(France) Cannabis ou propagande prohibitionniste : lequel des deux brise le plus les familles ?

Aujourd’hui, nous allons évoluer dans un sujet sensible. Le genre d’article qu’aucun de mes confrères cannabiques ne penserait ou oserait devoir traiter. C’est pour cela que je veux m’en occuper : vous avez du remarqué qu’à Chanvre info, nous parlons souvent de choses dont les autres ne parlent pas ! C’est ce qui fait que nous sommes complémentaires. Bref : voici le cas d’une maman qui a un gosse de 15 ans consommateur de cannabis et, qui en est désespérée. La souffrance de la mère est très largement perceptible. Cela fait parti du problème cannabis et il ne serait pas sain de l’ignorer ou de botter en touche, nous devons y faire face. Voyons ce que nous rapporte la pauvre dame et ce que nous, nous pouvons lui dire.


Saint-Brieuc - 27 Octobre

Société. « Dois-je attendre que l’irréparable arrive ? »

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« Je ne souhaite pas voir ma vie devenir un enfer sans pouvoir aider mon fils. » | DR.

Une maman se bat seule pour sortir son fils de la délinquance et de la drogue. Face aux institutions, aux médecins … Elle a écrit au procureur.

«  M. le procureur, je viens vers vous après avoir tout tenté pour sauver mon fils de 15 ans. En 2013, Il est scolarisé dans un collège de Saint-Brieuc, mais de mauvaises fréquentations touchant au cannabis le font se désintéresser de l’école. Ses absences me sont trop rarement signalées. Je l’inscris donc dans un collège qui a une politique plus stricte vis-à-vis des absences.

« Je veux aider mon fils »

« Il a été trois jours absent du collège, j’ai décidé de voir mon médecin traitant pour faire établir qu’il fumait du cannabis. Le taux de la prise de sang a été sans appel. Puis il a commencé à ramener beaucoup de jeunes à la maison dans la journée. Étant au travail, je ne m’apercevais de rien en rentrant, si ce n’est de son état apathique.

Je veux aider mon fils. Devons-nous banaliser le cannabis et n’être présents que pour payer les dégâts de nos enfants, les regarder se détruire et marcher comme des zombis de cure en cure.

J’ai cherché une réponse judiciaire pour tenter de stopper cette descente aux enfers.

Dois-je attendre que l’irréparable arrive ? Et ce fait serait-il également banalisé ? Je ne souhaite pas voir ma vie devenir un enfer sans pouvoir aider mon fils. »

P.-S.

Une réponse politique :

Beaucoup verraient ici une condamnation sans appel du cannabis. Il est vrai qu’il est au centre du problème. Pour autant, on peut aussi faire une autre lecture de cet article : la démarche de cette mère désespérée est motivée par un constat d’échec vis à vis de la façon actuelle de gérer le problème des drogues. Désespérée et dépassée, elle demande au procureur "d’aller plus loin" dans un sens de protection. Toutefois, elle s’est trompée : elle s’est adressée aux pires personnes pour de l’aide dans ce domaine !

Chanvre Info est un site militant pour la légalisation du cannabis au niveau des adultes, mais notre média est aussi soucieux du problème que cela pose à la jeunesse. Notre position est d’expliquer que l’accès facilité du cannabis par les plus jeunes est dû à la prohibition. Avec les mafias et les crapules qui contrôlent ce marché, il ne peut en être autrement. Dans un système de légalisation contrôlée, les jeunes seront mieux protégés du produit. Mais bon, bref, ce n’est pas le sujet en cours. Une maman a un problème de cannabis avec son enfant de 15 ans.

Personnellement, j’ai des doutes sur l’authenticité du témoignage rapporté (citation) :

" ... Devons-nous banaliser le cannabis et n’être présents que pour payer les dégâts de nos enfants, les regarder se détruire et marcher comme des zombis de cure en cure ..."

Heu ... on parle bien du cannabis ici ? C’est à se demander ! Mais faisons comme si ... ce témoignage est bien réel et non instrumentalisé !

Je m’adresse à cette dame :

Madame, vous faites dans l’alarmisme excessif. Votre fils n’est pas condamné à mort parce qu’il fume des joints. La substance est peu toxique et il n’y a aucun risque d’overdose. Le problème de la toxicité étant résolu, modérez votre inquiétude. Mais veillez tout particulièrement qu’il ne goutte pas d’autres drogues plus dures et plus toxiques, puisque vous affirmez qu’il a de mauvaises fréquentations.

Le problème n’est donc pas au stade de la toxicité. Il vient plutôt du jeune âge de l’adolescent et des conséquences judicaires de ses actes. D’une part, vous êtes la mère de ce dernier et d’un point de vue éducatif, vous êtes en droit (et en devoir) d’imposer votre façon de voir les choses et de l’éduquer. Mais le vouloir est bien plus facile que d’avoir à le mettre en application, n’est-ce pas ?

Raide-défoncé à 15 ans, ce n’est pas bon pour les études ... quoi que certains y arrivent mieux avec un joint, mais plus tard, pour ceux qui rentrent en Université.

Car il y a un principe de tolérance qui fait que plus le temps passe, plus le consommateur s’habitue aux effets de la plante : il se "blinde" progressivement contre les effets léthargiques de celle-ci.

Mais à l’âge de votre enfant ... cela scotch ! Bon bref : il n’a pas à fumer de cannabis à son âge. Outre le bagage scolaire, cela peut nuire aussi à sa maturation personnelle. Des études récentes supposent une action néfaste du THC sur les jeunes cerveaux en construction. Problème qui disparait à l’âge adulte (cerveau achevé). Mais pas de panique : cela n’en fera pas un zombi pour autant : on estime que cela fait baisser le QI de 5 points max. Notez que cette étude est disputée et contestée par d’autres scientifiques qui la remettent en partie en question.

Puis il y a l’aspect trafic : acheter du cannabis en groupe, comme le font souvent les ados, est interprété comme un crime en réunion et du trafic, d’après la loi, passible des assises (mais rarement appliqué). C’est, à mon avis, une priorité d’avoir à le protéger des conséquences judiciaires. A son âge, on n’est pas forcément conscient de tout cela, d’autant que vous affirmez qu’il est "dans le brouillard". Je suis désolé d’avoir à vous le dire, mais les problèmes de santé passent en second plan ! Or, vous l’avez jeté dans la "gueule du loup" !

Quelles solutions ?

Personne ne vous l’a dit, mais un procureur alerté - selon le cas - est capable de faire enfermer votre enfant en prison ou en hôpital psychiatrique. Il peut aussi faire limiter votre droit parental. Et je ne pense pas que ce soit une bonne solution, loin de là !

Vous devez éloigner votre enfant de ses mauvaises relations et le placer dans un environnement surveillé. Je pense à une école militaire en confiant d’entrée de jeu le problème de votre fils au commandant de l’école. La marine, c’est bien, ils partent en mer pour 6 mois ! Cela fera une bonne coupure.

Il faut mieux jouer franc-jeu avec ces gens et leur avouer que le gamin fume et que c’est pour cela que vous le leur confiez. En tous cas, ils sont capables d’assurer une scolarité complète à votre enfant sans l’ombre d’un pétard !

Maintenant, si à 18-20 ans, votre fils décide de reprendre sa consommation de cannabis, vous n’aurez plus rien à y redire. Mais vous l’aurez protégé pendant le temps de ses jeunes années et doté d’une instruction minimale qui le rendra plus apte à affronter l’existence ! C’est un bon compromis. Sur le reste, vous ne pouvez avoir de prises, même si c’en est regrettable, telle est la vie !

Témoignez-lui plutôt de l’Amour que de la Haine ! Les flics, les tests, les soins forcés ... cela va le révolter. S’il recèle en lui un mal être, cela peut même le pousser au suicide. Madame : les juges ordonnent des injonctions thérapeutiques mais la terrible réalité est qu’il n’existe aucun traitement contre le cannabis. Ce sont un peu des escrocs et surtout très "faux-cul" sur cette action, non ?

Franchement, l’école militaire c’est le mieux qu’il puisse arriver à votre enfant comme à vous même ! Cela réduira votre stress qui vous fait perdre un peu les pédales, quand même, il vous faut l’avouer ! Deux ou trois ans d’école militaire, cela vous fera de "bonnes vacances" et des bons moments de douces quiétudes à siroter ! Pour votre enfant, cela va fortement le murir, le discipliner, lui apporter des bagages scolaires sérieux et probablement même un métier. Tous vos problèmes sont ainsi résolus. Ce n’était donc pas la peine de crier "au loup" ! Il y a toujours de solution à tout !

En conclusion : en confiant votre problème à un procureur, vous n’avez pas frappé à la bonne porte. C’est un peu comme si vous alliez acheter des oranges chez un boucher ou consulter un psychiatre pour une fracture ! Selon le caractère de votre enfant, ils ne sauront que le détruire, le pousser au suicide ou le révolter encore plus. Les juges et procureurs ne sont pas des médecins et ne sont présents que pour du répressif : ils ne savent rien faire d’autre (sauf éventuellement des juges pour enfants qui sont plus spécialisés). Rien n’est impossible sur Terre, mais c’est bien rarement que ces gens témoignent d’humanité et de compassion (il en existe quelque unes - uns). Enfin, je vous souhaite que ce soit quand même le cas !

Votre problème semble tourner autour d’un manque évident de présence masculine (d’autorité de père) à votre côté et du fait que vous semblez aussi privilégier votre profession en rapport à votre enfant. Sans vouloir vous jeter la pierre, vous êtes aussi responsable de l’oisiveté de votre fils du fait de vos absences à des moments cruciaux ! Mais cette responsabilité est "relative", elle est une conséquence d’obligations de vies et vous n’êtes en rien responsable de l’existence du haschisch et d’une disponibilité telle que des enfants y ont quasiment un libre accès !

Vous semblez avoir de la colère contre votre fils. Ne lui faites pas payer tous les échecs de votre vie et changez de stratégie. Avez-vous essayé la douceur et l’Amour, celui qu’une mère peut apporter à son fils ? Un brin de complicité : ce qui n’empêche en rien un peu de fermeté quand c’est nécessaire. Actuellement, votre fils doit vous juger en ennemi" et non pas en "complice" ! Par "complice", j’entends une idée de pardon et de protection, pas d’acceptation.

Madame, si nous avons pu vous être d’une quelconque utilité. Nous en serions très heureux.

Les familles brisées par le cannabis sont uniquement celles où le problème dégénère en conflit !

Signé par quelqu’un qui a vécu la même chose que vous, mais de l’autre coté (le rôle de votre fils). J’ai 52 ans aujourd’hui, je fume toujours et, en dehors de l’action policière et de l’acharnement de mon feu père à l’encontre de ma pratique, je n’ai encore rien remarqué de nuisible sur mon corps et mon esprit, qui serait à incomber au seul cannabis. Rien d’extrême en tous cas ! Si cela peut vous rassurer : cela n’a pas fait de moi un "légume" ! Tout au plus un marginal. Mais en théorie, j’ai bien le droit de l’être dans une démocratie, non ?

Jean-Louis Bouvarel