(France) "Montbéliard : le cannabis aurait été destiné à soulager les souffrances de sa mère" par l’Est Républicain

Par Sam BONJEAN, publié le 23 janvier 2016 à 10:04, actualisé à 18:41

http://www.estrepublicain.fr/editio...

Montbéliard : le cannabis aurait été destiné à soulager les souffrances de sa mère

L’avocat de la défense a d’emblée dénoncé l’enquête de police. Il a ensuite expliqué que le cannabis retrouvé sur son client était destiné à soulager les souffrances de sa mère en phase terminale. Rien n’y a fait…

Le cannabis aurait été acquis à des fins thérapeutiques. Le tribunal ne l’a pas entendu ainsi. Photo d’illustration

D’abord une charge. Et furieusement véhémente. Me Jean-Baptiste Euvrard a l’habitude de malmener les policiers et leurs méthodes devant la barre du tribunal de Montbéliard. Une fois de plus, il s’en donne à cœur joie. Selon lui, il y aurait même matière à entraîner une nullité de la procédure.

Pourquoi ? Le 20 octobre dernier, les policiers aperçoivent, à 23 h, une Volkswagen Sirocco dans les rues de Seloncourt avec cinq personnes à bord. Or, le véhicule ne serait prévu que pour accueillir quatre personnes. Me Euvrard ironise sur « les yeux bioniques » des fonctionnaires qui percent la nuit.

Toujours est-il que les policiers font stopper le véhicule et demandent aux passagers arrière de sortir. C’est à ce moment-là que les représentants de l’ordre auraient aperçu sur la banquette et sur le plancher, deux morceaux de cannabis. Là encore, Jean-Baptiste Euvrard en remet une couche en parlant du « regard transperçant de vérité  » des policiers. Pour l’avocat, rien ne justifiait de faire descendre les occupants arrière. « Si un enfant assis n’a pas sa ceinture de sécurité accrochée, on le fait descendre pour le verbaliser ? Non bien sûr. C’est le conducteur qui est mis à l’amende. » La démonstration vaut ce qu’elle vaut mais le tribunal n’a pas suivi le raisonnement développé. Il a rejeté la nullité.

Reste donc les 197 grammes de cannabis. Sur place, un garçon de 25 ans dit que cela lui appartient. Le hic, avec le prénommé Loïc, c’est qu’il est connu. Sacrément connu même, en matière d’infraction à la législation sur les stupéfiants. Il est en état de récidive légale pour avoir été condamné pour des faits de nature similaire le 21 juin 2012.

«  Et ça n’intéresse toujours pas la police, hein ! Voilà une enquête pas très sérieuse »

Lors de sa garde à vue, il avait admis avoir acheté la drogue aux Buis, à Valentigney, pour sa propre consommation. Seulement voilà, le test salivaire pratiqué n’a relevé aucune trace de cannabis chez le jeune homme. « Vous savez combien de temps cette substance reste dans le corps ? Un mois ! », précise l’avocat qui repart de plus belle à l’abordage. « Et ça n’intéresse toujours pas la police, hein ! Voilà une enquête pas très sérieuse. »

Devant les magistrats, le prévenu fait une déclaration et une seule : « Le produit n’était pas à moi. » Pas de quoi émouvoir le ministère public. Le procureur balise le terrain : « Ce monsieur a été condamné à plusieurs reprises. Il encourt une peine de vingt ans. Comment peut-il justifier le fait de se balader avec près de 1000 € sur lui alors que cela représente plus que ses revenus mensuels ? Il refuse de respecter la loi. Il préfère respecter la loi du délinquant. » De là découlent les réquisitions : sept mois de prison avec maintien en détention.

« Le papa a acquis le cannabis » pour soulager un cancer...

Le conseil de la défense est de retour dans l’arène. Il tourne. Se mord la lèvre, passe sa main dans ses cheveux, souffle un grand coup et se lance dans une plaidoirie des plus inattendues. Des plus inhabituelles. Des plus percutantes. D’un geste soudain, il pointe du doigt, dans la salle d’audience, la personne à qui appartenait vraiment la drogue et celle à qui elle était destinée. Il désigne… le père et la mère de son client. Et surtout il s’en explique.

« Le papa a acquis le cannabis pour soulager les carcinomes [N.D.L.R. : cancer] de son épouse. Bien sûr ce n’est pas légal mais c’est moral ! C’est moral que de vouloir alléger les douleurs de sa femme. Parce que ce sont les derniers jours. »

Le silence se fait subitement lourd, terriblement pesant dans l’enceinte de justice. Quelques larmes coulent du côté de la famille du prévenu et les regards se braquent, avec compassion, sur la dame malade.

Le moment est interrompu par le tribunal qui se lève pour aller délibérer sur le dossier. Cela va prendre de longues minutes. La vibrante démonstration de la défense n’a pas suffi. Dura lex, sed lex. Le fils est condamné. Condamné à six mois de prison ferme mais sans maintien en détention (il a déjà passé plus de trois mois derrière les barreaux).

L’espace d’un instant cependant, le contexte aura pris le dessus sur le délit proprement dit.