(France) "Robecq : ils braquent le tabac pour solder une dette de cannabis" par La Voix du Nord

PAR STÉPHANE DEGOUVE, publié le 17/02/2016

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Robecq : ils braquent le tabac pour solder une dette de cannabis

Le vendredi 29 janvier 2016, quatre hommes encagoulés font irruption dans le bar-tabac de Robecq. Un braquage d’amateurs orchestré pour rembourser des dealers après le vol de 15 kg de cannabis, fin 2015. Depuis, la famille du voleur est menacée pour rembourser sa dette.

Le commerçant de Robecq est sous le choc. Il a vécu son premier braquage. PHOTO PASCAL BONNIÈRE VDNPQR

Il est 19 h 30, le vendredi 29 janvier. Une Renault Clio s’arrête devant le bar-tabac de Robecq. À bord, des braqueurs, armés, font main basse sur quelques centaines d’euros et, selon le commerçant, une quarantaine de cartouches de cigarettes. Le quatuor fuit vers Saint-Venant.

Aidés par un témoin, les gendarmes de la brigade de recherches de Béthune identifient le véhicule. Mercredi dernier, cinq hommes, dont un mineur, sont interpellés. Lors de perquisitions, des cagoules, un pistolet, des gants sont retrouvés, ainsi que la caisse du tabac jetée au lac de Beugin.

Le quatuor passe aux aveux

Jugé en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Béthune, le quatuor passe aux aveux. Le chauffeur, E. F., 21 ans, est descendu en repérage. Puis le quatuor est passé à l’action. « Je suis entré, pistolet à la main, admet Alexandre Georges, 24 ans. Le commerçant n’a pas voulu ouvrir la caisse alors je l’ai arrachée  ». Il nie avoir volé des cigarettes. Ludovic Pisano, 37 ans, reconnaît avoir « mis un coup de sabre sur le comptoir. Pour me défendre. Je ne savais s’il allait avoir une arme ou pas… ». « C’est vous qui entrez une arme à la main ! » rétorque le procureur Michel. Les deux autres, dont le mineur, seraient restés en retrait.

En toile de fond de ce braquage, une incroyable histoire de dette après le vol de 15 kg de cannabis et des menaces sur toute une famille, pour justifier cet acte.

Avocat du commerçant, Me Robert, insiste sur le fait que son client « est la seule victime de cette affaire. On a braqué une arme sur lui, cassé son comptoir  ».

Face à ces braqueurs qui encouraient vingt ans aux assises, le procureur insiste aussi sur le traumatisme pour le commerçant « qui aura peur chaque matin en arrivant ».

Me Lemonnier, avocate des deux derniers, estime que leur rôle est moindre. Le premier a vécu sept mois dans sa voiture avant d’être hébergé par Alexandre Georges envers qui il s’est senti « redevable  » tandis que le second a suivi le groupe. Pour Me Dennetière, Ludovic Pisano est « une pièce rapportée. Un suiveur qui a peur aussi pour sa famille […] Qui n’a pas le casier judiciaire d’un homme capable de se muer en meneur d’une équipe de braqueurs ».

Me Lavogez insiste sur contexte. « C’est lui qui a des ennuis (les menaces de dealers) ? Mais il n’a obligé personne et a toujours voulu protéger les autres, sa famille.  »

LE JUGEMENT

Les réquisitions. Face aux rôles des uns et des autres, le procureur de la République a requis quatre ans de prison pour Alexandre Georges ; trois ans pour Ludovic Pisano ; deux ans avec sursis et mise à l’épreuve (SME) pour E. F. et A. S., 19 ans.

Les peines. Les juges ont condamné Alexandre Georges à deux ans de prison avec mandat de dépôt, Ludovic Pisano à un an avec mandat de dépôt, E. F. à deux ans de prison avec sursis et mise à l’épreuve (SME) et A. S. à un an de prison avec SME. Nous n’indiquons l’identité qu’en cas de condamnation à une peine de prison ferme. Le mineur, âgé de 17 ans, a été placé dans l’attente de son jugement.

Indemnisation de la victime. L’audience de liquidation de dommages et intérêts est renvoyée au 31 mars.

« J’ai fait ça pour protéger ma famille ! »

Comment ces hommes ont pu en arriver à commettre un braquage ? Surtout quand la plupart n’ont quasiment jamais fait parler d’eux… À l’exception d’Alexandre Georges qui compte dix-sept mentions au casier judiciaire.

Tout ça est parti d’un rocambolesque vol commis dans un garage d’Achicourt, fin 2015. « Mon oncle a volé 15 kg de cannabis à une personne, résume Georges. Depuis, il menace toute ma famille. Femme, grand-mère, parents, etc. Ou je lui donne 65 000 € ou je lui amène mon oncle qui a mis toute la famille en danger. J’ai un autre oncle qui a été enlevé, emmené dans un champ et a été secoué. Je fais quoi, moi  ? » L’oncle voleur a disparu de la circulation. Ne voulant pas s’asseoir sur la dette, les dealers savent se montrer menaçants. Ils ont obtenu, en plaçant un couteau sous la gorge, les noms et adresses de tous les membres de la famille et mettent la pression. « Vous ferez quoi quand ma grand-mère sera retrouvée dans le canal ?  » questionne A. S. en sanglotant. Pisano a aussi peur pour sa femme et ses enfants.

Toute la famille (rassemblée au tribunal), les proches, sont allés au commissariat dénoncer les menaces mais ils estiment que rien n’est fait pour les protéger.

Me Lavogez confirme et demande au procureur d’alerter son homologue arrageois. Le braquage est, pour elle, le suite « de choses que mon client n’a pas faites et qui l’ont mis en danger. Il a fui son appartement avec sa compagne. Sa famille est en danger ! » Ne sachant pas où se trouve l’oncle, la seule solution pour protéger les siens, c’est de rembourser la dette. Y compris en commettant des braquages. Qui se termine finalement en prison. Mais la dette n’est pas effacée et la famille reste dans la peur…

S. D.

P.-S.

Je ne comprends pas ... je veux dire, si quelqu’un menace ma famille, j’irai m’en prendre à lui, pas à une innocente personne. Il y a quelque chose qui cloche ici ! Soit cet individu est un abruti congénital, soit il ment pour tenter de passer pour une victime et tenter d’amoindrir sa peine. C’est le monde du cannabis qui est encore stigmatisé dans cette affaire qui sent l’imbécilité crasse ... !