut un temps où la fumette avait fait scandale dans le sport. Elle avait surtout fait débat : peut-on répertorier parmi les dopés, des sportifs contrôlés positifs pour l’usage de cannabis ?
Pris sous son aspect moral, la question était intéressante car elle mettait en avant à la fois un produit ne figurant pas parmi ceux relatifs à un dopage lourd, et une infraction jugée mineure par l’opinion publique. Mais il s’agit de toute façon d’une infraction, et c’est la responsabilité des sportifs de haut niveau par rapport à l’image d’une certaine éthique qui était alors surtout en cause.
Chacun est libre d’apporter sa propre réponse à une question qui se pose en d’autres termes pour une société où l’usage du cannabis est d’une pratique beaucoup plus courante que la législation en cours ne voudrait le faire croire.
Sur le strict plan du sport et du dopage, le cannabis ne doit cependant pas être considéré comme un produit anodin. Le docteur Maurice Vrillac, en collaboration avec Patrick Magaloff, a travaillé sur ce sujet de manière fort instructive. Il en ressort en premier lieu que ce produit est d’un usage de plus en plus courant chez les sportifs, puisque les contrôles ont révélé une augmentation importante de cas positifs impliquant des produits cannabiques (14 cas en 1991, 78 en 1995, 109 en 1999). Sur les 9000 contrôles antidopage effectués en 1999, 360 ont été positifs dont une marge de 30% révélant l’usage de cannabis.
?L’argumentation des sportifs positifs au cannabis souligne que la dépénalisation est un débat en cours, et en déduit que le produit ne serait pas dangereux, qu’il participe d’un phénomène de société ?, explique Maurice Vrillac. ?On met ainsi en avant la seule recherche d’effets récréatifs, les sportifs positifs au cannabis ajoutant souvent qu’ils avaient pris part à une soirée fumette où les autres fumaient mais pas eux ? souligne-t-il ironiquement. ?Si la dose de concentration retenue pour établir un cas positif (NDLR : 15 nanogrammes par millilitres) a été ainsi établie, c’est pour éviter un risque d’erreur, et définir que c’est bien en fumant que le cas a atteint ce seuil ? rappelle-t-il cependant.
Il faut savoir que le seul produit cannabique autorisé à l’usage thérapeutique, pour ses propriétés dans la stimulation de l’appétit et le contrôle des nausées, démontre bien une action neutralisante du cannabis, ce qui répond à une définition du dopage.
Ses effets à court terme sont également édifiants sur les "services" qu’il peut rendre à un sportif : modification de la perception du temps, effets myorelaxants [sic], sédatifs, analgésiques, anxiolytiques [sic]. On perçoit donc sans difficulté son intérêt si on a besoin de bêtabloquants et de sédatifs, et ses effets en terme d’euphorie en compétition et de récupération après un entraînement intensif par exemple.
Ses effets à long terme peuvent être désastreux : diminution de la capacité respiratoire, risque cancérigène, affection de la production de spermatozoïdes, artériopathies. ?Pour une prise éventuelle, la toxicité n’est pas grande ? rappelle Maurice Vrillac, et l’accoutumance n’est pas prioritairement d’ordre chimique. Mais ses effets de produit dopant sont incontestables, largement au-delà d’une simple question d’éthique. C’est pourquoi le docteur Vrillac s’interrogeait sur la position définitive des organismes de répression du dopage au-delà des Jeux de Sydney.
Il a obtenu de Patrick Schamasch lors du Congrès de Tunis relatif aux nouveautés en matière de dopage, l’assurance que le cannabis resterait sur la liste des produits interdits.