"Épilepsies résistantes : un dérivé du cannabis réduit les crises" par Doctissimo
Publié le mercredi 06 janvier 2016
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Dans un article publié dans la revue The Lancet Neurology, des chercheurs rapportent que l’administration de cannabidiol, un dérivé du cannabis, diminue significativement le nombre de crises chez des épileptiques jugés comme intraitables mais au prix d’effets secondaires chez 79 % des patients, dont 30 % jugés sévères.
Épilepsies résistantes : un dérivé du cannabis réduit les crises
Environ 1/3 des personnes épileptiques sont résistants aux traitements antiépileptiques.
On estime qu’environ un tiers des personnes souffrant d’épilepsie ne répondent pas aux traitements antiépileptiques et présentent un nombre important de crises par mois. Cela peut entraîner des conséquences graves sur la santé et le développement cognitif, surtout chez l’enfant, mais aussi un risque de mortalité prématurée. Bien qu’il existe des études montrant une certaine efficacité des dérivés du cannabis pour traiter ces patients, les données scientifiques sont peu nombreuses, soulignent les auteurs.
Un total de 162 jeunes participants
Il s’agit d’une étude multicentrique en ouvert, réalisée dans 11 centres spécialisés aux États-Unis et incluant au total 162 patients épileptiques intraitables âgés de un à 30 ans. Au cours de cette étude, les patients ont reçu, en plus de leur traitement antiépileptique habituel, du cannabidiol par voie orale à des doses allant de 2 à 5 mg/Kg par jour et jusqu’à 25 à 50 mg/Kg par jour. Les doses ont été progressivement augmentées jusqu’à l’apparition de premiers signes d’intolérance. Au total, les patients ont été traités pendant 12 semaines avec ce dérivé du cannabis purifié, sous forme liquide et ne contenant pas du tétrahydrocannabinol, le composant psychotrope du cannabis.
Une réduction médiane des crises de 36,5 %
A l’issue des 12 semaines du traitement, les auteurs notent une diminution médiane des crises convulsives motrices par mois de 36,5 %. En moyenne, les crises convulsives enregistrées dans l’ensemble des patients ont chuté de 30 par mois à 15,8 au bout des 12 semaines de traitement, soit une diminution de près de la moitié des crises convulsives par mois.
Et des effets secondaires de sévérité variable dans la majorité des cas
Cependant, des effets secondaires ont été rapportés chez 79 % des patients, les plus fréquents étant somnolence (25 %), diminution de l’appétit (19 %), diarrhée (19 %), fatigue (13 %) et convulsions (11 %). Par ailleurs, 30 % des patients ont présenté des effets indésirables sévères, dont 12 % considérés comme "probablement liés au cannabidiol". Parmi ces effets secondaires sévères, 6 % des patients ont présenté un état de mal épileptique (série de crises d’épilepsie survenant les unes après les autres sans retour à un état normal).
Pour les auteurs de cette étude, ces résultats sont encourageants pour ces patients car pour eux, les recours thérapeutiques sont extrêmement limités. Cependant, ils précisent que des études comparatives contre placebo sont nécessaires pour évaluer plus précisément le profil efficacité-tolérance de ce traitement.
Dr Jesus Cardenas
Source :
Devinsky O, Marsh E, Friedman D, Thiele E et al. Cannabidiol in patients with treatment-resistant epilepsy : an open-label interventional trial. The Lancet Neurology. Publié en ligne le 23 décembre 2015 (résumé disponible en ligne).
P.-S.
Le CBD qui traite l’épilepsie, est un phénomène bien connu. Mais ici, d’une part cela traite de crises pour lesquelles les médicaments classiques sont impuissants et d’autre part, c’est une "reconnaissance officielle". Et en ce sens, c’est vraiment très important. La recherche devrait logiquement s’y attaquer (et un financement logiquement débloqué).
Ce n’est pas que je veuille à tout prix faire du prosélytisme pro-cannabique : c’est juste à titre informatif et tout ce que je vais dire ici sera à vérifier et reste à établir ! Mais il le semble que pour l’huile (extraction de la résine cannabique avec solvant) avec ou sans THC, Rick Simpson donne de meilleurs résultats. Il se pourrait alors - je chercherai à le vérifier - que le cannabidiol mentionné dans cet article soit d’origine synthétique ou extrait de façon purifiée.
Or, dans d’autres domaines médicaux, il a été prouvé que les différents composés du cannabis, agissent souvent en synergie. D’un autre côté, il a déjà été établi - Rick Simpson à propos l’avait mentionné - que le CBD et même le THC, n’arrivent pas à traiter tous les cas et que cela fonctionnait mieux sur certaines personnes que d’autres. Une explication nous oriente sur la piste génétique : certaines personnes auraient beaucoup plus de récepteurs CBD que d’autres comme il en est de même au sujet des papilles sur la langue. Il faudrait alors que la molécule de CBD soit « ancrée » sur le récepteur pour qu’il agisse sur les crises et sa seule présence dans le sang et le cerveau ne suffirait pas. Bon, bref, c’est une autre affaire …
Il me semble que Rick parlait de 70 ou 75 % de réussite (guérisons totales ou améliorations remarquables). Mais Rick Simpson s’occupait essentiellement de cancers : nos recherches indiquent qu’il a bien traité quelques cas d’épilepsie mais nous n’avons pas assez de retours à étudier. De plus, il nous relate avec précision les cas où son huile a apporté une amélioration de l’état de santé des sujets mais ne s’épanche pas sur ceux qui n’auraient pas aboutis.
Une chose est certaine, Rick Simpson ne confirme pas l’ampleur des effets indésirables dénoncés dans cette étude : il explique au contraire qu’il y en a très peu et qu’ils sont négligeables. Ceci dit, l’étude suivante parle d’enfants qui sont peut-être plus sensible à l’action des cannabinoïdes que des adultes.
Bref, l’article explique qu’il faudrait d’autres études comparatives - avec des contre placebo - pour mieux fignoler la chose et nous pensons qu’il faudrait rajouter une rubrique "extraits naturels" dont les résultats seraient aussi à comparer à ceux de "composés synthétiques" ou "d’extractions naturelles purifiées". Enfin, il existe aussi d’autres cannabinoïdes qui semblent efficaces contre l’épilepsie, c’est le cas du THCV, par exemple. Il faudrait vérifier si son usage seul, ou en association avec du CBD, pourrait apporter une amélioration quelconque à traiter ces crises épileptiques résistantes.
Au passage, voici un document qui rappelle les principales propriétés des cannabinoïdes.
Vous constatez qu’il y a de beaux jours à venir pour la recherche car en matière de cannabis thérapeutique, il reste tant de choses à découvrir !
JLB