Etude ethnographique sur les effets de l’utilisation de la marijuana pendant la période prénatale et postnatale en Jamaïque.

Objectif. Identifier les effets neurologiques et comportementaux liés à l’exposition de marijuana prénatale sur des nouveaux-nés en Jamaïque rurale.

Conception. Le champ ethnographique étudie les effets neurologiques et comportementaux pendant la période néonatale.

Groupe d’étude. La Jamaïque rurale où la population rasta utilise intensément le cannabis.

Mesures et résultats principaux. Les nouveaux-nés exposés et non-exposés ont été comparés à 3 jours et à 1 mois de vie selon les normes de l’échelle d’évaluation néonatale Brazelton, y compris des articles supplémentaires permettant de capturer une échelle plus large d’effets subtils. Il n’y avait aucune différence significative entre des nouveaux-nés exposés et non-exposés le troisième jour de vie. À 1 mois, les nouveau-nés exposés ont montré une meilleure stabilité physiologique et ont exigé moins de facilitation de la part de l’examinateur pour atteindre des états organisés. Les nouveaux-nés de mères ayant lourdement utilisés la marijuana étaient plus qualifiés pour l’autonomie, la qualité de vigilance, l’irritabilité et l’autorégulation et ont été jugés plus bénéfiques par le personnel soignant.

Conclusions. L’absence de différences significatives entre les deux groupes de nouveaux-nés étudiés dans la première période néonatale suggère que le positionnement culturel, social et économique des mères utilisant la marijuana promeut aussi le développement du nourrisson au stade néonatal.

Dans le spectre des études sur les effets du cannabis chez la femme enceinte et le nouveau-né, Melanie Dreher, Doyenne des Soins au Rush Medical Center de Chicago est l’une des rares auteurs à avoir mené une recherche pertinente. Cette étude a pour originalité la qualité de son échantillonnage. Il est regrettable que des études menées sur des souris par exemple, soient référencées alors que la démarche de Melanie Dreher est la plus pertinente.

Ayant pour sujet des femmes jamaïcaines, cette étude, publiée en 1994 dans le American Journal of Pediatrics, fait à nouveau parler d’elle en raison d’un regain d’intérêt pour les propriétés neuroprotectrices du chanvre. Dreher a étudié comparativement deux groupes de femmes, des consommatrices de chanvre et des non-consommatrices durant leur grossesse et a observé le développement du nourrisson tout au long de son premier mois de vie.

Pour son enquête, Melanie Dreher s’est immergée dans la société jamaïcaine qu’elle connaissait à travers de précédents voyages ethnologiques. L’avantage de sa recherche est qu’elle cible les mères qui consomment uniquement le chanvre naturel. De ce fait, les résultats établis, concernant à proprement parler les effets du chanvre sur la grossesse et le nourrisson, ne sont pas faussés par l’absorption d’autres drogues ou d’alcool, comme c’est le cas dans d’autres études. Les tests effectuées par Melanie Dreher sont basés sur une échelle de mesure comportementale appelée Echelle de Brazelton. Dreher affine encore la méthode afin de révéler des indices comportementaux spécifiques.

Le contexte culturel, caractéristique du sud de la Jamaïque, valorise l’utilisation de la reine des plantes. Communément le Rastafarisme prône les vertus de la ganga. Les Rastas et les Roots Daughter consomment le chanvre en thé ou en fumette de manière traditionnelle. Des lignées de femmes jamaïcaines peuvent témoigner des vertus du chanvre. Pour les femmes consommatrices de cannabis, pendant la grossesse, cette médication atténue les nausées et la fatigue, ses vertus relaxantes sont appréciés.

L’étude menée conjointement avec l’aide des sages-femmes locales, porte sur un groupe de 56 femmes dont 31 sont consommatrices de chanvre et 25 non-consommatrices. Les nouveaux-nés sont soumis, à leur troisième jour de vie, aux tests mesurant leur motricité, stabilité, réflexes et des valeurs comme l’irritabilité, l’aide de l’examinateur. Au troisième jour de vie, aucune différence notoire n’est apparue entre les deux groupes de bébés.

Au premier mois de vie, les nouveaux-nés de mère consommatrices de chanvre ont en revanche montré plus d’autonomie, de stabilité. Ces tests d’aptitudes motrices et comportementales chez les nouveaux-nés de mère consommatrice de chanvre ont également démontré qu’une très lourde utilisation du chanvre augmentait les performances du bébé.

En comparant les deux groupes, les nouveaux-nés des mères qui ont utilisé de la marijuana ont montré la meilleure stabilité physiologique à 1 mois et ont exigé moins de facilitation d’examinateur pour atteindre un état organisé et être disponibles pour la stimulation sociale. Les résultats de la comparaison des nouveaux-nés de mères ayant "une lourde utilisation de marijuana" et ceux des mères non utilisatrices étaient encore plus saisissants. Les nouveaux-nés lourdement exposés étaient plus socialement sensibles. La qualité de leur vigilance était plus haute ; leur système moteur et autonome était plus robuste ; ils étaient moins irritables ; ils allaient moins probablement démontrer n’importe quel déséquilibre de ton ; ils ont eu besoin de moins de facilitation d’examinateur pour devenir organisés ; ils avaient la meilleure autorégulation ; et ont été jugés être plus utile pour le personnel soignant que les nouveaux-nés de mères non-utilisatrices de cannabis à 1 mois d’âge.

Bien que Melanie Dreher dresse modestement les limites de sa propre étude menée dans un contexte culturel particulier, elle éclaire de manière originale le savoir des chercheurs sur les effets du cannabis chez les femmes enceintes. Sa démarche est pourtant pertinente car elle observe des femmes consommatrices de cannabis dans un contexte qui prône son utilisation, ainsi les préjugés défavorables au chanvre ne prévalent pas dans cette société. Sans ce tabou, les recherches peuvent alors éclairer les effets positifs du cannabis pour la femme enceinte et le nouveau-né. Pour la première fois, des femmes consommatrices régulières de marijuana se livrent à une expérience qui aborde la question des effets du cannabis sur la grossesse d’après une méthode clairement scientifique.

On regrette que des études de cette nature ne voient pas le jour plus souvent et on ne peut qu’encourager les professionnels de la santé à se documenter à la source pour informer et accompagner les futures mères consommatrices de cannabis et leurs bébés.

P.-S.

Extrait de l’article publié en anglais, traduction Chanvre-Info

http://www.chanvre-info.ch/info/en/...

Pediatrics, February 1994, Volume 93, Number 2, pp. 254-260.

American Academy of Pediatrics From the Schools of Nursing, Education, and Public Health, the University of Massachusetts, Amherst.

Received for publication Sep 21, 1992 ; accepted Jun 30, 1993. Reprint requests to (M.D.) School of Nursing, the University of Massachusetts, 111 Arnold House, Amherst, MA 01003.

Pediatrics (ISSN 0031 4005). Copyright © 1994 by the American Academy of Pediatrics.

Melanie C. Dreher, PhD ; Kevin Nugent, PhD ; and Rebekah Hudgins, MA